Début septembre, avec le lancement de l’IPhone 6, on nous a joué encore une fois l’air du grand soir des banques, mangées toutes crues par les Apple, Google et consorts. Or c’est exactement le contraire qui s’est passé ! Certes, pour les banques, cette menace existait. Mais les grandes banques américaines ont su la parer, en profitant du manque d’audace et d’innovation d’Apple. Qui l’aurait cru ?

Intégrée aux IPhones 6 et 6+, ainsi qu’à l’Apple Watch (lancement en 2015), la fonction Apple Pay permet, aux USA et si l’on est client d’une banque partenaire, d’enregistrer une carte de crédit et de payer soit en ligne, soit sans contact dans les commerces physiques, s’ils sont équipés de terminaux le permettant, ce qui est très loin d’être le cas : seuls 220 000 des 9 millions de terminaux de paiement installés dans des commerces aux USA sont équipés NFC (la technologie sans contact utilisée) et des enseignes comme Wal-Mart ou BestBuy ont d’ores et déjà annoncé qu’elles n’accepteraient pas l’IPhone.

Certes, la solution paraît sécurisée et commode (quoique les technologies retenues de tokenisation et de reconnaissance digitale réservent également leurs surprises) mais, l’IPhone 6 est cher et le 6+ très cher, ce qui ne peut qu’en limiter l’adoption, surtout chez les jeunes.

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Apple Pay n’invente rien. Ce n’est même pas un portefeuille électronique, un « wallet » (malgré les fonctionnalités de Passbook). On n’alimente pas un compte. Les paiements PtoP ne sont pas prévus. Quant au sans contact, Apple Pay n’apporte rien de nouveau. En France, aujourd’hui, 48 modèles différents de smartphones et 40% des cartes bancaires le permettent déjà. La seule avancée est technologique : parce qu’Apple s’y rallie finalement (il a hésité un moment), la norme NFC devrait définitivement s’imposer en matière de paiement sans contact.

Apple Pay ne gène personne. Ni Paypal, ni des startups comme Square, ni Visa, Amex ou MasterCard, ni les banques. A la limite, s’il prend, il gênera Google, qui propose un wallet, un vrai, mais qui, bloqué notamment par les opérateurs téléphoniques américains, n’a pu l’imposer.

Pourquoi un tel tapage alors ? Parce qu’on croit Apple capable de lancer les tendances et ainsi de faire décoller enfin le paiement sans contact qui, depuis maintenant dix ans, est censé provoquer une révolution dans les paiements. Las, les 250 millions d’utilisateurs de smartphones Samsung qui sont aujourd’hui équipés NFC n’ont rien fait décoller. En fait, le paiement sur mobile et sans contact se généralisera sûrement mais pour qu’un nouveau moyen de paiement devienne dominant il faut – la carte bancaire l’illustre – une génération. Un horizon trop lointain pour des banques qui commencent à avoir beaucoup investi dans ce domaine et qui se prennent à rêver : et si Apple réussissait le miracle ?

Les banques ont donc tout à gagner dans l’affaire – Chase a même loué des camions pour porter des rafraichissements devant les Apple Stores pour la sortie de l’IPhone 6 ! Car quelle est la vraie menace pour les banques ? Qu’un nouvel entrant – opérateur téléphonique, grand de l’internet ou autre – impose sa solution de paiement et s’en serve pour développer une activité bancaire concurrente. Paypal ou en Chine AliPay (lancé par Alibaba) y sont parvenus. Et demain, des acteurs de la taille d’Apple ou de Google ? Non, Pay utilise les moyens de paiement que fournissent les banques et, à la différence de ce qu’avait annoncé Google avec son wallet, Apple s’est engagé à ne pas exploiter et même à ignorer les données de paiement qui transiteront par les IPhones. Loin de menacer les banques, Apple leur fournit un outil qui sera source de transactions supplémentaires, tout en gênant potentiellement Google. Les banques ne pouvaient espérer mieux !

Comment Apple se rémunérera-t-il ? Sans doute en prenant sur les commissions de paiement des banques, puisque Pay sera gratuit pour acheteurs et vendeurs. Les banques seront donc bien perdantes, ont annoncé beaucoup d’observateurs. Mais, bien plus probablement, à nouvel outil, apportant une sécurité sans pareille (c’est le principal argument mis en avant), les banques sauront trouver une rémunération complémentaire. Mieux même, avec leurs propres solutions de paiement par mobile, les banques vont directement concurrencer Pay, tout en attendant que celui-ci tire le marché.

Joli coup stratégique ! Pourtant, il y a une faille. S’il s’impose, en effet, Apple sera très bien placé pour lancer un vrai wallet contre lequel, pour le coup, les banques auront bien du mal à trouver une parade. Apple Pay pourrait bien être un véritable cheval de Troie.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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