Le marché de la colocation connait une croissance de 30% à 40% par an que la crise sanitaire n’a pas arrêtée. Il est devenu un marché de masse, qui intéresse les banques.

Dans les grandes villes, la moitié des jeunes de 18/34 ans sont passés par la colocation.

 

Une tendance de fond ?

De plus en plus d’expériences de vie se déclinent en « co » : coliving, cohabitat, coworking, covoiturage. Il est donc tentant – et c’est une tentation bien française – de sociologiser le phénomène et d’y deviner un changement des mentalités et un facteur de mutation sociale. Cela pousse à considérer que les différentes formules de vie partagée témoignent toutes du même désir, chez les jeunes, d’une autre vie moins axée sur la propriété et davantage sur la sociabilité.

Cependant, ces formules ne rencontrent pas toutes le même succès. Et leur dynamisme tient d’abord, de manière très pragmatique, à leur flexibilité. Le coliving ainsi ne présente pas les mêmes perspectives que le covoiturage.

 

Apparu en 2016, le coliving ne représente encore qu’un marché de niche : 4 000 chambres disponibles en France, contre 3 millions en colocation. Mais il réunit d’ores et déjà de multiples acteurs.

 

Le coliving propose :

  • Une expérience de vie: vivre seul mais entouré (partage d’espaces communs, événements), dans une structure qui évite les frictions de la vie en commun.
  • Un logement augmenté : des services intéressants dans des zones comme les centres villes que leurs prix rendent difficiles d’accès, voire inaccessibles avec les mêmes équipements.
  • Une flexibilité appréciable : proximité des centres d’emploi, conditions d’entrée et de séjour, échanges possibles entre villes, …

Comme le coworking – avec lequel il peut d’ailleurs être mixé (les hackerhouses) – le coliving offre une solution nouvelle aux individus seuls, en même temps qu’il comble les insuffisances du marché immobilier face aux mobilités professionnelles et personnelles croissantes.

De 1990 à 2012, le nombre de ménages composés d’une seule personne est passé de 6 à 9 millions en France.

 

Le partage n’est pas forcément ce qui est prioritairement recherché – ce ne serait le cas que chez 31% des colivers, selon une étude. Et c’est pourquoi les cibles du coliving sont bien plus larges que les seuls millenials célibataires : il peut concerner les jeunes familles ou les seniors. Pour certains, le coliving pourrait à terme cibler jusqu’au tiers des actifs.

 

Par comparaison, apparu depuis plusieurs décennies et propulsé par les grandes grèves de transport comme celle de 1995, le covoiturage a connu un nouvel essor avec les plateformes en ligne comme Blablacar. Néanmoins, il ne concerne encore que moins de 5% des Français.

Convenant mal aux déplacements saisonniers et familiaux, le covoiturage ne représente que 1,6% des déplacements de longue distance mais presque 10% des trajets domicile/travail.

 

Pour beaucoup de Français, la voiture demeure un moyen de transport indispensable par manque d’autres moyens. 68% d’entre eux déclarent qu’ils n’ont qu’elle pour se rendre chez le médecin ou à la pharmacie. Ainsi, alors que la voiture reste synonyme de souplesse et de liberté, la difficulté à connaitre et à fixer précisément ses besoins d’usage reste la principale difficulté du covoiturage et explique également l’échec des formules de crédit automobile partagé qui ont été testées.

Les Français restent attachés à la possession de leur véhicule. Mais ce qui est souvent interprété comme un refus de partager tient surtout au fait que le covoiturage est vu comme trop contraignant pour être régulièrement utilisé. Parce qu’il est difficile de fixer a priori ses besoins. Parce que certaines zones sont mal desservies. Parce que le covoiturage parait insuffisamment flexible en cas de changement d’horaires, de parcours ou d’imprévus. Parce que l’intérêt financier est faible pour les covoitureurs. Parce que la peur de l’inconnu n’est pas à négliger enfin. Au total et assez paradoxalement, le covoiturage remplace davantage l’usage des transports en commun que celui de la voiture !

Alors que le covoiturage se substitue, plus ou moins commodément, plus ou moins complètement, à un usage, le coliving est un nouveau style de vie, favorisant l’accès à certains services et certains avantages. Une tendance a d’autant plus de chances de se concrétiser qu’elle crée des expériences, des utilités nouvelles, plutôt qu’elle ne change simplement des habitudes. Et c’est là où les banques ont un rôle à jouer !

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Que proposent les banques ?

L’implication des banques sur les nouveaux marchés du partage passe d’abord par le règlement des dépenses communes. Des « comptes colocation » sont ainsi proposés.

Problème : ce sont des comptes communs standards. Des comptes joints dont les procédures d’ouverture et de désolidarisation sont lourdes. Surtout, fondés sur le principe d’une solidarité passive des participants, ces comptes supposent une forte confiance entre ces derniers qui convient mal à des marchés en développement où les colocataires ne se connaissent pas préalablement.

Pour y remédier, certains de ces comptes communs interdisent les découverts ou sollicitent l’accord de tous les participants pour chaque dépense (compte joint indivis). Mais d’autres pistes sont apparues et notamment les cagnottes. Le pari est en effet que, d’instrument de dépenses solidaires occasionnelles, parfois symboliques, le paiement social va se généraliser comme un nouveau mode d’achat. On voit ainsi des sites proposer désormais, parmi leurs options de paiement, certaines cagnottes en ligne :

Les cagnottes que propose gratuitement Paypal sont utilisées par un tiers de ses 9 millions d’utilisateurs en France.

 

Les cagnottes en ligne s’introduisent sur les applis de paiement :

 

Dans un cadre de vie partagé et pour éviter les frictions inhérentes au règlement de dépenses communes (initiation et recouvrement des appels de fonds, relances, …), l’idée est de coupler la solution de paiement à une appli de gestion. Laquelle peut favoriser le règlement de dépenses commune à travers une fonction d’agrégation de comptes.

De plus en plus de banques proposent ce genre d’applications dans le domaine de la colocation et des dépenses en commun (Ze-Coloc, My Coloc’, MaColoc, We Partage, …). En s’efforçant de couvrir le plus possible de besoins et d’usages (archivage, modes de documentation des dépenses, messagerie, services, …), en liaison avec d’autres applis collaboratives.

Pour les banques, ces applis ouvrent la possibilité d’associer des services en open banking.

 

Les prochaines étapes ? Donner une dimension « co », en option aux produits classiques d’épargne et de crédit. Ici encore, des pistes intéressantes sont apparues, notamment avec les cagnottes. Autres axes de développement : les assurances collectives, voire participatives.

 

Au total, les établissements financiers ne peuvent ignorer les expériences de vie partagée que sont à même de connaitre de manière de plus en plus large leurs clients. Les coexistences sont une tendance de fonds. Mais si ces expériences consacrent une nouvelle sociabilité, elles ne se développent vraiment que si l’on peut bénéficier avec suffisamment de souplesse des avantages du partage. Les banques ont à cet égard un rôle à jouer. Les cagnottes en représentent un bon exemple. Rendues suffisamment commodes en ligne, elles sont susceptibles de devenir un nouveau mode de paiement partagé, auquel des services et produits complémentaires peuvent être associés dans le cadre des différents modes de coexistence.

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