Au premier semestre 2014, les résultats des principales banques européennes sont mitigés – le verre peut paraître à moitié vide ou à moitié plein, souligne Deutsche Bank Research, qui a analysé la situation des 20 principaux établissements (European Bank results: is the glass half-full or half-empty).

Mais c’est trop peu dire ! Arc-boutées sur leurs marges et serrant leurs charges, dans un contexte de taux bas et de croissance molle, les banques européennes attendent visiblement un retour à meilleure fortune. En somme, elles ont adopté une attitude proche de celle qui inspire l’actuelle politique économique de la France : des soutiens aux entreprises et à l’immobilier, un peu de pression sur la dépense publique et des emplois aidés, en attendant mieux… Dans les deux cas, toutefois, si la croissance attendue ne vient pas assez rapidement ou n’est pas assez forte, le retour de volée risque d’être violent. Car la situation présente invite à considérer que les banques ne souffrent pas seulement d’une conjoncture atone mais que leur modèle économique même n’est plus aujourd’hui le bon.

Au premier semestre 2014, les 20 premières banques européennes ont un peu baissé leurs charges courantes (-1,1%), ont considérablement amélioré leur coût du risque (-27%) en même temps qu’elles réduisaient leurs actifs et elles ont pu, en conséquence, stabiliser leurs bénéfices (+0,7%). Le niveau des capitaux réglementaires (Bâle III) est à 11,4% en moyenne et il ne cesse d’augmenter. Voilà pour les points positifs.

Pour le reste, les revenus du trading continuent leur chute (-27%), les commissions stagnent (+0,03%) et le PNB ne cesse de baisser depuis 2010 (-10%). Les frais de fonctionnement diminuent un peu mais les charges ne sont pas du tout maîtrisées : le coefficient d’exploitation (62%) ne cesse d’augmenter depuis 4 ans. Les ROI sont faibles ; sans même parler de l’impact sur les résultats  d’importants litiges pour plusieurs établissements.

A partir de là, il y a deux façons de voir les choses. Considérer qu’il n’y a rien là de très grave si la croissance repart demain. Ou bien admettre que le modèle économique sur lequel se sont reposées la plupart des banques européennes depuis plus de vingt ans est aujourd’hui remis en cause, bien que beaucoup d’établissements peinent encore à le réaliser. Car, alors que les banques n’ont pas à ce stade su trouver des sources de revenu nouvelles vraiment significatives, c’est leur rentabilité même qui est en question, comme le souligne l’European Retail Banking Radar 2014 d’AT Kearney.

radar

 

Les commissions, ainsi, ne stagnent pas. C’est bien pire, leur part dans le PNB ne cesse de régresser : 30% aujourd’hui, contre 36% en 2007. Le PNB par client est passé de 680 € en 2007 à 665 € en 2013, baissant surtout en Espagne et en France, tandis que le revenu net avant impôt par client a baissé de 218 € à 120 € ! Si le PNB par employé moyen est à peu près revenu à son niveau de 2007, après une forte chute les années précédentes, cela n’est dû qu’aux ajustements d’effectifs qu’ont réalisés les banques d’Europe du Nord.

Toutes les grandes banques des différents pays n’ont pas eu les mêmes réactions face à la crise, en effet. Et, malheureusement, dans l’ensemble, Françaises et Italiennes se distinguent par leur faible niveau d’innovation, leur incapacité à faire évoluer des modèles de tarification dépassés, à rompre avec une centralisation et un gonflement des fonctions support qui, loin de réduire les coûts, les a rendus largement immaîtrisables. Cependant, combien de banques en France paraissent prêtes à remettre en cause un tel dogme aujourd’hui ? Introduire plus de flexibilité opérationnelle, notamment à travers l’outsourcing, dégager de nouvelles sources de revenus, partir des attentes réelles des clients : pour la plupart, tout reste à faire ou presque.

Bref, parce qu’elle montre la nette dégradation de nombreux fondamentaux, la situation force plutôt à reconnaître l’inanité de la plupart des onéreux plans stratégiques et programmes de transformation réalisés depuis dix ans. Il s’agit donc de repenser les stratégies. Ou alors, il suffit de continuer à guetter les signes de reprise aux USA et de se convaincre qu’elle finira bien par se confirmer, qu’elle sera forte et qu’elle gagnera l’Europe…

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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