Les banques prises dans une dynamique destructrice? Retour sur le précédent billet

Notre dernier billet pose la question « Intensifier la relation clientèle ou disparaître ? ». En deux mots, nous y soulignons que la multiplication des canaux digitaux est à même de provoquer une banalisation et un appauvrissement de la relation client des banques, mettant en danger l’ensemble de leurs offres. Parmi les commentaires qui nous ont été adressés,…

Intensifier la relation client ou disparaître?

Voyez-vous un point commun entre ces trois différentes initiatives ?

  • Quatre caisses régionales bretonnes du Crédit Agricole lancent l’appli « Mon conseiller », qui permet de gérer à distance le contact direct avec son chargé de compte.
  • Fivory, le nouveau porte-monnaie électronique du Crédit Mutuel, intègre une galerie virtuelle, une place de marché.
  • En Grande-Bretagne, les Virgin Money Lounge ne sont pas des agences bancaires. Rien en effet ne permet particulièrement d’y traiter des opérations financières. Ce sont de simples lieux de détente pour les clients de la banque Virgin, selon une logique de club (il faut s’enregistrer, indiquer sa boisson favorite, etc.).

Alors ?

Multibancarisation et portabilité du compte bancaire

La mesure est défendue par les associations de consommateurs comme l’UFC-Que choisir et rallie apparemment les clients des banques (à 64% en France) ; elle a été récemment reprise par un député socialiste. Elle va dans le sens d’une plus grande mobilité bancaire, favorisant elle-même, avec le passage facilité des clients d’un établissement à l’autre, la concurrence entre banques : comme l’on peut conserver son numéro de portable en changeant d’opérateur téléphonique, on pourrait faire de même avec son numéro de compte en changeant de banque. Des solutions de « portabilité bancaire » ont ainsi été développées en Suède ou aux Pays-Bas.

La « satisfaction client », un concept dépassé.

Les banques réfléchissent actuellement beaucoup sur leurs programmes de fidélité et surtout d’accueil de nouveaux clients (onboarding programs). Les enjeux sont importants en effet : la multibancarisation est devenue la règle et les clients sont de plus en plus volages, tandis que, pour le cross-selling, la fenêtre de tir optimale se situe dans les 18 premiers mois d’une nouvelle relation – sachant qu’on n’a pas deux fois la possibilité de faire une première bonne impression ! Or, que recommandent consultants et marketeurs à cet égard ? De multiplier messages et invitations, assorties de gratifications diverses. Il faudrait ainsi communiquer de 4 à 7 fois, sous divers canaux, dans les premiers 90 jours d’une relation, pour obtenir la meilleure satisfaction client.

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En d’autres termes, il y a donc un client. Il a différents besoins qu’il faut s’efforcer de bien cerner. Il s’agit ensuite de s’adresser à lui de manière soutenue, opportune et personnalisée pour lui dire combien l’on est à même et désireux de satisfaire ses besoins et ainsi le client sera content. Ce qu’on vérifiera en recueillant son degré de satisfaction. Et si une telle approche était par trop naïve ? Si elle passait à côté de l’essentiel ?

L’inquiétant manque d’épargne des Français

Le sujet revient périodiquement, inlassablement dans la presse financière : pourquoi les Français épargnent-ils nettement plus que leurs voisins ? 15,7% de leurs revenus au second semestre 2013, contre une moyenne européenne de 11%.

La question n’est certainement pas neutre. Derrière elle, à lire les articles, pointe bien sûr le pessimisme conjoncturel des Français mais plus encore : une frileuse peur de l’avenir, nourrie par un vieux fonds paysan poussant à chérir son bas de laine. Récemment, un article opposait ainsi le Français, foncièrement propriétaire, à son voisin allemand (qui, soit dit en passant, quoique moins propriétaire de son logement, épargne encore plus que le Français !). Bref, derrière les traits que l’on prête à l’épargnant français, pointent la défense conservatrice de son pré carré, l’hostilité à ce qui est nouveau, à l’Autre. Une certaine vision que l’élite parisienne peut avoir du « peuple », sans doute. Toutefois, lorsqu’on souligne qu’une désépargne de 1% correspondrait à 14 milliards € injectés dans l’économie pour la croissance, on sous-entend que les Français sont plus riches qu’on ne le croit et l’on dit une énormité, tant du point de vue économique qu’au vu de la détresse qui se cache derrière un taux d’épargne dont la hauteur n’est que de façade.

Qu’est-ce qui décide du choix d’une banque ? Peu de choses finalement !

En 2013, 500 000 visiteurs ont utilisé le site américain FindABetterBank à la recherche d’une nouvelle banque ou, pour les plus jeunes, d’une première banque. Cela fournit un sondage plutôt intéressant quant à ce qui décide du choix d’une banque dont, à notre connaissance, on ne trouve pas vraiment l’équivalent pour la France. Or, qu’en ressort-il ?

Tenir compte de la multibancarisation.

Dans notre avant-dernier billet, nous avons souligné que les données disponibles invitent à considérer que la multibancarisation (être client de deux banques ou plus) concerne au moins une majorité de Français et qu’en même temps, le churn ou taux de perte de clients reste faible (de 3% à 3,5% par an en moyenne). Les Français, en d’autres termes, s’ils quittent peu leur banque, n’en ouvrent pas moins d’autres comptes ailleurs, avec une tendance à spécialiser les établissements en fonction de leurs différentes offres. Un couple, ainsi, aura son compte principal dans une banque et les comptes d’épargne de ses enfants dans une autre, tandis qu’il ouvrira encore un compte dans une troisième pour profiter d’une offre spéciale : un livret d’épargne attractif, un abonnement de télésurveillance, … Au simple vu du nombre de clients qu’enregistrent les banques, il faut croire qu’une telle situation est commune. Pourtant, on n’en tient pas assez compte.

Pourquoi le Crédit Agricole Brie Picardie est-il la banque la plus performante de France ?

Malgré une mauvaise année 2012 pour beaucoup d’établissements et une année 2013 qui ne sera pas non plus très réjouissante, la banque de détail en France se porte bien et affiche une solide rentabilité. Il n’est pas inutile de le souligner, alors qu’on la répute volontiers aujourd’hui en perte de vitesse, lestée par ses agences désertées et alors qu’on la somme d’accélérer son passage à la banque à distance et sur mobile.

Le compte courant ne peut plus être considéré comme le pivot de la relation bancaire.

L’action commerciale des banques est essentiellement bâtie autour de cette séquence : 1) ouvrir de nouveaux comptes ; 2) tenter de gagner le compte courant principal des nouveaux clients ; 3) à partir de là, développer leur équipement en produits financiers maison.

Lorsque cela « marche », les clients sont dits « actifs ». Ils représentent une fraction des comptes ouverts qui va des trois quarts à moins de la moitié selon les établissements. Aucune grande banque de détail, en effet, n’évite la gestion d’un nombre significatif de clients « inactifs », généralement vus comme des clients à faible potentiel – ce qui se révèle de plus en plus être une erreur.

Parrainage : pourquoi donc les banques cherchent-elles à ouvrir toujours plus de comptes ?

Connaissez-vous lesparrains.fr ? C’est un site pour les chasseurs de primes de parrainage. Il permet de trouver en ligne un « parrain » ou des « filleuls » pour profiter des offres dans différents secteurs, dont les banques.

Pour attirer de nouveaux clients, en effet, les banques – notamment les banques en ligne mais pas seulement elles – offrent des primes de parrainage pouvant aller jusqu’à 200 €, à se partager entre parrains et filleuls. Certains ont bien compris qu’il y avait là une manne intéressante à exploiter – ouvrir des comptes bancaires peut fournir un complément de revenu !

Livret A : les banques ont-elles trouvé la parade ?

Plus que jamais, le livret A reste le support d’épargne préféré des Français et la baisse de son taux de rémunération ne changera sans doute que peu cette situation. Le livret A pose cependant un vrai problème aux banques françaises : l’essentiel de sa collecte n’est pas dans leur bilan mais est centralisée à la Caisse des Dépôts. Les banques françaises recueillent ainsi moins de dépôts propres que leurs homologues étrangères, c’est un point de fragilité que soulignent régulièrement les agences de notation.

On parle actuellement de diminuer le transfert de la collecte à la CDC mais la question est plutôt finalement de savoir pourquoi les banques françaises n’ont pas davantage développé des solutions propres d’épargne susceptibles de remplir le même emploi que le livret A auprès de leurs clients ?

Les banques doivent-elles faire appel à des ethnologues pour mieux cerner les attentes de leurs clients ?

Cela peut paraître assez surprenant mais ce n’est que depuis très récemment que les banques tentent de sonder précisément les attentes de leurs clients et leurs rapports différenciés aux produits et services financiers. Certes, un tel jugement ne vaut sans doute pas pour tous les établissements mais, de manière générale et à la différence de bien d’autres secteurs, le métier de banquier conduit davantage à évaluer le risque de crédit que représente chaque client et les segmentations commerciales s’en ressentent. Tandis que l’accès à certains « secrets » (le détail des revenus et des dépenses) fournit une connaissance de la clientèle qui peut paraître suffisante. Aussi les segmentations commerciales des banques distinguent-elles peu, le plus souvent, des profils distincts en fonction des rapports, complexes, que les clients entretiennent avec la gestion de leurs besoins financiers.

Appréhender la « maturité clients »

Depuis 3/5 ans, voire beaucoup plus longtemps dans certains cas, les banques de détail ont largement refondu leurs segmentations commerciales. Ce phénomène général se rencontre dans de nombreux pays. Plusieurs éléments l’ont précipité, notamment : le développement du multicanal : comment orienter les clients sur les canaux qui leur conviennent le mieux ? La généralisation des outils de…

Quels genres de clients veulent les banques ?

La question peut paraitre incongrue. Les banques s’adressent à toutes sortes de clientèles et se flattent d’ouvrir le plus grand nombre de comptes, sans distinction. Mais n’y a-t-il pas certains types de clients qu’elles préfèrent ? Pour le savoir, il suffit de se référer aux profils individuels qu’elles mettent en avant, plus que dans leurs publicités encore, dans leurs plaquettes et sur leurs sites. Certes, toutes ne présentent pas des visuels personnalisés. Les grandes banques italiennes et anglaises y ont bien moins recours que les grandes banques espagnoles et allemandes. En France, comme aux USA, cela varie d’un établissement à l’autre : BofA le fait bien plus que Capital One et les Banques populaires bien moins que les Caisses d’épargne. Quoi qu’il en soit, il est intéressant d’examiner les visages des banques. On s’aperçoit alors qu’elles veulent toutes les mêmes clients et qu’elles veulent également que leurs personnels leur ressemblent à ce point qu’on ne puisse pratiquement pas les distinguer. Petit tour d’horizon.

Qu’attendent vraiment les clients des banques ?

Fin février, BT a fait paraitre une intéressante étude, conduite dans six différents pays, dont la France, où nous attendions que l’on en fasse état. En vain. L’étude souligne pourtant de manière originale ce qu’attendent les clients des banques et quels éléments peuvent être à même de les pousser à changer d’établissement. Or ces attentes ne portent vraiment pas prioritairement sur la possibilité de se connecter avec sa banque via les réseaux sociaux ou sur le mobile banking – deux sujets qui occupent pourtant beaucoup les banques. En revanche, parmi les services dont les sondés souhaitent disposer en ligne, le plus demandé (32%) concerne les « peer review sections ». Il n’est pas certain que beaucoup, en France, sachent vraiment de quoi il s’agit. Explications.

Frais, tarifs : ce que les banques françaises ne disent pas (et ce qui n’est pas non plus ce que vous vous attendez sans doute à lire)

On décrie actuellement beaucoup les tarifs des banques et on accuse particulièrement celles-ci d’abuser de « frais cachés ». On regarde avec suspicion même le fait que les chargés de clientèle soient commissionnés sur la réalisation d’objectifs commerciaux. Mais on souligne rarement, voire jamais, que la banque est sans doute le commerce de masse où l’on peut le plus négocier les tarifs des services et produits et que c’est là un rôle déterminant que remplissent les chargés de clientèle en agence. Cela n’est guère étonnant car si ce rôle est effectivement déterminant, très peu d’éléments permettent de l’évaluer et beaucoup d’établissements d’ailleurs ne le cernent que très approximativement.

Pourquoi les banques ne se positionnent-elles pas davantage sur les moments de la vie où l’on a vraiment besoin d’elles ?

Il y a des moments où il faut pouvoir compter sur sa banque. Qu’il s’agisse de modifier des données, d’accomplir des démarches administratives, de solliciter un prêt ou des services financiers, de demander des conseils. Ces moments sont autant d’occasions clées pour les banques face à leurs clients et elles en sont toutes persuadées.  D’ailleurs, la plupart d’entre elles ont su se positionner en cas de transmission, de succession, de financement d’études ou, plus récemment, d’expatriation. Seulement, en France, c’est à peu près tout.

Le scoring comme outil de fidélisation

En France, en moyenne, 35% des nouveaux clients des banques ont moins de 25 ans – on comprend dès lors que ce segment puisse être particulièrement courtisé – mais, à 25 ans, un tiers de ces nouveaux clients sont en moyenne partis.

Les banques s’efforcent de séduire les jeunes mais comment les fidéliser ? On voit depuis quelques années des banques jouer à cet égard sur le credit score – une démarche qu’ignorent à peu près totalement les banques françaises.