En quelques années, BNP Paribas a mis sur pieds un dispositif assez complet d’accompagnement et de soutien aux startups et à leurs créateurs. Il vaut la peine de le décrire en détail car, à travers ce dispositif, la banque développe un positionnement aussi original (nous ne lui connaissons pas d’équivalent international) que finalement peu remarqué.

Il y a d’abord, en observatoire et tête chercheuse, l’Atelier BNP Paribas, qui détecte les innovations de rupture, les mutations majeures dans tous les secteurs et qui accompagne à ce titre les entreprises. Cela intervient notamment à travers 15 « Pôles Innovation » en France, dont plus de 1 000 startups sont clientes, ainsi que, depuis plus récemment, à travers le Lab, qui vise à rapprocher entrepreneurs innovants et grandes entreprises.

BNP Paribas a également lancé Innov & Connect, un accélérateur et une pépinière qui favorise le co-création de startups et d’entreprises de taille intermédiaires (ETI) clientes, dans tous les secteurs d’activité.

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Côté incubation, la banque propose une offre Etudiant Entrepreneurs pour le financement des premiers frais de création d’entreprise. BNP Paribas investit également dans 11 fonds d’amorçage et, à travers un partenariat récent, a annoncé la mise à disposition de compétences spécifiques auprès de France Angels, une Fédération nationale qui fédère 82 réseaux de l’Hexagone, soit plus de 4 300 Business Angels.

La banque offre encore à 40 entrepreneurs une création publicitaire et son exposition dans une vitrine pendant 6 semaines.

Enfin, BNP Paribas s’est rapproché des plateformes de financement participatif Ulule et Wiseed, pour permettre à des projets qui n’ont pas vocation à être financés dans les circuits traditionnels d’émerger.

« Nous voulons accompagner l’entrepreneur sur tout le cycle de vie de son entreprise innovante », a déclaré Marie-Claire Capobianco, Directeur des Réseaux France. BNP Paribas bâtit ainsi tout un écosystème de partenaires, d’experts et de solutions de financement, qui n’est sans doute pas achevé.

Pour autant, le retour attendu, pour la banque, est à moyen et long terme. Il correspond à un pari sur l’innovation et son impact sur la croissance économique mais – c’est là sa grande originalité – il ne correspond pas à une approche d’investisseur, même si la démarche n’est certainement pas désintéressée. A terme, BNP Paribas crée son propre marché.

BNP Paribas s’affirme dans un rôle d’assembleur et de soutien, qui évoque tout à la fois celui que jouèrent les banques de pays pionniers comme les USA ou l’Australie au XIX° siècle, portant à bout de bras l’industrialisation de l’acier, des transports ou de l’électricité, les industries émergentes de l’époque, ainsi que le modèle rhénan, au sein duquel des banques, voyant à long terme, favorisent de manière déterminante la cohésion économique régionale et nationale. Il est frappant en ce sens de voir que BNP Paribas, en soutenant l’innovation, ne se tourne pas uniquement vers les jeunes pousses mais aussi bien vers les ETI ; sachant que tous les observateurs s’accordent à dire aujourd’hui que l’un des grands maux de l’économie française est de ne compter que 4 800 entreprises de taille intermédiaire quand on en recense 8 000 en Italie, 10 000 au Royaume-Uni et 12 000 en Allemagne, où elles forment un Mittelstand. Une différence qui expliquerait en grande partie la réussite actuelle du modèle économique allemand, symbolisé par des excédents commerciaux record.

En France, l’approche de BNP Paribas est particulièrement originale en ce qu’elle s’efforce de remplir un rôle qu’on estime plus volontiers dévolu à la puissance publique et à elle seule. De sorte que, très loin du bank bashing général qui s’est développé depuis la crise, on se prend à croire qu’à travers un tel exemple la France pourrait réaliser qu’elle dispose de banques solides susceptibles de jouer un rôle de levier économique considérable.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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