Alors que l’on reproche souvent – à juste titre ! – aux banques, notamment françaises, de ne pas suffisamment suivre et de ne pas assez se préoccuper des innovations que portent les startups fintech, Santander présente en ce domaine l’exemple d’une stratégie d’investissement particulièrement intéressante, sous plusieurs aspects.

L’année dernière, Santander a lancé un fond d’investissement spécialisé dans les fintech : Santander Innoventures. A travers lui, la banque poursuit une stratégie de prises de participation engagée depuis quelques années déjà, quoique limitée en nombre puisqu’elle ne concerne à ce stade que sept participations : Traak Ltda (jeux en ligne), Three Melon (idem), Infoxel (suivi publicitaire), Monitise (mobile banking), iZettle (mPos), MyCheck (paiement sur mobile) et Cyanogen (OS mobile open source).

Premier caractère saillant de cette stratégie d’investissement : elle définit un champ d’observation particulièrement large, global. Aujourd’hui, les problématiques fintech sont complètement  internationales ; se limiter à une région ou à un marché – même les USA – ne permet plus ni de les comprendre, ni d’en saisir tous les aspects. On peinerait cependant à trouver une autre banque qui, aujourd’hui, comme Santander, tend ses antennes du Chili (Traak Ltda) et de l’Argentine (Three Melon) jusqu’en Israël (MyCheck) et en Suède (iZettle), en passant par l’Espagne (Infoxel), le Royaume-Uni (Monitise, MyCheck) et les USA (Cyanogen, MyCheck).

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Deuxième caractère important : toutes ces startups (sauf Monitise, qui n’est plus une startup) ont acquis une taille significative dans leur domaine propre, sans y être les plus en vue ou les plus importantes. Santander accompagne ainsi des solutions nouvelles au stade de leur premier vrai déploiement. Pour la banque, le but n’est donc pas tant de saisir un complément d’offres que d’acquérir un poste d’observation, pour scruter des marchés en phase de maturation. Ce point est essentiel car, en regard, trop de banques ne considèrent les startups que pour les produits qu’elles développent. Dans un secteur en pleine ébullition, où très peu d’offres sont stabilisées et encore moins rentables, cela explique en large partie leur attentisme. Elles se disent qu’elles pourront acquérir, plus tard, les jeunes pousses qui auront passé l’épreuve du marché. Mais, à ce moment là, outre une vraie connaissance du marché lui-même, Santander aura eu le temps de murir des offres propres.

Car, c’est un troisième caractère déterminant, la stratégie de Santander est clairement ciblée et ceci vers le développement et l’enrichissement de l’expérience client, qu’il s’agisse des particuliers ou des pros et des TPE/PME. Pour les particuliers, cela passe par la customisation des applis mobile (Cyanogen), le gaming (Traak Ltda, Three Melon), des pratiques nouvelles en matière de paiement (Monitise), comme le partage de frais (MyCheck), les paiements P2P (iZettle). Pour les pros et les entreprises, le mPos (iZettle) et des services de gestion nouveaux (iZettle, Infoxel), des réseaux de commerce (Monitise, MyCheck).

Sans doute ces participations seront-elles complétées par d’autres. Santander Innoventures a notamment annoncé regarder de près les solutions de big data. Dès aujourd’hui, cependant, le véritable enjeu de la démarche est assez clair. Comme chacun sait, il n’y a pas de copyright en banque. Ce que développe l’une peut facilement être imité par toutes les autres. Dès lors, les banques ne se distinguent pas tellement par leurs offres mais plutôt par les conditions qu’elles leur appliquent. Cependant, l’exemple de Santander laisse deviner que demain les offres bancaires intégreront des produits et services tout à fait nouveaux, souvent extra-bancaires et à même de changer considérablement la relation bancaire. Reposant sur l’internalisation de compétences et de savoir faire très spécifiques, l’expérience client, elle aussi, sera susceptible de varier fortement d’un établissement à l’autre. Faute de s’y être prise assez tôt, certaines banques, sans doute, ne pourront pas vraiment suivre. Au fond, l’épreuve de marché que les startups fintech connaissent aujourd’hui concerne déjà aussi bien les banques.

I. Reider/Score Advisor

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