A présent que leurs résultats 2014 sont pratiquement stabilisés, il ressort particulièrement que de nombreuses banques françaises ont vu leurs commissions fondre l’année dernière. Or, à première vue, 2015 ne devrait pas permettre de corriger le tir. La faible part relative des commissions dans leur PNB est une singularité française par rapport à beaucoup d’exemples étrangers et une évidente fragilité, surtout dans le contexte actuel des taux. Cette singularité s’accroît. Et, apparemment, la mauvaise conjoncture n’explique pas tout.

En 2014, l’ensemble des banques françaises (nous en considérons 110) ont vu le montant des commissions qu’elles facturent à leurs clients baisser de 3% en moyenne. La part des commissions nettes dans le PNB des banques françaises représente ainsi 36% en moyenne (un point de moins par rapport à 2013).

Ces moyennes recouvrent cependant de fortes disparités entre établissements. Pour certains, les commissions ont augmenté, tandis que pour une dizaine d’entre eux, la baisse a été égale ou supérieure à 10%. La tendance générale est néanmoins nettement défavorable : beaucoup sont à zéro et une soixantaine d’établissements sont en baisse, dont une trentaine de plus de 5%.

Or, ce qui est frappant, c’est que les situations peuvent être très différentes d’un établissement à l’autre, exerçant pourtant sur les mêmes territoires et ayant des clientèles similaires. En revanche, certains groupes sont plus concernés que d’autres. Bref, la conjoncture semble moins en cause que certaines pratiques de facturation, différentes entre établissements. BNP Paribas et le Crédit Agricole ont d’ailleurs eu l’honnêteté de le reconnaître : le plafonnement des conventions d’intervention (qui frappent les opérations débitrices plaçant les comptes courants en situation d’anomalie, c’est-à-dire, pour l’essentiel, les facilités et découverts non autorisés) introduit par la loi bancaire 2013 a beaucoup joué.

En France, aujourd’hui, pour son activité retail domestique, aucun grand établissement ne dépasse 45% de part relative de ses commissions dans son PNB et seulement 22 (pas forcément les plus importants) dépassent les 40%, considérés comme le standard international minimal. 73 établissements se situent en dessous des 40%, dont 25 banques (dont certaines importantes) sont à 35% ou moins.

Or ce n’est pas seulement que la part relative des commissions soit faible. Sur quoi est-elle largement assise ? Sur des revenus acquis davantage à titre de sanction que de service, comme les commissions d’intervention ? Derrière tous ces chiffres, le système bancaire français parait marcher sur la tête : une surfacturation de prestations accessoires et un manque de services suffisamment bien identifiés par les clients pour être correctement facturés – avec, de plus, des banques en ligne qui entretiennent largement le mythe de services bancaires gratuits, ce qui ne serait que de la légitime concurrence si la plupart de ces établissements n’appartenaient pas à de grands groupes.

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La plupart en sont désormais convaincus, alors que leurs métiers sont bouleversés comme jamais, les banques doivent se réinventer en large partie. Mais, à cet égard, on ne peut trop souligner le dangereux attrait du « petit sou », qui permet à l’exploitant de faire facilement son chiffre sur des facturations effarantes – voire indécentes – liées notamment à la manne que représentent les découverts (cf. la facturation des lettres de demande de régularisation, par exemple), sans trop se préoccuper du lendemain. Si la baisse actuelle des commissions servait à ce titre d’alerte, ce serait finalement une très bonne nouvelle. Pour tout le monde !

P. Adoux/Score Advisor

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