Introduit en bourse à la fin de l’année dernière et ayant largement devancé ses concurrents directs, comme Prosper, LendingClub est devenu le n°1 mondial du crowdlending, du prêt direct P2P. Or, LendingClub est également l’un des acteurs les plus originaux dans le domaine de la finance participative et, alors qu’il étoffe ses offres, commence à apparaître la menace considérable qu’il représente pour les banques. Étrangement, ce point n’est pourtant guère souligné, tandis que, comme challengers des banques, on continue plutôt d’attendre les grands de l’internet ou les opérateurs téléphoniques. D’ailleurs, les banques elles-mêmes ont-elles bien saisi la menace ?

Le LendingClub a récemment acquis Springstone, une société spécialisée dans les prêts santé, lesquels sont désormais proposés sur le site.

lendingD’emblée, plusieurs choses sont frappantes : l’offre est adressée directement aux praticiens de la santé pour qu’ils orientent vers elle leurs patients. Les bénéficiaires finaux sont ainsi les principaux prescripteurs. Les prêts sont orientés par finalités (différents types d’actes médicaux) mais les conditions, comme il apparaît ci-dessus, sont définies de manière tout à fait standard. Bref, LendingClub fait du crédit à la consommation !

Or ce n’est sans doute qu’une première étape. LendingClub annonce qu’il va prochainement se lancer dans les prêts étudiants et le crédit hypothécaire. D’ores et déjà, il challenge aussi bien les cartes de crédit en proposant des crédits personnels 30% moins chers.

La plupart des plateformes de crowdlending ont d’abord mis en avant le rôle qu’elles sont à même de jouer vis-à-vis des emprunteurs, leur proposant une alternative aux banques, voire même une revanche pour tous ceux qui n’accèdent pas facilement au crédit. LendingClub, lui, s’est plutôt soucié d’attirer les investisseurs, comprenant que s’assurer des flux constants de liquidité était le gage de tout son développement. Il peut en effet fonctionner ainsi comme une banque mais sans dépôts. Apparait alors un modèle avec lequel, à terme, aucune banque ne pourra lutter !

Avec des coûts de collecte et de distribution bien moindres et une qualité de risque équivalente, LendingClub – c’est son véritable enjeux – doit être à même d’offrir, par rapport aux banques, des conditions de rémunération plus élevées aux prêteurs et des conditions d’emprunt attractives aux emprunteurs. Si l’on ajoute que LendingClub, à la différence des banques, ne porte aucun risque, le modèle est imparable !

La plateforme y parviendra-t-elle ? Pour le moment, ses charges opérationnelles, encore très élevées (187,6 millions $ au 30 juin 2015), absorbent ses revenus (178,1 millions $). Mais LendingClub est en pleine croissance et si, parmi ses charges, on isole celles de traitement seules (hors frais de marketing, qui devraient baisser à terme), le coefficient d’exploitation ressort à 31%. Quelle banque serait capable de s’aligner ?

Certes, il n’est pas exact de dire qu’une plateforme de crowdlending ne porte aucun risque. Si c’est effectivement le cas au sens propre, on ne peut néanmoins négliger qu’un taux important de défaillances, directement à la charge des prêteurs, serait à même de déprécier considérablement le modèle. Dans ces conditions, une plateforme comme Zopa met en place un fond spécial, alimenté par un prélèvement sur ses revenus et qui est donc assimilable à un provisionnement ex ante du coût du risque, permettant le remboursement immédiat des prêteurs en cas de défaillance.

Quoi qu’il en soit, le modèle reste particulièrement favorable – particulièrement dès lors que l’accroissement des volumes générera des économies d’échelle (LendingClub a annoncé qu’il devrait étendre ses activités à l’étranger d’ici 2 ou 3 ans) – et surtout disruptif, comme en témoignent les partenariats que LendingClub a passé avec Google (l’un de ses actionnaires) pour que ce dernier prête, à travers la plateforme, à la fois à ses plus de 10 000 fournisseurs et partenaires, ainsi qu’à ses employés. Google propose ainsi des prêts à des conditions favorables, tout en plaçant de manière intéressante sa trésorerie.

Des crédits sans dépôts. Au total, personne n’a encore trop l’air de s’en rendre vraiment compte mais LendingClub est en train de développer un modèle qui annonce tout simplement la fin des banques universelles.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

 

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