C’est donc fait. Sous la pression d’actionnaires aussi remuants que Carl Icahn, EBay a annoncé qu’il allait se séparer de PayPal, lequel sera introduit en bourse au second semestre 2015. EBay l’avait acheté pour 1,5 milliard $ en 2002. Présent dans 190 pays et comptant 143 millions de clients, PayPal  est aujourd’hui valorisé à hauteur de 30 milliards $.

Pour beaucoup d’observateurs, PayPal qui se porte mieux qu’EBay et qui ne réalise plus que 15% de ses revenus avec sa maison-mère, a besoin de reprendre son autonomie pour assurer pleinement son développement. Celui-ci, en effet, ne semble faire de doute pour personne. Or c’est assez étonnant car PayPal, actuellement, semble tourner dans un grand vide stratégique !

PayPal, c’est avant tout un porte-monnaie électronique. On ouvre un compte PayPal pour régler ses achats en ligne sans avoir à utiliser sa carte bancaire. Longtemps, adossé à EBay, PayPal aura représenté la principale offre en ce domaine, voire la seule vraiment crédible. Depuis plusieurs années, cependant, bien d’autres solutions ont été proposées, notamment par les banques et l’offre de PayPal a été assez largement banalisée.

PayPal continue encore en revanche à fournir la solution de paiement par carte la plus commode, par rapport à ce que proposent la plupart des banques, pour les commerces en ligne. Fort simple à installer, la solution ne coûte rien au démarrage, ce qui est important pour des commerces en ligne fraichement créés et très souvent soumis à une montée en puissance assez lente et imprévisible de leur activité – l’étonnant en l’occurrence étant que les banques n’aient guère proposé de solutions comparables.

Mais ensuite ? Après les commerces en ligne, il aurait pu sembler logique de s’attaquer aux commerces physiques mais c’est Square qui développera le mobile point of sales, immédiatement suivi par d’autres startups, ainsi que par certains établissements financiers, dont PayPal avec PayPal Here.

PayPal investira plus directement le paiement direct sur mobile, notamment par QR Code, et sans contact. Dès lors, PayPal avait tout pour faire Apple Pay : reconnaissance biométrique sur mobile, saisie de coordonnées de cartes bancaires par capture d’écran (PayPal a acquis à cet effet Card.io) et système sans contact iBeacon, qu’Apple a envisagé d’utiliser, avant de se rallier à la technologie NFC. Apple Pay s’est néanmoins bâti sans PayPal lequel, imaginent certains observateurs, pourrait, en partenariat avec Google ou Samsung, développer à présent la riposte sur Androïd. Cependant, on voit mal pourquoi Google ou Samsung auraient besoin de PayPal pour le faire et encore moins pourquoi ils choisiraient de le faire avec PayPal plutôt qu’avec le plus possible de banques, dont PayPal.

Car, loin d’être un simple opérateur de paiement, PayPal n’a cessé de se déployer vers des  activités bancaires : dépôts d’espèces (en partenariat avec Coinstar), carte de crédit Visa, crédits à la consommation et paiements « flottants » (crédit de 5 jours), envoi d’argent, partage de frais et rechargement de mobile, jusqu’à la création d’une marketplace (l’Espace shopping). Mais, par rapport aux nouvelles banques, PayPal n’offre rien de très distinctif, comme la commodité de Simple, l’expérience client de Moven, la dimension communautaire de Fidor, ou la redéfinition des offres bancaires de base comme Knab.

Paypal, enfin, s’est tourné vers sa clientèle de TPE, de commerces en ligne: envoi de factures associées aux paiements, recherche de partenaires, financement de fonds de roulement (PayPal Working Capital). Une série d’acquisitions et d’investissements devraient lui permettre de compléter prochainement ces offres : formules de précommandes et d’achats (les startups Olo et Loop Commerce, cette dernière ayant développé une intéressante solution pour l’offre de cadeaux), comptabilité (Pistis Consulting), développement de mobile business (StackMob, mFoundry), publicité contextuelle (Where). Des offres qui entreront néanmoins en concurrence avec celles, ambitieuses, que développent aujourd’hui différents acteurs, de Bank of America à Square, en passant par Intuit.

Au total, PayPal semble avoir le plus souvent privilégié l’aspect technique plus que l’expérience client. Ainsi a-t-il peu investi le PFM. Ainsi propose-t-il une offre Beacon plus axée sur la prouesse technique (un client n’a rien à saisir pour payer dans un commerce physique) que sur les attentes réelles de la plupart des clients. Bref, pour tous ceux, nombreux, qui l’utilisent, PayPal reste d’abord sans doute le fournisseur d’une solution de paiement, d’un simple outil donc, sans grande identité propre derrière ; exactement comme sont, pour l’immense majorité des porteurs de cartes, Visa et MasterCard – à cette différence près que PayPal n’est pas distribué par les banques (à quelques exceptions près).

Et si c’était là une orientation ? Devenir le réseau international de paiement en ligne que les banques ne peuvent concurrencer et qu’elles relaieront, pour finir par remplacer Visa et MasterCard quand, avec le développement du mobile banking ou d’autres appareillages (Google Glass ou Apple Watch), les cartes ne seront plus guère utiles ? Les remplacer ou être racheté par eux.

T.Lowry/Score Advisor

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