La presse a souligné le succès des livrets d’épargne Zesto et Distingo lancés respectivement en 2012 et en 2013 par les filiales bancaires de Renault (RCI Banque) et de Peugeot (PSA Banque). Or, au-delà de leur succès, ces deux offres présentent des caractéristiques dont on peut se demander si elles ne vont pas tendre à se généraliser au sein des banques et si elles n’annoncent pas une véritable refondation des pratiques bancaires – rien de moins !

Le succès des deux livrets se comprend facilement compte tenu des conditions proposées : pour Zesto, un taux promotionnel brut de 5% garanti pendant 4 mois dans la limite de 75 000 € de dépôt, puis un taux de base également attractif (mais révisable) de 2% ; pour Distingo, un taux promotionnel brut de 5,5% garanti pendant 4 mois dans la limite de 75 000 € de dépôt, puis un taux de base (révisable) de 2,2%. Ces conditions sont particulièrement avantageuses, si on les compare à celles que proposent les grandes banques actuellement.

Toutefois, si l’écart est important, marque-t-il un changement de pratique durable en matière de rémunération des dépôts ? Pour les deux livrets, les éléments promotionnels paraissent encore déterminants (les avantages sont notamment limités à la première ouverture d’un livret), dans un contexte où les deux filiales affrontent des difficultés spécifiques, par rapport aux autres banques, liées tout à la fois la dégradation du marché automobile français et au surenchérissement de leur refinancement sur les marchés. En ceci, les deux filiales n’ont fait que copier les livrets proposés par les constructeurs automobiles allemands, développés dès 2008 par Mercedes Bank et BMW Bank, depuis 1995 par Volkswagen ; des livrets dont le succès a vite fait baisser les conditions attractives de départ. En même temps, ce succès a poussé les filiales bancaires des constructeurs allemands à développer une offre bancaire assez complète à l’adresse des particuliers. C’est vers quoi s’oriente à présent RCI Banque, avec le compte à terme Pepito.

Il est trop tôt ainsi, pour savoir si Zesto et Distingo feront école dans le paysage bancaire français. Quoi qu’il en soit, ils partagent un certain nombre d’éléments assez remarquables : une gestion largement externalisée sous marque blanche (auprès d’Arkea Banking Services) et une communication soulignant que l’argent collecté est exclusivement utilisé pour le financement de crédits automobiles (Zesto) ou « investi dans l’économie réelle » (Distingo). Pour les déposants, cela assure des rendements bien plus conséquents que ceux qu’offre aujourd’hui le marché monétaire. Pour les banques, cela est également source de rendements plus importants en même temps que cela diversifie et peut (pour celles dont la notation est défavorable) rendre moins onéreux leur refinancement. Certains ont rapproché cela d’un schéma de titrisation : la rémunération des crédits est versée (au moins en partie) aux déposants et elle est en quelque sorte rehaussée au cours de la première période de 4 mois au cours desquels le taux brut est garanti. La comparaison s’arrête toutefois là : il n’y a pas transfert de risque. La banque ne se dessaisit pas de ses actifs.

La titrisation de crédits aux PME est complexe et onéreuse. Ici, le schéma frappe par sa simplicité et l’on assiste en fait à un retour au métier bancaire de base : les dépôts font les crédits et les crédits rémunèrent les dépôts. Les banques ont donc intérêt à prêter le plus possible, en évitant les mauvais risques et en augmentant leurs marges. Cela leur permet en retour de collecter davantage de dépôts. C’est là un schéma simple dont les banques se sont largement écartées depuis trente ans : empruntant la plus grande partie de leurs ressources sur les marchés, distribuant des crédits à faibles marges comme des produits d’appel et proposant, en fait de solutions d’épargne, des produits n’étant pas inscrits dans leur bilan. Pour quels résultats ? Des actifs largement supérieurs aux dépôts, des risques à proportion, des difficultés de refinancement rencontrées ces dernières années, des montants de commission et des taux d’équipement de la clientèle qui stagnent, des coûts de développement qui ont été lourds et qui grèvent aujourd’hui les résultats (réseaux d’agences trop denses, mauvais coefficients d’exploitation), une rentabilité qui ne s’est pas améliorée. Enfin, rançon de tout cela, une nouvelle réglementation bancaire qui ne permettra plus aux banques de fonctionner avec des leviers d’endettement aussi élevés qu’aujourd’hui.

Ainsi, quoi qu’il soit trop tôt pour savoir si Zesto et Distingo feront véritablement école, ces deux livrets pourraient bien annoncer une véritable refondation des activités bancaires. On notera en ce sens le rapprochement en France d’ING Direct et de la banque commerciale d’ING, dans la perspective d’offrir, à travers le financement d’entreprises réalisé par la dernière, une rémunération supérieure à celle qu’offre le marché aux dépôts collectés par la première. Et c’est ainsi que deux simples livrets d’épargne invitent à imaginer que les principaux efforts des banques, ces prochaines années, pourraient bien aller vers une large simplification de leurs activités. Mieux même : que se distingueront celles qui sauront le mieux aller vers plus de simplicité.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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