Il affiche des ambitions de développement et c’est un établissement singulier dans le paysage bancaire français : deux raisons de s’intéresser au Crédit coopératif et de se demander particulièrement s’il ne pourrait pas favoriser l’émergence d’un nouveau type de clientèle bancaire, comme cela apparaît dans d’autres pays.

Groupe coopératif, membre de BPCE et la seule de ses maisons mères, avec la Casden, à disposer d’un réseau national, le Crédit coopératif finance particulièrement les entreprises et l’économie sociale – il est surtout connu comme la banque des associations en France. Cette vision est toutefois restrictive. Grevé par un coefficient d’exploitation élevé (73,3% en 2011) et avec une rentabilité non négligeable par les temps qui courent mais en soi assez moyenne (4,49% en 2011), le Crédit coopératif doit se développer et il cherche particulièrement à le faire en direction des particuliers ; lesquels font le tiers de ses dépôts mais absorbent seulement 10% de ses crédits.

Ses arguments ? Etre une banque responsable, à vocation sociale et à dimension humaine. Le Crédit coopératif a ainsi lancé le compte « Agir », dont les détenteurs peuvent, chaque fin de trimestre, décider de l’affectation de 75% de leur solde en compte pour le financement par le Crédit coopératif de trois domaines d’actions sociales, équitables ou écologiques :

L’établissement a également monté le très intéressant réseau des acteurs de l’économie humaine Mycoop. :

L’enjeu est ainsi de donner une nouvelle vigueur au sociétariat ; de le réinventer en proposant aux sociétaires une appropriation responsable, communautaire, de leur banque. C’est aujourd’hui une tendance forte dans plusieurs pays, notamment en Amérique du Nord avec les Credit Union. Rien de nouveau en somme mais cela permet de se démarquer clairement des banques classiques, tant au niveau des offres (comme le compte « Agir » ci-dessus), que des tarifs – forcément transparents et privilégiés, les sociétaires n’étant pas des clients comme les autres : chez Vancity (Vancouver), pas de charges de gestion de compte pour les moins de 25 ans, les plus de 55 ans et pour tous ceux dont le solde en compte dépasse 1 000 $. Le caractère sociétaire étant mis en avant, le positionnement même de l’établissement change : le site de Vantage Credit Union est très représentatif à cet égard. Il prend la forme d’un blog, en même temps que d’un portail de services partenaires dans tous les domaines :

Pour ces établissements, l’ancrage local est déterminant. Vancity peut ainsi clairement mettre en avant l’impact de ses financements en Colombie britannique :

Mais il y a aussi autre chose. Une perspective beaucoup plus large que laisse deviner le slogan de Vantage Credit Union : Go bankless !

« Passez-vous de banque ! », c’est en effet désormais un slogan possible et porteur pour certains établissements financiers. Le pari est de gagner une population de plus en plus large, active et créative, dont le propre est de ne pouvoir être segmentée ni en termes de revenus (elle réunit des précaires aussi bien que des très aisés et même certains qui, comme les indépendants, peuvent l’être tour à tour), ni en termes d’âge (elle va de 20 à 75 ans). Cette population est désormais bien connue dans l’audiovisuel (et c’est largement la même que celle dont nous parlons). Elle regroupe tous ceux qui ne veulent plus de la télévision chez eux, non parce qu’ils se désintéressent des médias, au contraire, mais parce que synonyme de passivité, surtout de la part de leurs enfants, de manque de choix, la télévision ne leur convient guère. Ils trouvent ce qu’ils veulent sur internet et ce sont les plus ouverts aux innovations – ils ont notamment été les premiers clients des sites de streaming. De la même manière, ils aimeraient trouver des établissements financiers différents des banques classiques.

Un exemple l’indique: Fidor Bank AG. D’abord quasiment « alternative », Fidor, qui a su remarquablement utiliser les réseaux sociaux pour constituer une communauté d’adhérents, monte en gamme désormais et réunit des clients dont les deux caractères saillants sont de se vouloir socialement responsables en même temps que d’être largement décomplexés vis-à-vis des questions financières. Or Fidor leur offre justement : 1) une dimension sociétale forte, 2) des services de banques classiques et 3) des innovations dont on ne trouve aujourd’hui une gamme aussi étendue nulle part ailleurs (crowdfunding, social funding, paris en ligne, trading d’or, …). Fidor déclare volontiers qu’aucune loi n’oblige les activités bancaires à être ennuyeuses ! Ce qui est certain, c’est que Fidor séduit aujourd’hui un segment de clientèle qui sera sans doute l’un des plus porteurs pour les banques dès demain.

Beaucoup de startups lorgnent aujourd’hui cette clientèle, dont la plus emblématique est Simple aux USA, mais n’ont à offrir que des solutions technologiques, notamment sur mobile, avec lesquelles les banques peuvent facilement rivaliser, ou bien des offres à bas prix forcément limitées. C’est également un peu le cas des banques en ligne. En regard, la notion de sociétariat responsable pourrait bien être un argument de poids. Mais qui, en France, serait à même de la faire valoir ? Tookam peut-être mais il cible plus exclusivement les jeunes. La Banque postale aurait des arguments mais sa stratégie clientèle devrait changer. Alors le Crédit coopératif, surprise bancaire à venir ? Pourquoi pas ?

 Guillaume ALMERAS/Score Advisor

 

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