Planifiée depuis plusieurs années, une nouvelle banque supranationale devient opérationnelle en ce début de juillet 2015. Créée par les 5 états les plus développés des marchés émergents, elle opérera sur un modèle de banque centrale. Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud se sont unis pour lutter contre le sous-développement et la volatilité des devises en mettant en place cette institution qui empiète sur les rôles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

La stabilité financière est un point crucial pour la Chine, en perte de vitesse de croissance, le Brésil et encore plus la Russie, dont l’économie a glissé dans la récession, alors que le pays a perdu l’accès aux marchés de capitaux mondiaux, en raison des sanctions occidentales. La nouvelle banque fournira les fonds pour des projets d’infrastructure et de développement dans les pays BRICS.

La mise en commun des réserves en devises leur permettra de gérer avec plus d’indépendance leurs balances de paiements et les crises de change ; un Fonds de crise de change de près de 100 milliards US$ sera mise en place, abondé de la façon suivante : Chine 41md ; Brésil, Inde et Russie 18md chacun et Afrique du Sud 5md.

La banque elle-même sera dotée en plus d’un fonds supplémentaire d’également 100 milliards US$ apporté à parts égales par chaque pays. Ces deux fonds permettront à la banque des BRICS de contrer l’influence occidentale sur la finance mondiale.

Les nations dites BRICS combinent des réserves en devises de plus de 4,5 billions US$ et représentent 42% de la population mondiale. Elles représentent 24% du PIB mondial et réalisent 17% du commerce international. Leur nouvelle banque commune assurera une plus grande influence dans la finance mondiale, correspondant à leur puissance économique montante. Une refonte de la gestion de la Banque mondiale et du FMI sera demandée, notamment pour mettre fin à la pratique de nommer leurs présidents respectifs parmi les candidats européens et nord-américains.

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La banque des BRICS aura son siège à Shanghai et l’Inde prendra sa présidence pour une année, la Russie présidera le conseil. Contrairement au FMI et à la Banque mondiale, chaque nation des BRICS aura un droit de parole et de vote égal, indépendamment de la taille de son PIB. Les droits de vote au sein du FMI sont en faveur des Etats-Unis et de l’Europe, avec la répartition suivante : Etats-Unis 16,75%, Europe 14,39% (en combinant les droits de trois pays, Allemagne, France, Royaume-Uni), BRICS ensemble 11% (dont Chine 3,8%) et Japon 6,23%.

La banque des BRICS pourra s’ouvrir à de futurs nouveaux participants parmi les autres économies émergeantes, comme l’Indonésie, Singapour, le Mexique ou encore une économie Sud-Américaine.

Les initiatives communes des BRICS pourront également aller plus loin, avec une alliance sur les matières premières par exemple, après avoir déjà noué une alliance sur les dérivés listés.

L’influence des membres de la banque des BRICS sera naturellement en fonction des évolutions de leurs zones d’influence économiques et financières, comme l’avènement d’une zone « Yuan » avec l’introduction du Renminbi (RMB) comme monnaie de règlement des transactions commerciales transfrontalières. Actuellement les flux de paiements et d’investissement mondiaux sont principalement traités et réglés en US$ et Euro par des banques de compensation réglementées, ce qui augmente les coûts de transaction et implique taux de change et risques de paiement. En outre, les participants au système de paiement à base de US$ sont soumis à des amendes et pénalités découlant de sanctions américaines et sont donc susceptibles d’être politiquement motivées.

La politique de la Chine est d’accroître l’internationalisation du Renminbi avec à ce jour la fourniture de lignes de swap en RMB entre la Banque populaire de Chine (PBoC) et d’autres banques centrales et la création d’un marché « offshore » du RMB. En 2015, le RMB va émerger comme une monnaie mondiale aux côtés de l’US$ et de l’Euro. L’utilisation internationale croissante du RMB va progressivement créer une zone «Yuan» où le commerce multilatéral peut être financé et réglé en RMB. De même, et compte tenu de la domination du commerce international par la Chine, les matières premières, produits et services seront de plus en plus libellés en RMB. Le rôle international croissant du RMB sera confirmé en 2015 par son entrée en droits de tirage spéciaux du panier du FMI. Mais pour permettre au RMB de devenir un véritable moyen de paiement international et une devise alternative à l’US$ et à l’Euro, la Chine aura besoin de passer progressivement à la libéralisation de ses taux d’intérêt, à une plus grande flexibilité sur les taux de change et au développement d’instruments sur le marché monétaire et les marchés de la dette libellés en RMB.

Michael Lemke/Score Advisor

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