On le souligne finalement assez peu mais les actions récentes de la BCE ont de quoi surprendre. D’un côté, elle inonde les banques de liquidités et annonce des mesures (taux de facilité de dépôt négatif, rachats d’actifs titrisés ou ABS) pour les pousser à tout prix à prêter aux entreprises. D’un autre côté, avant de devenir leur superviseur direct en novembre prochain, elle renforce la surveillance de la solvabilité des établissements à travers revues de portefeuilles (AQR) et tests de défaillance (actuellement pilotés par l’EBA), qui se traduiront sans doute par des exigences de fonds propres supplémentaires pour un certain nombre d’entre eux. Comme si la BCE voulait une chose et son contraire ! Mais peut-être y a-t-il une autre explication à cette apparente contradiction.

Certes, normalement, liquidité et solvabilité bancaires ne s’opposent pas. La seconde est garante de la première. Mais, normalement, une banque centrale ne doit pas s’y reprendre à plusieurs fois pour alimenter, de manière exceptionnelle, les banques en liquidité. Si elle est amenée à le faire, comme c’est le cas pour la BCE depuis fin 2011, c’est qu’à l’évidence quelque chose ne va pas et l’on peut alors se demander s’il est opportun – dussent-les principes de la réglementation en trembler – de pousser ardemment les banques à prêter tout en renforçant les exigences de solvabilité auxquelles elles doivent se soumettre. Mais peut-être, après tout, n’est-ce pas vraiment ce qu’on cherche.

C’est qu’il faut bien se rendre à deux constats dérangeants :
– Les injonctions de liquidité ne marchent pas ! Les banques ne prêtent pas vraiment plus. Les deux tiers des fonds sont directement replacés à la BCE et le reste alimente les marchés financiers, non sans risques de formation de bulles.
– Par ailleurs, les tests de résistance qui ont été lancés ont quelque chose de surréaliste. Si l’on veut stresser des bilans bancaires, en effet, on augmente les taux de défauts, le coût d’accès aux ressources, on baisse la valeur des garanties, etc. Mais là, on a surtout retenu des éléments macroéconomiques (taux de croissance, d’inflation et de chômage, valeurs des actifs immobiliers et boursiers) dont personne n’est en mesure de fixer de manière un peu précise l’impact direct sur les bilans bancaires, tant ces impacts sont susceptibles de varier au cas par cas et tant ils sont sujets aux interprétations. De manière surprenante, ce sont plutôt des éléments que l’on retiendrait pour stresser les émissions obligataires des Etats et c’est peut-être là l’explication.

Du point de vue d’Etats surendettés qu’attendre de la BCE en effet ? Qu’à travers son soutien, les banques aient toujours les moyens d’acheter de la dette – on sait qu’en Espagne, en Italie ou en France, les banques y sont déjà largement exposées. En regard, que les banques paraissent suffisamment solvables, pour ne pas dégrader la signature des mêmes Etats. A ceci, une mesure telle que celle, assez faciale, du montant de fonds propres satisfait très bien ; d’autant que l’appui de la BCE permet justement aux établissements de procéder assez facilement, au besoin, à des augmentations de capital, sans exiger que leurs Etats les renflouent, ce qui compromettrait encore une fois la signature de ces derniers.

Beaucoup de ceux qui s’en sont pris à l’€ ces dernières années ont regretté l’époque où la Banque de France se portait directement acquéreuse de la quasi-totalité de la dette publique. Or, au niveau de la zone €, c’est à peu près où nous en sommes arrivés ! Mais sans risque inflationniste puisque l’argent ne circule guère et irrigue peu l’économie réelle.

Bien entendu, entre un Etat toujours plus accapareur de richesses, à travers l’impôt et la dette, et des banques de plus en plus contraintes pour prêter et étant d’ailleurs de moins en moins sollicitées pour le faire dans des conditions acceptables, le risque d’effondrement économique est majeur. Sauf à croire que l’Etat peut toujours porter la croissance économique. C’est une tout autre question…

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

 

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