Savez-vous ce qu’est le « béta » d’une action ? C’est un coefficient qui mesure la volatilité d’un titre par rapport à un cours de référence. Un béta de 0.5 par rapport au CAC 40, par exemple, indique que lorsque le CAC varie de 1%, le titre connait une évolution moitié moindre en moyenne. Plus son béta est faible, plus une action est « défensive », plus elle représente un placement refuge face aux à-coups du marché. Ceci posé, savez-vous quelles sont les valeurs du CAC 40 dont les béta sont les plus élevés en cette rentrée 2013 ? Ce sont toutes les financières avec dans l’ordre : Natixis (un béta de 1,49), Axa (1,58), BNP Paribas (1,81), Crédit Agricole (1,82), Société Générale (2,04). En 2005, le béta du Crédit Agricole était à 1,03, celui de BNP Paribas à 1,05 et celui de la Société Générale à 1,1. Qui l’aurait cru ? En moins de dix ans, les valeurs financières sont devenues les plus volatiles de l’indice parisien. L’observation peut paraître anecdotique. Elle est pourtant essentielle et semble témoigner d’une évolution structurelle et non seulement conjoncturelle : le marché ne croit plus aux banques ! Que s’est-il donc passé ?

Revenons en arrière. Au début des années 2000, les banques, comme les assurances d’ailleurs, paraissaient assises chacune sur un tas d’or. L’activité bancaire était jugée naturellement, intrinsèquement profitable : ne suffisait-il pas d’augmenter un peu les commissions ou les marges des crédits accordés à une population toujours plus pressée de s’endetter pour consommer sans délai ? A l’époque, tout le monde ou presque voulait se lancer dans la banque. Les assureurs, les grandes surfaces, les constructeurs automobiles, même des conglomérats comme GE, avaient franchi le pas et se voyaient déjà faire sérieusement de l’ombre aux établissements classiques. Récemment encore, ne nous a-t-on pas annoncé avec fracas l’arrivée de Google, Facebook et d’autres ?

Ensuite, bien sûr, il y a eu la crise de 2008 et avec elle la découverte de la fragilité des banques. Un instant, les épargnants eux-mêmes ont pu craindre pour leurs économies. Mais ces craintes, avivées par l’exposition des banques sur les pays en difficulté de la zone €, expliquent-elles la volatilité des valeurs bancaires ? Oui et non. Oui, sans doute, s’il s’agit d’expliquer telle ou telle inflexion des cours. Mais non, dans la mesure où cette volatilité, qui traduit une certaine sur-réaction aux difficultés des établissements financiers, est elle-même l’effet d’une perte de confiance dans la solidité du modèle bancaire. Le regard sur les banques, en d’autres termes, a profondément changé. Elles ne paraissent plus aujourd’hui si naturellement profitables – au contraire !

En 2012, le béta moyen des quatre premières banques américaines (Bank of America, Citi, JP Morgan Chase, Wells Fargo) était de 1,935. Et cela seul indique que, non, les Google et autres, ne deviendront pas des banques. Sur la même période, le béta moyen des 4 premières valeurs technologiques américaines (Apple, Google, Microsoft, Oracle) était de 0,983. Amazon était à 0,8. Les anciennes startups sont devenues des blue chips. Les banques, elles, tendent à rejoindre les valeurs spéculatives. Il y a dix ans, cela eut paru le monde à l’envers !

Les banques sont sous surveillance désormais. Parce que la crise à fait prendre conscience que leurs résultats peuvent reposer sur un levier considérable, ce qui trace la désagréable perspective, avec le risque de liquidité qui apparait ainsi, d’un possible écroulement rapide par impossibilité à se refinancer. Parce que la productivité bancaire, surtout, parait désormais faible. En 2012, les quatre premières banques américaines ont dégagé toutes ensemble 51 milliards $ de profits. Apple, seul, a généré 41 milliards $ et les quatre premières technologiques 85,2 milliards $. Pour les banques, cela représente un profit par employé de 48 k $ et, pour les technologiques, de…  249 k $.

Pourquoi dès lors ces dernières se soucieraient-elles d’acquérir une licence bancaire ? Alors que les coûts réglementaires des établissements financiers ne cessent d’être astronomiques et alors que les nouvelles technologiques permettent à des nouveaux acteurs non bancaires de vendre des produits et des services bancaires à travers de nouveaux outils, de s’interposer entre les banques et leurs clients et de retenir notamment les paiements de ces derniers ?

En regard, les stratégies bancaires, dont beaucoup sont encore fondées sur l’ouverture de nouveaux comptes, l’équipement des clients et la distribution de crédits, paraissent aujourd’hui en panne. Des coûts IT considérablement plus élevés que dans tous les autres secteurs, un marketing prisonnier d’une logique produits qui passe souvent à côté des attentes les plus évidentes des clients, la difficulté à trouver un modèle économique au multicanal, la frilosité face à des évolutions que les banques pourraient pourtant facilement s’approprier, du crowdfunding à la dématérialisation des actes commerciaux : tous ces retards expliquent qu’aujourd’hui les banques – qui comptent souvent parmi les entreprises les plus anciennes, séculaires, qui existent encore – se retrouvent challengées par des startups qui n’ont pas cinq ans d’âge.

Cela annonce-t-il la fin des banques ? Nous n’y croyons pas du tout. Mais l’on peut imaginer la disparition, sous une forme ou une autre, des établissements qui, aujourd’hui, peinent à comprendre que leur monde a changé. Tandis que « faire mieux avec moins » est certainement le critère principal sur la base duquel les banques seront désormais jugées.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

 

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