En matière de paiement, deux tendances fortes invitent, poussées à leur terme, à imaginer la disparition des espèces et, plus généralement, des moyens de paiement (cartes, chèques, billets et pièces, …). Ces deux perspectives n’ont plus rien d’utopique, même s’il reste difficile de leur fixer une échéance. Dès lors, sur quoi doivent travailler les banques, dont l’une des principales fonctions est – mais il faudra de plus en plus dire « était » – de distribuer ces moyens de paiement ?

L’usage des espèces est de plus en plus limité, d’une part du fait des nouvelles technologies (sans contact, mobile) et d’autre part à cause des contraintes réglementaires (lutte contre le blanchiment et les fraudes). En Suède, certains commerçants et services publics (bus) commencent à refuser les paiements en liquide. De plus en plus de banques ne distribuent plus d’espèces à leurs guichets. La France a récemment plaidé pour la suppression des billets de 500 €, susceptibles de favoriser la fraude. Les achats d’or en liquide sont interdits, ainsi que tout versement de salaire supérieur à 1 500 €. En Belgique, le plafond de paiement en espèces vient d’être abaissé de 15 000 à 5 000 €. Il est désormais de 1 500 € en Grèce pour les particuliers. Au sein de l’UE, seule l’Allemagne n’a pas mis en place de tels plafonds.

Par ailleurs, avec internet, nous avons appris à payer sans utiliser notre code de carte bancaire. Bientôt, nous n’aurons même plus besoin de carte, ni même d’un mobile pour nos paiements. Un système de paiement par biométrie est entré en test en France, porté par des grandes surfaces et la Banque Accord. Avec la biométrie, notre corps devient le moyen de paiement : nos empreintes digitales ou notre réseau veineux au bout des doigts suffisent à réaliser le paiement.

A vrai dire, la solution ne semble pas encore très opératoire techniquement (elle est assez lente et semble difficile à utiliser dans les transports, là où le paiement par mobile se développe en priorité). De plus, en France, la CNIL s’oppose à tout stockage centralisé des données biométriques (la solution National Security, actuellement testée, résout précisément ce problème : les données sont uniquement stockées dans la carte bancaire du payeur et sont vérifiées par le terminal de paiement par radiofréquence). A l’étranger, les solutions développées à large échelle depuis plus d’une décennie par Bradesco au Brésil (30 000 GAB équipés) ou par plusieurs banques au Japon (75 000 GAB), ou plus récemment par l’Isbank turque ou la BPS polonaise, permettent essentiellement les retraits sans carte sur automates.

Quoi qu’il en soit, une tendance forte pousse à la banalisation et à la simplification des moyens de paiement, jusqu’à leur disparition matérielle. Déjà, l’utilisation d’un mobile représente, pour la première fois, l’utilisation d’un moyen qui n’est pas intégralement dédié aux paiements et qui n’est pas distribué par les banques. Sur quoi ces dernières doivent-elles se positionner alors ? La réponse ne fait guère de doute : sur l’interface bancaire. Sur l’espace informatique à partir duquel on accédera à ses opérations et paiements, à ses comptes et à d’autres choses encore demain, comme ses factures dématérialisées. Le service bancaire va se concentrer là.

Pourtant, si l’on considère l’offre des banques, seules quelques pistes se dégagent encore et ne font que rarement l’objet d’une approche coordonnée :

  • L’interface devra sans doute être aménageable à leur gré par les utilisateurs (Boursorama, LCL, BBVA, Barclays, …).
  • Il intégrera des fonctions de Personal Finance Management (Wells Fargo, BBVA, Skandia, Scotia Bank, Bank of Montreal,…).
  • Il fournira éventuellement des données (courtiers en ligne, UBank, …).
  • Il offrira des solutions de classement, de stockage, reliées à un coffre-fort électronique (beaucoup d’établissements le proposent désormais).
  • Il sera accessible de multiples façons (ordinateur, tablette, mobile, ATM), sachant que pourrait bien se manifester à cet égard une tendance allant elle-aussi vers la simplification et l’immédiateté des moyens. La PrivatBank ukrainienne entend être accessible sur GoogleGlass.

Cette dernière solution voudrait dire que nos paiements, demain, pourraient être réalisés par biométrie, et la gestion de nos comptes par reconnaissance vocale ; rejetant dans un lointain passé les astuces pour mémoriser son code secret…

 

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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