En France, on aime bien les startups en général et les jeunes pousses financières en particulier. Récemment, la presse présentait ainsi très favorablement Paytop, un établissement de paiement spécialisé dans les transferts internationaux d’argent, lancé par le fond Truffle Capital et l’ancien ministre de l’Economie numérique Eric Besson, avec le soutien de la BPI/Oséo.

paytop

« Le marché des moyens de paiement internationaux souffre d’une offre de services peu compétitive de la part des établissements financiers classiques, qu’il s’agisse des banques ou des grands spécialistes du genre comme Western Union. PayTop, qui facture respectivement 4 euros et 8 euros les transferts d’argent inférieurs à 150 euros et ceux dépassant cette somme, se flatte ainsi d’être « nettement moins cher que la concurrence. » » (La Tribune, 29/4/2014).

Fort bien, essayons donc PayTop. Nous envoyons 100 € à Dakar. Cela nous coûte 104 € et nous transférons effectivement 64 611,76 francs CFA. Allons voir à présent chez Western Union. Cela nous coûte 104,9 € et nous transférons effectivement 65 596 francs CFA. Compte tenu du taux de change appliqué, Western Union est moins cher ! Nous serions-nous trompés ? Essayons avec d’autres montants, d’autres pays de destination : les différences de prix ne dépassent guère 2 € (soit 0,2% de 1 000 € envoyés au Sénégal par exemple) et ne sont pas toujours en faveur de PayTop.

Pour le reste, PayTop propose l’achat de devises, l’envoi de crédit consommable sur mobile (5% de frais) et une carte de paiement MasterCard rechargeable en €, $ ou £ au choix. Elle n’est pas vraiment donnée (29,9 € et une commission de change de 3,5%) mais elle a l’intérêt d’éviter, au Royaume-Uni ou aux USA, les commissions fixes que chargent les banques sur les dépenses à l’étranger. C’est la première carte multidevises disponible en France (elle a été lancée début 2013 par I&M Bank au Kenya). PayTop n’en aura sans doute pas l’exclusivité cependant.

PayTop semble finalement ne relever que de la dérégulation des paiements : dès lors qu’il n’est plus nécessaire d’être une banque pour être un opérateur de paiements, il n’est pas surprenant de voir de nouveaux entrants, sans idées nouvelles et peu disposés finalement à se lancer dans un véritable guerre concurrentielle, se caler simplement sur des offres existantes pour tenter de capter une part d’un gâteau notoirement profitable. D’autant plus profitable que les banques ont largement délaissé les transferts des migrants, malgré la très intéressante initiative des Caisses d’épargne il y a quelques années de travailler de comptes à comptes à travers un consortium euroméditerranéen de banques – une initiative laissée en plan à peine aboutie sans qu’on sache trop pourquoi.

En lui-même, ce positionnement de nouvel entrant n’est pas gênant. Ce qui l’est plus est de voir qu’il peut facilement bénéficier de tout un discours a priori favorable sur l’innovation financière. Car quand, en fait d’innovation, la presse et les soutiens spécialisés, publics et privés, se satisfont de solutions seulement suivistes, il est malheureusement probable qu’ils écartent, comme aventureuses, beaucoup d’autres qui sont vraiment nouvelles.

P. Adoux/Score Advisor.

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