Dans le classement établi par Fortune au premier semestre 2012 des 20 banques ayant la plus importante capitalisation boursière mondiale, on ne trouvait que deux européennes, dont une seule appartenant à la zone € (Santander). On ne trouvait aucune banque française :

On comptait en revanche trois banques australiennes, ce qui est assez remarquable pour un pays de 22 millions d’habitants.

Qu’est-ce qui explique l’excellence de ces trois établissements australiens, si on les compare aux trois premières banques françaises cotées ?

En termes de PNB et de taille de bilan, ils sont nettement plus petits. Et tandis que d’assez fortes différences apparaîtraient avec les banques américaines en termes de nature de revenus, les trois banques australiennes se laissent, elles, facilement comparer aux trois Françaises :

 

 

Seulement, les Australiennes sont beaucoup plus profitables :

 

Cela tient à un coefficient d’exploitation (charges d’exploitation/PNB) nettement plus favorable :

Ce ratio dépend lui-même d’une masse salariale moins importante pour les Australiennes :

 

Les trois banques australiennes emploient proportionnellement moins de personnels, lesquels sont  plus productifs :

 

La principale différence est à chercher dans les postes de Direction et fonctionnels (fonctions support), qui représentent en moyenne 23% des postes dans les banques françaises, contre 12% chez les Australiennes. Le gonflement de ces postes ces dernières années a particulièrement accru une singularité des banques françaises qui pèse lourd sur la masse salariale : plus de la majorité des employés sont cadres.

Mais au-delà de ces aspects coûts, une différence structurelle assez surprenante apparait : à niveau de coût du risque équivalent, les trois banques australiennes prêtent considérablement plus que les Françaises.

 

Pourtant, elles empruntent beaucoup moins !, comme l’exprime leur niveau de leverage (le ratio total Passif/Fonds propres, soit le nombre de fois que les établissements empruntent leurs fonds propres) :

 

Pourquoi ? Parce qu’elles collectent beaucoup plus de dépôts :

 

C’est là finalement, structurellement, la différence essentielle et c’est une situation assez paradoxale si l’on considère que les Français épargnent 16,8% de leurs revenus (un taux jamais vu depuis 1983) et les Australiens 8,9%. Mais l’épargne française n’est pas majoritairement dans le bilan des banques. On sait que, depuis quelques années, les banques de l’Hexagone s’efforcent de corriger cette situation. Elles se sont engagées dans une course aux dépôts – mais qui a pour premier effet de rogner leurs marges !

Autre paradoxe, tenant à une autre singularité française : les banques ici bénéficient d’importants soldes en comptes courants de leur clientèle de particuliers qui ne sont pas rémunérés pour l’essentiel. Mais parce qu’elle a contribué à restreindre les dépôts, cette situation n’est peut-être pas si avantageuse finalement…

NB : tous les ratios apparaissant ci-dessus ont été retraités par nos soins sur la base des derniers chiffres disponibles (2011 & 2012) dans les documents de référence des établissements cités.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

 

Bookmark and Share