La question a été récemment posée par Jim Marous dans un billet de The Financial Brand qui mérite qu’on s’y arrête un instant. Le prétexte en est fourni par un rapport de la Federal Reserve sur l’usage de du mobile banking aux USA.

Fin 2014, 39% des possesseurs d’un mobile l’y utilisaient à des fins bancaires. Sur un an, ce chiffre a augmenté de 33%. On trouve des tendances comparables dans beaucoup d’autres pays, à partir desquelles il a été largement annoncé que le mobile est en passe de devenir le premier canal bancaire.

Il faut cependant mettre deux séries de chiffres en regard. La part des smartphones dans le parc de mobiles aux USA est passée de 61% en 2013 à 71% en 2014. En revanche, la part des possesseurs de smartphone qui l’utilisent pour accéder à leur banque n’a pratiquement pas bougé (52% en 2014) depuis 2012 (50%). Le constat est donc clair : les gens ne se convertissent pas en masse au mbanking. Il y a seulement de plus en plus de gens qui sont en mesure d’accéder au mbanking. Toutefois, leur progression ne pourra que ralentir dès lors que les smartphones seront de plus en plus nombreux, tandis que l’usage effectif du mbanking, lui, ne progresse que lentement. La fréquence médiane d’utilisation est passée de 4 à 5 fois par mois de 2013 à 2014. Le développement actuel du mbanking repose davantage sur le développement technologique des mobiles que sur les offres des banques.

Quant à l’utilisation des différentes fonctions qu’offre le mbanking, elle reste tout à fait stable : consultation de ses comptes, transferts de compte à compte et alertes par SMS sont de loin les principaux usages. La capture de chèque et le paiement de factures se développent incontestablement, quoique bien plus aux USA qu’en Europe (surtout en France), où les banques ont bien moins développé ces fonctions.

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En matière de paiements, le règlement de facture représente l’usage dominant aux USA. Les paiements en ligne sont le fait de 54% de ceux qui réalisent des paiements avec leur mobile – parmi lesquels les jeunes sont largement majoritaires (les jeux en ligne l’expliquent en bonne partie) – tandis que les paiements en magasins ne rallient encore que 39% d’entre eux.

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Les autres ne voient tout simplement guère d’intérêt à utiliser leur mobile pour régler leurs achats. Ce motif vient bien avant les craintes concernant la sécurité.

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S’il l’on garde un peu de recul face à tous ceux qui ont toujours tendance à croire qu’un objet technologique nouveau suffit à lui seul à définir un nouveau marché, il faut reconnaitre que le constat que l’on peut tirer des chiffres ci-dessus n’a rien de nouveau. Les automates ou la carte bancaire l’ont montré aussi bien : il faut une génération pour qu’un nouveau moyen de paiement s’impose.

Cela souligne la nécessité de développer une stratégie véritablement crosscanale (les différents canaux se renforcent, ils ne s’excluent pas). L’erreur, nous l’avons déjà souligné ailleurs, serait de miser sur un canal quasi exclusif ; réciproquement, l’enjeu est de choisir celui vers lequel tous les autres doivent converger. A cet égard, il convient de souligner que si le mobile comme instrument de paiement se généralisera à un rythme sans doute bien plus mesuré que ce que beaucoup prédisent aujourd’hui, son impact comme canal de vente reste à ce stade pratiquement balbutiant.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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