En France, aujourd’hui, l’heure est aux économies. Les banques n’y échappent pas. Elles réduisent également leurs embauches. Alors que le chômage augmente et que la productivité française est en panne, beaucoup estiment que les salaires servis aux emplois les moins qualifiés sont trop élevés.

Pour ce qui regarde les banques, une simple comparaison internationale infirme ce constat : ce sont plutôt les salaires moyens et hauts qui sont trop élevés par rapport à la productivité réelle dans les grandes banques françaises. Quelques tableaux suffisent à le montrer.

Le salaire moyen brut annuel des trois premières banques françaises cotées n’a rien d’extravagant, si on le compare à celui des premières banques américaines, anglaises, allemandes et espagnoles (chiffres issus des documents de références et rapports annuels 2012 des différents établissements cités).

Malgré cela, le classement des trois banques françaises en termes de coefficient d’exploitation est moins bon :

Et la part des salaires dans les charges d’exploitation tend à être plus élevée en France qu’ailleurs :

Compte tenu des salaires versés, qui n’ont rien d’exceptionnels, ce sont là deux indices de sureffectifs, c’est-à-dire d’un manque de productivité ; lequel, par comparaison, est effectivement criant :

Le salaire moyen chez BNP Paribas et Crédit Agricole SA est comparable et même supérieur à celui chez Wells Fargo, pour une productivité par employé inférieure d’un tiers ! A contrario, les employés de Santander sont à 94% aussi productifs que ceux de Wells Fargo mais ils gagnent un salaire moindre d’un tiers – il n’est pas très surprenant que Santander affiche un excellent coefficient d’exploitation !

Dans les banques françaises, le niveau des salaires dépasse largement celui de la productivité, ce qui les rend moins rentables. De  2001 à 2010, les principaux groupes bancaires français ont vu leur PNB et leurs capitaux propres plus que doubler, tandis que leur ROE, dans le meilleur des cas, chutait de 40% sur les cinq dernières années.

Comment l’expliquer ? Une bonne piste consiste à comparer les pyramides des salaires. Voici celle de Barclays par exemple :

Sans surprise, les plus bas salaires concernent l’essentiel des employés. Mais ce n’est justement pas le cas chez Crédit Agricole SA :

La pyramide des salaires est renversée ! Enfin, pour les hommes et c’est là la clé. Car chez Crédit Agricole SA, 71% des employés hommes sont cadres :

C’est là une singularité des grandes banques françaises en effet : plus de la moitié des effectifs ont le statut de cadre. Par comparaison à beaucoup d’établissements étrangers, cela se traduit par un gonflement des fonctions support, des fonctions centrales – car, il faudra bien un jour le reconnaitre, malgré les intentions de départ, la centralisation des fonctions n’a pas réduit les coûts, au contraire – mais pas seulement : 60% des chargés de clientèles d’agence ont un diplôme universitaire ou équivalent en France. C’est le taux le plus élevé d’Europe. Car, en France, le statut de cadre ne correspond pas forcément à des fonctions d’encadrement – sans quoi les banques françaises seraient de gigantesques « armées mexicaines » – mais tient surtout à la possession d’un diplôme ; laquelle a été privilégiée depuis vingt ans dans les recrutements bancaires, au détriment de la formation et de la promotion internes, pour aboutir finalement, malgré les attentes, à une productivité moins forte qu’ailleurs, des grilles de salaires peu aménageables et, aujourd’hui, moins d’embauches.

C’est qu’au fond la productivité d’une large population de cadres ne va pas de soi : beaucoup s’estimant employés en deçà de leurs capacités, plus d’aspirations à l’avancement difficiles à combler et plus de démotivation en conséquence, la tentation de reporter le travail directement productif sur d’autres – car, soyons francs, combien de cadres bancaires ont fait de la réunion leur principale unité d’œuvre ? Un indice : alors que l’âge moyen des personnels est relativement élevé dans les trois banques françaises considérées ici (40 ans chez BNPP, 42 ans chez Crédit Agricole SA et 37 ans à la Société Générale), l’ancienneté n’est pas très forte (respectivement 11,80, 14,40 et 7,70 années).

Toutefois, alors que les embauches des banques ont pour la première fois baissé en 2012, beaucoup de départs en retraite n’étant pas remplacés, les effectifs de techniciens (-3,5%) ont bien plus baissé que ceux des cadres (-0,3%)…

P. Adoux/Score Advisor

 

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