IBM propose aux banques centrales un système de gestion des monnaies existantes sur un blockchain centralisé, qu’il se propose de gérer. Sur le site C’est pas mon idée !, cette annonce a suscité un sarcastique billet au titre explicite : Quelqu’un peut expliquer le « P2P » à IBM ? Beaucoup de lecteurs sont-ils cependant à même de saisir combien la proposition d’IBM est absurde ? Combien réalisent aujourd’hui que les blockchains annoncent la vraie fin des banques, c’est-à-dire de l’idée même que nous nous faisons d’elles depuis le Quattrocento. Rien de moins !

Qu’est-ce qu’un blockchain ? Apparu avec les crypto-monnaies et le Bitcoin particulièrement, un blockchain est simplement un registre informatique sur lequel sont enregistrées des transactions. On peut le comparer à ce titre à l’ordinateur central de n’importe quel système de paiement. Seulement, un blockchain est un registre décentralisé. Tout le monde peut y accéder en lecture et en écriture. Il n’est pas géré par une autorité centrale qui en réserve l’accès et en assure la protection. Les utilisateurs, indépendants les uns des autres, en conservent les informations en parallèle, ce qui en garantit l’intégrité et la sécurité. De plus, tout ce qui y est écrit est protégé par des procédés cryptographiques qui, dans le cas du Bitcoin, se sont avérés infalsifiables depuis 2009.

Mais oublions le Bitcoin. Les blockchains font aujourd’hui l’objet d’initiatives diverses (Namecoin, Twister, Ethereum). Ils ont permis l’apparition des crypto-monnaies sous la forme qu’elles ont prises mais ils représentent une innovation bien plus radicale et porteuse qu’elles. Patrick Byrne, le président d’Overstock, l’une des principales plateformes de vente en ligne américaines, qui a fait installer un distributeur de bitcoin à son siège, veut ainsi lancer à partir d’un blockchain les O-Coins, des « crypto-actions » échangeables sur une bourse décentralisée qui, à terme assure-t-il, remplacera les autres.

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La perspective est sans doute discutable. Mais l’idée s’impose incontestablement. A part les pièces et les billets, les chèques endossables au porteur dans certains pays, à part les quelques titres et effets qui existent encore sous format papier, tout – c’est-à-dire très largement l’essentiel – dans les domaines monétaires et financiers se ramène désormais à des écritures dans des systèmes informatiques. Banques et bourses en ont un monopole qu’elles perdent précisément avec les blockchains. C’est pourquoi payer un café en Bitcoin est beaucoup plus rapide et moins cher que de le payer en € : il n’est plus besoin de passer par un système interbancaire de paiement pour que le vendeur reçoivent effectivement l’argent de l’acheteur. Nous l’avions souligné pour expliquer pourquoi des entreprises comme Microsoft acceptent désormais les Bitcoins : avec ce genre de monnaies, les coûts de transactions sont considérablement réduits.

C’est qu’il n’est plus besoin de banques ! Les transactions se font directement d’acheteur à vendeur, sans un intermédiaire percevant des frais correspondant au fait qu’il les rend possibles et les sécurise. Au fond, cela signifie moins la fin des banques que le fait qu’un outil informatique permet désormais à n’importe qui d’exercer un rôle de banquier – et même de banquier central car une monnaie ne représentant plus aujourd’hui qu’un historique de transactions, d’avoirs et de dettes, des monnaies nouvelles peuvent apparaître et se multiplier (mais cela pose d’autres problèmes ; le rôle d’une banque centrale ne se limite pas à enregistrer des transactions).

Quoiqu’il en soit, ce qui disparaît profondément, c’est la notion même de banque commerciale, telle qu’apparue avec les lettres de change dans l’Italie du XV° siècle : un tiers de confiance dépositaire qui permet le règlement et, par là, éventuellement le financement par crédit, des transactions de commerce, parce qu’il est capable d’en attester à la fois l’existence et la régularité. D’ailleurs, les contrats, la documentation associée aux transactions et même la notion de signature sont également bouleversés avec un système de blockchain qui rend toute l’information publique (mais qui fait naître des possibilités nouvelles d’anonymat).

Ce qui se dessine là est un monde où les banques, telles que nous les connaissons aujourd’hui, seront devenues largement inutiles. Savoir si cela prendra effectivement forme et quand demeure totalement spéculatif à ce stade. Mais le mouvement est lancé et pour tous les établissements financiers, nombreux désormais, qui réfléchissent à leur avenir, cela fournit un sujet déterminant et sans doute bien moins lointain qu’on ne l’imagine.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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