La tendance était déjà nette fin 2013 et les premières estimations 2014 la confirment : toutes ensemble, les principales banques de détail françaises perdent des clients, tandis qu’entre elles des divergences fortes commencent à apparaître quant aux gains et pertes de clientèle, ce qui n’était guère le cas jusqu’ici. Petit tour d’horizon.

Considérons un périmètre de 85 établissements regroupant la plupart des banques de détail françaises, soit BNP Paribas, le Groupe Société Générale, HSBC France et la Banque postale, les trois grands mutualistes (BPCE, Crédit Agricole et Crédit Mutuel), ainsi que les assurbanques. En France, ces 85 établissements comptent tous ensemble 137 452 736 clients particuliers, professionnels et entreprises, soit environ 133 millions de clients particuliers.

Ces chiffres, recueillis à partir de la documentation publiée par les différents établissements, doivent être pris avec précaution. Ils peuvent sans doute être assez approximatifs dans certains cas. Quoi qu’il en soit, par rapport à 2012, nos 85 établissements ont perdu 829 441 clients. Un peu trop pour que cela ne tienne qu’à des erreurs de reporting ; d’autant qu’une large majorité des établissements enregistrent des gains nets de clientèle nuls ou négatifs (pour autant, le taux d’attrition moyen ou churn n’a pas augmenté en pourcentage).

On n’assiste cependant pas à un phénomène de concentration au profit d’un ou de quelques réseaux, ni à un phénomène d’évasion des clients vers un certain type de banques, notamment les banques en ligne, dont le marché, en France, reste à la traine par rapport au Royaume-Uni, à l’Allemagne et même à l’Italie.

On n’assiste pas à de forts mouvements de clientèle dans un sens où l’autre et cela n’est pas surprenant dès lors que la multibancarisation est de règle pour une large majorité de Français. Elle atténue en effet la redistribution des clients qui peut avoir lieu entre banques. De fait, la multibancarisation est l’élément déterminant de l’évolution des clientèles bancaires, bien que très peu d’établissements soient à même de l’estimer pour leur propre clientèle de manière un peu précise.

Si la multibancarisation s’accroit, l’ensemble des banques y gagne en termes de clientèle. Si elle se réduit, le nombre total de leurs clients baisse et tel semble bien être le cas depuis 2013. Soucieux de ne pas s’exposer aux frais bancaires, les clients tendent visiblement à réduire le nombre de comptes qu’ils possèdent et les clôturent en conséquence bien d’avantage qu’auparavant.

Dès lors que la multibancarisation diminue, on peut également s’attendre à ce que les performances entre établissements soient plus marquées en termes d’acquisition de clientèle. Or tel est bien le cas : les écarts se creusent entre groupes et c’est une vraie nouveauté. Ainsi, les Caisses d’épargne semblent perdre en moyenne plus de clients que les autres réseaux, tandis que le Groupe Crédit du Nord, lui, malgré une promotion discrète, s’affirme depuis quelques années comme l’établissement peut-être le plus conquérant dans l’Hexagone.

Peu à peu, ainsi, se met en place en France une situation de marché qui pourrait permettre à un établissement porteur d’une offre nouvelle de créer une vraie rupture. Ce n’était pas encore le cas il y a deux ans.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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