Ces trois dernières années, les principales banques françaises* ont vu leurs produits de commissions (le montant brut des commissions qu’elles perçoivent) baisser et ceci parfois fortement. Ce phénomène concerne avant tout la banque de détail :

Seule exception : la Banque postale, qui est également le seul établissement dont la part des commissions dans le PNB augmente en même temps que celui-ci :

Quant à la part des commissions dans leur PNB, seuls la Banque postale et HSBC ont aujourd’hui en France un profil assimilable à celui de beaucoup de grands établissements étrangers. De plus, pour tous les établissements français, les commissions semblent encore largement dépendantes des crédits accordés, dont les encours ont baissés dans la plupart des principales banques, sauf, de manière notable, à la Banque postale :

Pour les banques françaises, les commissions ne représentent donc pas assez une source de résultats moins dépendante de la conjoncture et des évolutions réglementaires que la distribution de crédits. C’est un élément de fragilité important, y compris pour les établissements les plus importants.

Comment expliquer une telle situation ? Il convient de souligner que notre premier tableau retrace l’évolution des commissions brutes. Or si celles-ci baissent en montant, cela peut signifier que les banques ont de moins en moins de clients. Mais cela ne tient pas : BNP Paribas annonce avoir gagné 430 000 nouveaux clients en 2012, 460 000 en 2011. Cela peut également signifier que les services des banques ont été facturés moins chers. Mais cela ne semble pas être le cas, si l’on suit les conclusions de l’étude CLCV sur les tarifs bancaires au 1er février 2013 ; qui classe par ailleurs la Banque postale, la seule dont les montants bruts de commissions augmentent, parmi les établissements les plus avantageux.

Il faut donc croire que les clients ont moins utilisés les services des banques, notamment parce qu’ils les trouvent trop élevés et qu’ils ont préféré les banques les mieux disantes. Mais aucun indicateur disponible ne valide cette interprétation. De sorte qu’il faut finalement en proposer une autre : pour beaucoup de leurs services, les banques françaises travaillent en fait à perte, ce qui se traduit par des montants de commissions assez faibles en eux-mêmes et très dépendants de l’activité de crédit. Or cela pourrait largement tenir à un mode de facturation des services bancaires qui, en France, rend généralement gratuites ou presque les opérations auxquelles on a le plus couramment recours mais qui facture de manière élevée les services accessoires. Un système qui oblige à produire régulièrement des rapports pour expliquer que, non, les banques françaises ne sont pas plus chères que les autres en moyenne ; tandis que beaucoup de clients, qui ne tiennent pas compte – et ne le peuvent – de tout ce que leur banque leur fournit à des prix très favorables, ont malgré tout l’impression que les banques abusent, quand ils découvrent les petits frais qui peuvent leur être facturés.

En 1990, la Commission bancaire soulignait la faible part des commissions dans le PNB des banques françaises, par comparaison avec les établissements étrangers.  Elle l’expliquait par la quasi gratuité de nombreux services, due à l’encadrement administratif qui avait longtemps pesé sur les banques en France et compensée par les marges sur les crédits. Dans un contexte à venir qu’elle devinait plus concurrentiel, la Commission bancaire estimait que la part des commissions ne pouvait qu’augmenter significativement, compensant la baisse des marges (Bulletin de la Commission bancaire n°2 – avril 1990). En 1987, cette part était de 20% pour les principales banques françaises. Elle n’est que de 26,6% en moyenne pour les établissements cités ci-dessus en 2012.

Le système de tarification des banques françaises a peut-être aujourd’hui, dans un contexte de ralentissement économique certain, atteint ses limites. Pour être modifié, sans doute pourrait-il en premier lieu tenir compte, comme cela est fréquent à l’étranger, du niveau des dépôts de la clientèle. Car, dans la course aux dépôts, un certain nombre de grands établissements stagnent ; c’est un autre élément à prendre en compte dans la baisse des commissions, qui lui parait corrélée.

* : Malheureusement, les éléments dont nous disposions n’étaient pas suffisants pour inclure le Crédit mutuel-CIC dans notre analyse.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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