Cela n’a fait l’objet que d’un bref communiqué dans la presse : les Caisses d’épargne lancent le Livret A connecté, une formule permettant à plusieurs personnes d’alimenter un même livret à travers une tirelire électronique. Simple solution technique permettant un service supplémentaire ? Petite innovation dans l’air du temps ? A moins qu’il ne s’agisse de bien plus que ça…

Favorisant le financement d’un cadeau à plusieurs ou permettant tout simplement de donner un peu d’argent pour les fêtes, la solution devrait être pleinement lancée à la fin de l’année. Dans un premier temps, elle concernera surtout les livrets A « Naissance ». Les proches pourront ainsi directement alimenter à partir d’un site dédié le livret ouvert au nom d’un enfant. Et les parents pourront créer un espace personnalisé à l’aide d’un kit de partage de vidéos et de photos sur les réseaux sociaux pour y solliciter leur communauté de proches et d’amis. Les Caisses d’épargne empocheront 1,5% des sommes versées, soit nettement moins que ce que facturent des startups proposant des solutions similaires, comme Leetchi.

Il s’agit donc de concurrencer directement les startups. Le véritable enjeu se dévoile ainsi. Il est assez nouveau en France et il est considérable.

De fait, dans la solution des Caisses d’épargne, plusieurs éléments attirent tout de suite l’attention. Connexion avec les réseaux sociaux, espace personnalisable, banque partagée, ce sont là aujourd’hui des tendances fortes, opportunément réunies – un sans-faute ! A mi-chemin entre réseaux sociaux et finance collaborative, la banque partagée, rendue possible et instantanée par les canaux digitaux, est certainement un grand vecteur d’innovations et de comportements nouveaux. Elle s’allie par ailleurs à une autre tendance forte : l’assistance à l’épargne, très bien accueillie en général.

Toutefois, si l’on considère les cagnottes et tirelires électroniques que proposent de nombreuses startups et quelques banques, elles sont orientées vers le financement de projets précis (Smarty Pig, Leetchi, Friends & Family de BBVA, The Gift Project, etc.), parfois à long terme (épargne études avec Instagrad, Capital Koala ou Wells Fargo) et parfois instantanés (partage de notes de restaurant avec FlyPay). Un cran plus loin, le système devient même une véritable tontine avec Puddle.

 puddle

Conçues à part des banques pour la plupart, ces solutions ont pour cibles évidentes les jeunes branchés – certaines, d’ailleurs, visent explicitement les étudiants (Waspit). Les Caisses d’épargne, elles, déplacent sensiblement la cible : avec le livret A et la famille, elles dédient des outils nouveaux aux formes d’épargne les plus classiques. Mine de rien, c’est une première en France : une grande banque propose une innovation au grand public et répond ainsi aux challenges des startups fintech avec ses propres armes.

Seulement, si les Caisses d’épargne s’engagent dans cette voie (elles développent également le crowdfunding sous cette perspective), il va leur falloir développer un marketing de masse pour porter ces innovations ; ce qui signifie un changement assez radical d’image et d’offres au-delà.

Jusqu’ici, c’est ce que les banques françaises ont soigneusement évité, poussant leurs innovations sous des marques à part (Hello Bank) ou ne les mettant pas véritablement en avant (voir notre billet : Ces banques françaises qui innovent mais ne tiennent pas trop à ce que cela se sache !). Frilosité, peur ou conservatisme, attente que les choses se fassent en quelque sorte d’elles-mêmes peu à peu, les banques françaises n’ont pas encore vraiment regardé leur nécessaire évolution en face.

Dans ces conditions, leurs récentes et diverses innovations n’ont pu rencontrer au mieux qu’un succès de niche. D’ailleurs, les Caisses d’épargne ne semblent pas viser beaucoup mieux avec leur Livret A Naissance connecté, à travers lequel elles annoncent escompter 10 000 livrets en plus des 80 000 qu’elles ouvrent chaque année. La formule semble pourtant suffisamment porteuse pour être largement étendue. L’approche semble par ailleurs ambitieuse. Il ne reste donc qu’un dernier effort à fournir : oser penser grand ! Et si les Caisses d’épargne étaient les premières en France à franchir le pas ?

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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