Plus que jamais, le livret A reste le support d’épargne préféré des Français et la baisse de son taux de rémunération ne changera sans doute que peu cette situation. Le livret A pose cependant un vrai problème aux banques françaises : l’essentiel de sa collecte n’est pas dans leur bilan mais est centralisée à la Caisse des Dépôts. Les banques françaises recueillent ainsi moins de dépôts propres que leurs homologues étrangères, c’est un point de fragilité que soulignent régulièrement les agences de notation.

On parle actuellement de diminuer le transfert de la collecte à la CDC mais la question est plutôt finalement de savoir pourquoi les banques françaises n’ont pas davantage développé des solutions propres d’épargne susceptibles de remplir le même emploi que le livret A auprès de leurs clients ?

Pour le comprendre, il faut partir des pratiques de découvert. Selon un sondage publié par Le Parisien (15 juillet 2013), 65% des Français dépassent leur montant de découvert autorisé au moins une fois par an. Ces dépassements leur coûtent en moyenne 240 € par an et ce sont les revenus les plus fragiles qui y sont les plus exposés – de là le plafonnement des frais et commissions de découvert que le gouvernement vient d’instaurer.

Au-delà, cependant, les pratiques de découverts recouvrent une réalité beaucoup plus vaste et qui est loin de se limiter aux petits revenus : un tiers seulement des Français n’est jamais à découvert et un tiers l’est tous les mois ! Quel que soit notre niveau de revenus, nous avons tous assez largement tendance à vivre au dessus de nos moyens. Or, avec la crise, cette situation est vécue comme de plus en plus subie et de plus en plus anxiogène : on se retrouve en découvert, alors que les budgets se tendent, non parce qu’on consomme davantage mais parce que le coût des imprévus est ressenti comme de plus en plus élevé. Aux USA, les statistiques publiées par le site comparatif Credit Donkey.com en témoignent particulièrement : une épargne de précaution est ressentie comme de plus en plus nécessaire par la plupart des catégories sociales, alors que la conviction générale s’est installée qu’il est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts et alors que 40% des Américains n’ont pas 100 $ d’avance ! Dans ces conditions, beaucoup ressentent le besoin d’épargner à court terme et ne trouvent pas véritablement de solution pour le faire.

Il faut donc comprendre qu’il y a l’attente de plus en plus forte d’un support d’épargne de court terme totalement liquide, sécurisé et surtout sans frais, dont la rémunération en revanche importe assez peu. En France, cette demande d’épargne se dirige vers les livrets réglementés et le livret A majoritairement, voire même exclusivement dans la mesure où les banques, très longtemps, n’ont pas véritablement répondu à une telle attente – à cet égard, on peut même parler d’un véritable « blocage ».

Pour répondre aux imprévus, les banques proposaient en effet des crédits, souvent renouvelables, des « réserves » la plupart du temps onéreuses et qui ne répondent pas du tout à une demande d’épargne de précaution de court terme puisqu’on se retrouve à rembourser un prêt. Quant à l’épargne, elle devait servir, selon les banques, à se constituer un capital ou à financer un projet.

Aujourd’hui, les choses bougent. Des solutions liquides et gratuites d’épargne se développent. Pour ne citer qu’eux, le Compte épargne de BNP Paribas (qui récompense de manière intéressante la fidélité), le Compte sur livret de la Banque postale (astucieusement positionné en complément des livrets réglementés), etc. Mais les habitudes ne changent pas facilement. Ainsi ne trouve-t-on  guère mention d’une épargne de précaution pour les solutions d’épargne automatique, qui elles aussi se développent et qui sont cruciales par rapport aux attentes car les clients ressentent le besoin d’être aidés dans leurs efforts d’épargne (voir par exemple le service Regulys de la Banque postale : il s’agit de « se constituer un capital »). De même, les outils de Personal Finance Management indiquent un « reste à dépenser » et proposent des solutions d’épargne impulsive de projets, sans parler pour la plupart d’entre eux, de faire face aux imprévus…

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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