La mutuelle d’assurance MAIF a annoncé le lancement grand public, en novembre prochain, de Nestor, un agrégateur de comptes. Il s’agira donc d’une appli offrant la possibilité de regrouper et de suivre tous les comptes bancaires dont on dispose et qui fournira une assistance à leur gestion, telles que des alertes sur découvert. Il n’y a rien là de nouveau, puisque c’est ce que proposent les outils de Personal Finance Management (PFM) de jeunes pousses, comme Bankin’, ou d’établissements comme Boursorama (Nestor devrait d’ailleurs utiliser la solution Linxo, déjà présente notamment chez Fortunéo). Mais c’est le choix, par la MAIF, d’entrer sur le marché bancaire à partir d’une telle solution qui est innovant – ou plutôt qui pourrait l’être.

En l’occurrence, la MAIF ne proposera pas une offre classique de banque (compte, épargne, crédit), du moins pas immédiatement. Elle choisira un positionnement plus propre aux startups fintech mais avec, évidemment, une autre image qu’elles, bien plus rassurante, et d’autres moyens, dont une large base clientèle déjà acquise. L’idée est ainsi de proposer une interface de gestion et de suivi de ses dépenses et revenus pour entrer en relation directe avec les clients des banques et se substituer à ces dernières en tant que premier interlocuteur pour tout ce qui regarde les besoins financiers. A partir de là, il deviendra loisible d’élargir l’offre de Nestor, en comptant notamment sur la nouvelle Directive européenne sur les paiements, qui permettra aux agrégateurs de réaliser des transactions financières dès 2018.

Un tel choix représente, il faut le souligner, une grande première et pas seulement en France. En commentant l’annonce, la presse ne s’y est d’ailleurs pas trompée, n’hésitant pas à employer les grands mots : « néo-banque » (ce que Nestor ne sera justement pas), « ubérisation » (avec laquelle on ne voit pas trop le rapport). Or c’est justement ce qui a de quoi laisser perplexe.

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Il y a encore deux ans, l’annonce aurait vraiment paru disruptive. Aujourd’hui, Nestor parait un peu court. Il devrait progressivement s’ouvrir à la gestion de projets, au courtage de crédit. Mais encore ? Tout cela est devenu assez banal.

En France, apparemment, on a souvent un peu de mal à suivre le mouvement des innovations bancaires désormais. On attend encore le grand soir digital, sans se rendre compte qu’une première révolution fintech a déjà eu lieu. La banque 2.0 (réseaux sociaux, PFM, mobile) est installée depuis maintenant quelques années et, à ce stade, elle n’a pas changé grand-chose ! Non pas qu’il s’agisse là de mauvaises pistes. Certainement pas. Mais on ne peut plus attendre des disruptions très rapides et très faciles. Entre banques et startups, les agrégateurs ont notamment fait l’objet d’une suroffre. Ils n’ont pourtant pas séduit 10% du public. La solution ne suffit donc pas en elle-même. Elle doit être complétée et les pistes sont nombreuses : supermarchés bancaires, robot advisors, nouvelles formules de conseil, ouverture sur l’économie collaborative et du partage, personnalisation extrême, … Les néo-banques comme Fidor, Atom, Holvi et d’autres y travaillent, convaincues qu’une solution seulement technologique ne suffit pas et qu’il s’agit de répondre à des besoins non couverts, de faciliter des usages nouveaux, … En regard, tel qu’annoncé, Nestor parait un peu maigre – ne serait-ce que par rapport à Morning (ex Payname), dans laquelle la MAIF a investi !

Par ailleurs, quelque chose, au plan stratégique, n’est pas très clair. La MAIF a annoncé vouloir être à l’équilibre dans quatre à cinq ans, en visant 500 000 utilisateurs. En banque de détail, un tel objectif n’est pas vraiment pertinent. De plus, Nestor sera lancé sur la base d’une solution non propriétaire que les banques pourront d’autant plus facilement déployer que Linxo la leur propose déjà !

Malheureusement, derrière tous ces constats, on craint de deviner la manière dont sont conduits tant de projets d’innovation bancaire en France. Des comités de pilotage réunissant beaucoup (trop) d’intervenants, ce qui est l’assurance de tuer toute idée véritablement forte et nouvelle. Le choix formel, sans tour d’horizon préalable, d’un seul consultant, expert autoproclamé dans bien des cas, s’étant contenté de venir grappiller à la va-vite quelques idées sur des sites comme le nôtre. D’interminables sondages des attentes de la clientèle, à travers tests, pilotes et focus groups qui donnent une conduite de projet molle et à géométrie variable. La volonté enfin de commencer petit, en attendant prudemment de voir. Autant de façons fréquentes de faire qui mènent à l’abandon, cinq ans après, de projets dont l’idée était bonne mais auxquels on n’aura finalement pas donné les moyens d’être véritablement nouveaux et ambitieux.

Sans doute sommes-nous trop sévères cependant. La MAIF a certainement plein d’idées dans ses cartons – comme un positionnement, à travers Nestor, sur la gestion/conservation des données personnelles (self data). On ne peut que le lui souhaiter. Mais peut-être pas, ce qui serait dommage mais, malheureusement, pas vraiment surprenant.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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