Rien ne va plus !  Depuis qu’Arnaud Laplanche, le créateur de la première plateforme mondiale, Lending Club, a été contraint de démissionner, les plus grands sites de P2P lending font l’objet de vives critiques aux USA. C’est en Asie que les financements sont les plus importants (l’équivalent de 94,6 milliards € en 2015) mais le scandale d’Ezubao, l’une des principales plateformes chinoises, a semé le trouble. En Europe, les 5,4 milliards € de financements réalisés en 2015 l’ont été à 82,6% au Royaume-Uni ! Partout ailleurs, le crowdlending végète.  En France, il y aurait 27 plateformes différentes qui toutes ensemble ont réalisé des financements à hauteur de 122 ou de 196,3 millions € en 2015 ; cela dépend des sources mais, quoi qu’il en soit, de tels montants ne représentent pas ce que financent trois agences bancaires ! La presse, cependant, continue encore souvent à présenter le crowdlending comme « un moyen efficace et rapide d’obtenir un financement » pour les entreprises. Celles-ci se ruent sur les plateformes, nous explique-t-on. Il faut croire qu’elles se précipitent contre un mur ! Car ces plateformes sont bien plus sélectives que les banques. Avec cela, pourtant, aucune d’entre elles ne serait encore rentable. Bref, le crowdlending ne prend pas en France. Que se passe-t-il ?

Précisons bien que nous parlons ici du crowdlending, c’est-à-dire de prêts, consentis à des particuliers ou des entreprises, par des particuliers. Nous ne parlons pas du crowdequity, qui relève d’une autre problématique, ni du crowdfunding, beaucoup plus populaire et qui est pratiquement passé dans les mœurs. Dès lors que des sites comme Ulule ou Kiss Kiss Bank Bank ont réussi à attirer chacun plus d’un million de contributeurs, en effet, on peut parler de phénomène de société. Mais à côté, un site aussi intéressant que Bulb In Town, tourné vers l’économie locale, n’a financé que… 5 sociétés !

bulb

Quant à Younited Credit (ex Prêt d’Union), ce n’est plus qu’une plateforme de crédits à la consommation, financés par des banques et des institutionnels. Les prêts entre particuliers ont été abandonnés.

union

Restent donc différentes plateformes, dont les financements sont trop limités pour être significatifs et dont l’extrême sélectivité ne leur permet certainement pas d’exercer la moindre concurrence vis-à-vis des banques. A ce stade, Lendix a financé, pour 50,6 millions €, 166 projets, soit environ 1% des dossiers qu’il a reçu. Il en va de même pour Unilend, avec 21,8 millions € de financements, pour 293 projets. D’autres sites peuvent être un peu plus généreux mais ils atteignent à ce stade des montants de financement très faibles (8,6 millions € pour Lendopolis et 6,4 millions pour Credit.fr ; 1,1 million pour les prêts entre particuliers d’Hellomerci ; 2 millions pour PretUp et 1,4 pour Prexem, moins de 1 million pour Bolden).

unilend

Il est donc passablement fallacieux de présenter toutes ces plateformes comme des alternatives aux banques ou même des plateformes auxquelles les banques pourraient adresser les dossiers quelles rejettent. Représentent-elles plutôt des solutions de placement intéressantes ? On peut en douter au vu des chiffres de financements réalisés. Certaines banques peuvent être tentées de relayer leurs offres à l’adresse de leurs épargnants – comme Hello Bank ! avec Credit.fr. On peut néanmoins se demander pourquoi elles choisissent en général une plateforme plutôt qu’une autre et plutôt qu’un comparateur comme Comparelend. Car iraient-elles jusqu’à conseiller positivement à leurs clients d’investir sur ces plateformes ? Le risque semble trop important et pratiquement toutes se l’interdisent. Ou bien elles le réservent à un public averti, c’est-à-dire suffisamment aisé. Rabobank est ainsi en train de monter une plateforme Rabo & Co de prêts à des PME réservée à ses clients aisés (avec un ticket d’entrée à 100 000 €) – encore la banque s’apprête-t-elle à financer elle-même ces prêts à hauteur de 50%.

compare

Au total, le P2P lending, malgré tout ce qu’on nous en dit, parait dans un pays comme le nôtre une innovation ratée. Qu’apporte-t-il en effet aux entreprises qui ont du mal à accéder aux financements bancaires ? Une solution de la dernière chance mais largement aléatoire et sur laquelle on ne peut donc pas raisonnablement compter. Certes, la mise en place des financements est rapide et il n’est pas demandé de garanties mais que valent ces avantages face à la quasi certitude d’échouer, dès lors que 99% des demandes sont retoquées ? D’autant que rien n’étant fait par les plateformes ne serait-ce que pour rendre transparent leur système d’évaluation, la soumission d’un dossier peut être perçue par les entreprises comme une simple perte de temps. Au Royaume-Uni, au titre de l’aide aux PME, les pouvoirs publics ont soutenu les plateformes de crowdlending en jouant un rôle de rehausseur des risques. Il n’en va pas de même en France.

Reste une solution, qu’avait posée la plateforme Spear, à travers laquelle les banques ouvriraient leurs financements à une dimension de crowdlending – un schéma complètement disruptif, pour le coup et qui a peu de chances de seulement même intéresser, quand le P2P Lending montre finalement que, comptant beaucoup sur ce qu’il faut bien nommer la naïveté des journalistes et des investisseurs, nombre de fintech sont finalement incapables de ne pas reproduire les schémas de financement les plus classiques.

Un  entrepreneur/Score Advisor

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