En matière d’évolution des paiements, une poignée de nouveaux acteurs semblent avoir tout compris : pour l’essentiel, les moyens de paiement ne sont plus nécessaires. Ils vont de plus en plus disparaître. Il faut faire sans eux et l’enjeu se résume à un mot : la simplicité. Parmi ces nouveaux acteurs, il y a Poli en Australie, que nous avons déjà présenté et, en France, il y a Payname, dont la solution est aussi simple quoique bien plus élaborée. Rencontre avec une startup toulousaine peu banale.

Créé en 2013 par Eric Charpentier, Payname est une plateforme de paiements en ligne. On y alimente un compte personnel à partir de son compte en banque et on est à même de régler directement quiconque dispose d’un compte en banque. C’est aussi simple que cela. Payname est un hub universel de paiement, qui rend inutiles aussi bien les wallets que les cartes bancaires ou encore le CESU. Pour les commerçants et les e-commerçants, Payname rend donc aussi bien inutiles les solutions de mPos. Elle propose à la place en API une brique de paiement personnalisable (permettant d’ailleurs les paiements par carte) pour un coût faible (1,6% HT). Pour les particuliers, les paiements via Payname sont gratuits. Bref, avec déjà 50 000 utilisateurs, Payname est sans doute, en France, l’alternative la plus crédible à PayPal.

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Mais Payname va plus loin. La startup développe des paiements intelligents. Pour le règlement des services à la personne, elle se charge ainsi des déclarations Urssaf, des bulletins de salaire et des attestations fiscales, qu’elle automatise. Avec les paiements de loyers, elle génère les quittances, permet le règlement des cautions en trois fois sans frais. Avec les règlements, assistance juridique et garantie « petite casse » jusqu’à 100 € sont incluses. Payname ne s’est donc pas contentée de définir une solution technique, elle est partie d’une véritable analyse du parcours client. Elle s’est attachée à servir en priorité les usages mal couverts par les paiements bancaires : rémunération de baby-sitters, loyers, cagnottes, ventes entre particuliers, … On ne peut néanmoins s’y tromper : la solution Payname est globale. Elle permet, quels que soient les paiements, de se passer des moyens qu’offrent les banques.

Sur quelques points, à ce stade, la solution ne semble pas pleinement aboutie. Sur la plateforme, plusieurs paiements sont réglés sous 48 heures. Le float est-il indispensable au modèle économique de Payname ? En matière de paiements, cependant, l’instantanéité va sans doute devenir la norme. Par ailleurs, une offre de paiement en ligne peut-elle désormais ne pas être complétée par des solutions d’archivage intelligent ? Ce point n’est pas particulièrement développé.

Cependant, nous en avons parlé avec Aurélien Vialette (marketing manager) et Laëtitia Geneyton (responsable communication), qui ont bien d’autres idées en tête : l’agrément d’établissement de paiement qui devrait être obtenu prochainement, un projet de moyen de paiement innovant, le développement de fonctions d’assistant personnel en complément de l’application. Ils évoquent aussi bien barters et monnaies complémentaires.

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Avec une cible grand public et peu de coopération à attendre des banques, Payname joue la carte des nouveaux usages et de l’économie collaborative, désintermédiée. C’est là où la startup est la plus intéressante : elle joue pleinement la carte d’un monde capable de se passer des banques, d’acteurs économiques bankless, d’une économie participative dont Payname, au départ, assurerait les flux ; d’un nouveau modèle au total, le « cobanking ».

Cela poussera-t-il Payname à devenir à terme une néo-banque, la première en France, un peu comme Fidor en Allemagne ? La startup voit visiblement les choses autrement. Elle ne se veut d’ailleurs pas tant une startup qu’un « écosystème global », nouant des synergies avec d’autres acteurs innovants. Dès lors, Payname construit déjà un Campus au sud de Toulouse. Affichant une vocation de « locomotive d’innovation pour toute une région », la plateforme ne vise pas tant à concurrencer directement les banques qu’à être le catalyseur d’un modèle économique disruptif. En France, des jeunes pousses portant des visions de cette envergure ne sont pas vraiment nombreuses !

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

PS du 12 septembre 2015 : Payname vient de réussir une levée de fonds de 5 millions € en ayant su – de manière originale (ce qu’on pouvait attendre d’eux) – attirer comme investisseurs la MAIF (principalement), ainsi que La Dépêche du Midi (en plus de Bpifrance et de la région Midi-Pyrénées).

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