Cinq mille agences, cela peut paraître beaucoup mais cela permettrait seulement aux banques françaises de s’aligner sur la moyenne européenne. En 2015, la Société Générale s’est fixée cet objectif à atteindre en 2020. En ira-t-il de même pour la plupart des établissements à cette date ? Et réalise-t-on bien comment cela se passerait si tel était le cas ?

Les banques européennes ont fermé en moyenne 20% de leurs agences depuis 2010. Certains pays sont néanmoins nettement au-dessus de cette moyenne. Au Danemark, 33% des points de vente bancaires avaient été fermés fin 2016 et plus de 25% aux Pays-Bas, où Rabobank a réduit son parc de 59% en dix ans. Actuellement, le mouvement s’accélère : en 2017, au Royaume-Uni, on a compté 16 fermetures d’agences en moyenne par jour. Et certains prédisent la fermeture de 13 000 agences outre-Rhin d’ici fin 2020.

Par comparaison, la France demeure très en retrait. Depuis 2010, le parc d’agence des principaux réseaux bancaires n’a été réduit, en moyenne, que de 8%.

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Par rapport à 2010 et pour s’aligner sur la moyenne européenne, la France ne devrait compter que 30 600 agences. Si l’on prend 2020 comme horizon pour y parvenir, tout en tenant compte de toutes les enseignes, en plus de celles qui apparaissent dans le précédent tableau (HSBC France, par exemple), ce sont plus de 5 000 agences qui devraient être fermées d’ici un peu plus de deux ans. Cela représente 14% du parc actuel. Sachant qu’en 2017, les banques françaises n’ont en moyenne fermé que 2% de leurs agences.

Les Français sont ainsi aujourd’hui parmi les mieux servis au monde en matière d’agences bancaires :

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« Les mieux servis » : c’est le terme qui convient et qui explique en large partie la situation actuelle. Car, en France, l’implantation des agences bancaires a été pensée davantage sous l’angle du service offert à la clientèle que de l’activité effective – selon une logique assez proche de celle des services publics, en somme. A l’échelle locale, ainsi, de nombreux réseaux ont été dessinés sur des critères géographiques, tels que la présence d’un point de vente tous les 5 kms ou la proximité de la moitié de la clientèle à moins de 2,5 kms d’une agence. Dans ces conditions, nous avons déjà pu pointer les forts déséquilibres entre présence et activité réelle qui émaillent désormais l’ensemble du parc d’agences bancaires en France (voir ce billet).

Ainsi, en suivant principalement un critère de rentabilité, les banques de détail françaises pourraient assez facilement trouver nombre d’agences à fermer. Et, compte tenu que leur réseau de distribution représente de 40% à 60% de leurs coûts, la pression ne peut qu’être forte pour qu’elles le fassent sans trop tarder.

Au niveau des territoires, cependant, l’impact de fermetures importantes sera sans doute profondément ressenti. Pour le réaliser, il suffit de consulter les situations territoriales de la Banque de France.  Si l’on compare la part de chaque région dans le total des crédits distribués et la contribution de chaque région au PIB national, on constate que ces deux indicateurs sont proches. C’est l’indice que les activités bancaires s’alignent, sans surprise et de manière générale, sur les potentiels économiques réels. Seulement, les territoires français sont devenus très inégaux en termes économiques. Dans ces conditions, on s’aperçoit que 52% des encours de découvert en France métropolitaine sont réalisés dans la seule Ile-de-France, dont 40% à Paris. Tandis que trente-neuf départements ont une activité non significative (<0,5% des encours totaux) à l’échelle nationale pour ce qui concerne les crédits à l’habitat des particuliers. Pourquoi y maintenir des agences ?

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Il se passera donc ce qu’il se passe actuellement au Royaume-Uni. Tant que les banques hésitaient à fermer un grand nombre d’agences, on les  jugeait incapables d’évoluer. Dès lors que les fermetures se sont multipliées, on les accuse de provoquer la désertification économique de nombreux territoires et de leurs populations les plus démunies. Sur son site, Barclays a ainsi ouvert une page pour prévenir ses clients de chaque prochaine fermeture et pour en justifier la « difficile décision».

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C’est que l’impact est d’autant plus fort que les agences ne sont pas remplacées par d’autres commerces. En 2017, le Royaume-Uni a connu non seulement de nombreuses fermetures d’agences bancaires mais ce fut également une année record pour les fermetures de tous les commerces. En France, il en irait sans doute de même dans le centre de nombre de villes moyennes que les prix immobiliers vident de leurs habitants, où les boutiques ferment de plus en plus sans repreneurs et où les agences bancaires se sont souvent multipliées.

Il faut donc prévoir des réactions assez vives si les banques françaises accéléraient la restructuration de leurs réseaux de distribution, même limitée à 15% de leur parc d’agences actuel. D’autant que, toutes les études le montrent, le public demeure majoritairement attaché aux agences. Cela, les banques britanniques l’avaient mal anticipé. Elles ont peu communiqué au préalable sur leur politique de fermetures ou bien l’ont fait sur un mode très peu participatif vis-à-vis de leurs clients. Les banques françaises pourront peut-être l’éviter.

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