Selon une étude de Forrester Research, les achats en ligne effectués sur mobile aux Etats-Unis sont passés de 43% des ventes en 2016 à 36% en 2017. Dans les magasins, les achats par mobiles ont eux baissé de 21% à 16% sur la même période. Simple passage à vide ou retournement plus durable, que pourraient connaître également d’autres pays ?

Les achats en ligne par mobile auraient ainsi enregistré une baisse de 16% et les achats en magasins de 24%. Des pourcentages suffisamment conséquents pour inviter à considérer qu’ils correspondent à plus qu’une baisse ponctuelle – qu’on serait d’ailleurs en peine d’expliquer.

Sachant que, dans le même temps, le commerce en ligne a cru de 14% aux USA, c’est en fait la part de ce commerce réglé par mobile qui n’a pas augmenté, plus qu’elle n’a réellement baissé. Comme si le développement du paiement par mobile rencontrait certaines limites.

Si l’on écoute les personnes sondées par l’étude, en effet, celles-ci expliquent qu’elles trouvent plus commode d’acheter avec un ordinateur, que l’écran des mobiles est trop petit, que les sites marchands n’offrent pas autant de fonctionnalités sur mobile. Et puis, la question de la sécurité des transactions sur mobile se pose.

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En fait, il n’y a rien là de très surprenant. Beaucoup ont cru que le mobile allait rapidement remplacer tous les autres moyens de paiement et certains ont même parlé à cet égard « d’hyper-adoption », comme d’un comportement nouveau des consommateurs face aux outils digitaux. Toutefois, si l’on considère les choses avec recul, force est de constater qu’on n’a jamais vu un nouveau moyen de paiement remplacer simplement les autres. Il s’ajoute plutôt à eux. De plus, il faut la plupart du temps quasiment une génération pour que son usage soit maximisé. Or, en l’occurrence, il est difficile de ne pas remarquer que la taille trop étroite des mobiles et leur manque de commodité par rapport à celle offerte par les ordinateurs sont des reproches constants que formulent – pratiquement dans tous les pays – les plus de 45 ans. Pourtant, en matière de marketing bancaire, on a toujours tendance à croire que les plus jeunes font déjà, plutôt qu’ils ne feront, le marché.

Tant qu’ils correspondront à des taux de conversion nettement plus faibles, comparés à ceux des achats sur ordinateur, il sera difficile d’envisager un développement fort et rapide des paiements en ligne par mobile, dans la mesure où cela montre qu’ils se heurtent à certaines limites propres, notamment générationnelles.

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En comparaison, la baisse de l’utilisation des smartphones en magasin parait beaucoup plus étonnante. Car il semble bien s’agir d’une baisse. Fin 2017, 46% des personnes interrogées déclaraient ne jamais utiliser leur mobile pour effectuer un achat dans un magasin. Elles n’étaient que 41% en 2016. Comment l’expliquer ? Ici encore, même si l’on a sans doute trop volontiers anticipé un développement rapide des paiements par mobile, ils devraient néanmoins tendre naturellement à croître.

Cependant, quel avantage financier est associé à l’usage du mobile comme moyen de paiement ? Au début, les cartes de crédit ont porté le développement des cartes bancaires. Le débit différé représentait un avantage nouveau. Or, dans le cas du mobile-banking, on a plutôt insisté sur le caractère instantané des paiements – parce qu’on voulait montrer que l’usage du mobile pouvait remplacer celui du cash ; qu’il était même plus commode. Seulement, si l’instantanéité est un avantage dans certains cas, comme les paiements de personne à personne, ne représente-t-elle pas néanmoins un frein psychologique pour beaucoup de consommateurs, dès lors qu’ils l’associent à l’usage du mobile ?

Aujourd’hui, la tendance est plutôt au fractionnement des paiements – que Carrefour et Casino ont même étendu aux achats alimentaires.

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En France, plus de 4 millions de personnes ont sollicité une aide alimentaire en 2016. Si l’on ajoute à cela le coût des smartphones et la difficulté à en régler par prélèvement l’abonnement pour tous ceux qui accumulent les découverts non autorisés ou sont interdits bancaires, une piste pour expliquer la baisse des paiements par mobiles pourrait bien être une précarité croissante des populations. Il est difficile de trouver beaucoup de chiffres actualisés à cet égard mais, dans l’étude de Forrester Research et contre toute attente, le pourcentage d’adultes déclarant n’avoir pas de smartphone est passé de 5% en 2016 à 11% en 2017.

P. Adoux/Score Advisor

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