Quoi que l’on puisse penser de cette crypto-monnaie très volatile, il faut reconnaître que le bitcoin s’impose de plus en plus comme une vraie monnaie – aujourd’hui, près de 3 500 commerces dans le monde l’accepteraient. Or cette tendance pourrait bien s’accélérer, surtout dès lors qu’après Dell, un acteur de la taille de Microsoft accepte à son tour d’être payé en bitcoin. Il y a une raison très simple à cela : les coûts de transactions supportés par les commerçants. Car cela n’est finalement pas assez souligné : les crypto-monnaies, dont le bitcoin représente 75% des transactions, marquent la fin des moyens de paiement. Explications.

On peut désormais créditer son compte chez Microsoft en bitcoins pour régler des achats en ligne sur les marketplaces Windows Phone, Xbox Games, Xbox music et Xbox Video. Un certain nombre de limites sont posées, que l’on trouvera énoncées sur cette page.

Pour Microsoft, il ne s’agit probablement pour le présent que d’une phase de test. Toutefois, compte tenu de la volatilité du bitcoin, la contrainte ne permettant pas de récupérer les éventuels bitcoins conservés en compte sera sans doute maintenue, même si Microsoft développe l’usage de la crypto-monnaie et l’étend à son commerce physique. Mais c’est là, aussi bien, le seul vrai risque financier que peut encourir Microsoft (en plus d’un effondrement très brutal et très soudain du bitcoin bien entendu) ; tandis qu’accepter d’être réglé en bitcoins lui offre des conditions de règlement très favorables, comme l’explique ce schéma :

bitcoin 2

Effectuer des paiements et des virements en bitcoin n’est pas gratuit. Il faut utiliser une plateforme, comme Coinbase ou BitPay (qu’a retenue Microsoft). Mais le coût est bien moindre que pour un paiement par carte notamment et ceci, comme le montre le schéma ci-dessus, non pas à cause de l’utilisation d’un réseau de paiement comme celui de Visa par exemple mais essentiellement à cause de l’interchange.

De quoi s’agit-il ? D’une commission que la banque du vendeur facture à ce dernier et reverse à la banque de l’acheteur. A quel titre ? En considérant que celle-ci, en fournissant un moyen de paiement à l’acheteur a permis la vente. Or cela, qui pouvait effectivement être justifié tant que les règlements supposaient d’avoir recours à des supports bien spécifiques (billets et pièces, TIP, cartes et chèques) disparait dès lors que tout se fait directement sur internet. Si acheteurs et vendeurs utilisent le bitcoin, ils n’ont plus du tout besoin de banques ! Or ceci leur est favorable, puisque l’interchange est transparent pour les acheteurs mais non pour les vendeurs. La baisse récente des interchanges, aux USA comme en Europe, ne modifie pas essentiellement ce constat. Par rapport aux règlements sur internet, la fourniture de moyens de paiement introduit un surcoût qui n’a plus lieu d’être et l’enjeu est aujourd’hui de ne plus utiliser en ligne de moyens de paiement particuliers, comme l’annoncent des solutions comme Poli ou Payswarm.

Alors que la plupart des grandes banques regardent désormais de près les échanges qui se développent en bitcoins, il est surprenant de constater que ce point ne semble pas encore clairement aperçu – ainsi dans un mémo publié par Wells Fargo en mars dernier. A ce stade, seuls quelques rares établissements, parmi les plus innovants, comme Fidor AG, ont bien compris que l’enjeu dépasse largement le bitcoin, dont la forte volatilité ne pourra qu’être un très lourd obstacle à son utilisation comme monnaie de règlement, tandis que son cadre réglementaire est encore susceptible de beaucoup évoluer. L’enjeu concerne le modèle même des paiements. D’où l’intérêt de Fidor pour la plateforme Ripple, dont nous reparlerons bientôt. Un enjeu qui représente au minimum 15% des revenus d’une grande banque de détail.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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