… cela est davantage remarqué par les observateurs anglo-saxons que par la presse française. L’International Financing Review (IFR) vient ainsi de désigner BNP Paribas banque de l’année 2012, en soulignant sa clairvoyance et son courage – des termes qu’on emploie rarement à propos des banques par les temps qui courent. Pourquoi des tels éloges ? Pour la réorganisation par l’établissement français de son activité de Corporate and Investment Banking (CIB) et le dégonflement (deleveraging) de ses besoins de financement en dollars. Bref retour sur des mesures dont on n’a peut-être pas souligné assez l’envergure en effet.

Au cours de l’été 2011, la baisse drastique de leurs liquidités en $ et les perspectives réglementaires de Bâle III, rendant beaucoup moins favorables les crédits bancaires de long terme, ont précipité l’adoption par les banques françaises d’un modèle désintermédié pour leurs pôles de banque de marchés : moins de financement direct et plus d’accompagnement des entreprises européennes et émergentes sur les marchés de capitaux (un modèle dit « originate to distribute »). A cet égard, l’IFR oublie de le mentionner, BNP Paribas n’a pas été la seule à adopter un tel modèle, que poursuivent d’autres établissements français, notamment Natixis.

Mais BNP Paribas n’a pas hésité à cette occasion à couper drastiquement dans ses besoins en dollars : moins 57 milliards $ dès 2011, sur un objectif de 60 milliards à fin 2012 réajusté finalement à 65 milliards et réalisé dès avril 2012. Et l’IFR de souligner la célérité, la facilité (à 250 millions €, le coût de cession des actifs en $ sera bien moindre que les 800 millions d’abord estimés) et pour tout dire la maturité avec lesquelles le management de BNP Paribas a conduit l’opération au cours d’une année 2011 sinistrée de toute manière pour le CIB (-19,8% de PNB).

Soucieux de rééquilibrer prêts et dépôts de son activité Corporate, BNP Paribas a rapidement conforté ses positions en matière de cash management (5° mondial), d’origination (n°1 mondial pour les émissions obligataires en € et 4° toutes devises confondues), tout en réorganisant son CIB et en liftant ses effectifs de 7%. Au total, BNP Paribas a fait l’économie d’une révision « dramatique » de ses activités de marché, à la différence notoire d’UBS ou même de Deutsche Bank. Et les premiers résultats 2012 témoignent de son renforcement sur une activité par rapport à laquelle beaucoup de ses concurrents, notamment français, vont rencontrer des problèmes de taille critique.

Mais il faut aller plus loin et souligner également le salutaire impact d’une perspective réglementaire, Bâle III, dont les modalités et même le bien fondé pouvaient pourtant (et peuvent toujours) être sérieusement discutés.

Les banques françaises défendaient une profitabilité assez éloignée des meilleurs standards internationaux (voir notre précédent billet les comparant à cet égard aux trois premières banques australiennes) en se sur-finançant, comme en témoigne leur niveau de levier comparativement très élevé :

L’alerte sur les refinancements en $ en 2011 a tiré la sonnette d’alarme quant à la fragilité d’une telle situation. BNP Paribas a alors pris le taureau par les cornes : ses actifs pondérés ont baissé de 45 milliards € à fin septembre 2012, les fonds propres alloués au CIB ont été réduits de 8,9%, le coût du risque de cette activité est passé de 350 millions à 75 millions.

En somme, les perspectives réglementaires se sont révélées opportunes et non uniquement contraignantes ! Et cela, non pas tant sans doute du fait de l’intention des régulateurs que de l’attitude vraiment responsable d’un établissement comme BNP Paribas. Il n’est pas inintéressant de le souligner alors que la réforme des activités bancaires fait actuellement débat dans plusieurs pays d’Europe.

 Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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