Pour nous, la Banque postale est l’un des établissements français parmi les plus intéressants – mieux même, parmi les plus prometteurs. En janvier dernier, ainsi, nous nous demandions dans un billet si elle n’était pas la banque qui, en France, possède le plus d’atouts stratégiques. Nous ne sommes visiblement pas les seuls à nous poser la question car ce billet est, de loin, celui qui a été le plus lu à ce jour sur notre site. Cependant, à l’occasion du départ de Jean-Paul Bailly à la tête de la Poste, les grandes lignes du plan stratégique 2013-2018 de la Banque postale ont été dévoilées. Douche froide !

Dans ce Plan stratégique, la Poste prend acte de la baisse du courrier, dont la contribution aux revenus du Groupe ne devrait plus représenter que 40% en 2018, contre 50% aujourd’hui. En contrepartie, deux relais de croissance doivent s’affirmer : le colis express et la Banque postale, dont il est attendu un PNB de 6,5 milliards € en 2018, soit +1,1 milliard € par rapport à aujourd’hui.

Comment cela se produira-t-il ? Par la maitrise des charges et le déploiement de produits. Le potentiel de développement parait en effet important. L’établissement compte 10,65 millions de clients actifs, équipés en moyenne de 3,7 produits, contre 7 à 8 produits dans les autres grandes banques. On peut se demander d’où sort un tel chiffre, qui ne correspond nullement à la réalité mais continuons plutôt. La Banque postale va augmenter sa production de crédits immobiliers et de crédits à la consommation, tout en veillant à ce que le coût du risque ne dépasse pas 0,3% des encours. L’objectif est notamment d’atteindre 10% de part de marché dans les crédits immobiliers, contre 5,7% aujourd’hui.

La Banque postale veut en même temps doubler sa collecte de dépôts. Certes, l’établissement est sur-liquide (ses prêts ne représentent que 50% de ses dépôts) et cela ne contribue guère à doper ses résultats en période de taux bas. Mais il n’est pas prévu que le ratio prêts/dépôts soit supérieur à 100% en 2018. Réglementation bancaire oblige.

Quant au coefficient d’exploitation, véritable talon d’Achille de la Banque postale, il n’est pas non plus prévu qu’il descende à moins de 80% avant 2018.

Voilà les grandes lignes qui ont été annoncées. Rien ne vous choque ?

Certes, dans un contexte aussi incertain qu’aujourd’hui, l’exercice du plan stratégique a tout d’un pensum. Toutefois, on peut s’étonner de la teneur de ce qu’on vient de lire et que des experts en stratégie aient sans doute été mobilisés pour le produire. Sauf à perdre tout sens, en effet, la stratégie consiste à trouver le moyen de tirer parti des ses propres forces. Or qu’avons-nous dans le cas présent ?

La Banque postale veut doubler sa collecte de dépôts. Cela coûte cher et, actuellement, cela rapporte peu. Certes, une remontée des taux améliorerait la situation mais aurait-elle lieu sans une dégradation de la qualité de signature des émetteurs obligataires, notamment publics ? Par ailleurs, compter sur une évolution possible et non maîtrisable de l’environnement extérieur représente le contraire même d’une stratégie.

La Banque postale veut accroître l’équipement en produits de ses clients. Cela coûtera cher et rapportera peu tant que le coefficient d’exploitation sera aussi élevé.

Il est prévu enfin de développer les crédits immobiliers, sur un marché où les transactions ne cessent de baisser, et les crédits à la consommation dans un contexte récessif, sans voir le coût du risque augmenter. Tout cela pourrait bien coûter très cher et rapporter très peu, sauf à compter, encore une fois, sur une opportune amélioration du contexte extérieur.

A côté de cela, les atouts de la Banque postale ne semblent pourtant pas minces : la réactivité commerciale qu’elle a su récemment affirmer, son mode de développement partenarial, son profil même d’établissement liquide dans le paysage bancaire français. Cependant, pour tirer parti de tels atouts, il faudrait… une stratégie !

P. Adoux/Score Advisor

Bookmark and Share