Dans son dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le FMI pointe les subventions implicites dont bénéficient les plus grandes banques dites « systémiques », les banques too big to fail. De quoi s’agit-il ? De l’assurance que les pouvoirs publics seront contraints de porter secours à ces établissements en cas de difficultés – une garantie implicite (que le FMI estime entre 90 et 300 milliards € en 2012 rien que pour la zone euro) qui bien entendu fausse toute concurrence et ne pousse pas les établissements à la prudence.

L’accusation est grave. Elle souligne à quel point banques et pouvoirs publics forment un même système, quand ces derniers préfèrent évidemment se camper en gardiens de l’intérêt public face aux possibles débordements bancaires. Pourtant, les plus grands établissements, dont le total de bilan égale ou dépasse le PIB des Etats censés les contrôler, auraient-ils pu atteindre de telles tailles sans ce levier public implicite ? Le FMI ne va pas jusqu’à un tel constat. Il enjoint plutôt les Etats de renforcer encore la réglementation bancaire et de pousser les banques à réduire la taille de leurs bilans. Pour autant, il reste rare qu’une institution comme le FMI aille aussi clairement et directement au fond des choses.

Pour nous, ce que pointe le Fonds monétaire international est très juste mais n’a rien de très nouveau – la BRI notamment l’a déjà souligné. Nous-mêmes, qu’il s’agisse de la dernière loi bancaire française ou du dispositif de sauvetage récemment mis sur pieds dans le cadre de l’Union bancaire européenne, avons suggéré que ces fragiles dispositifs ne reposaient en définitive que sur un filet de sécurité public non dit mais apparaissant pourtant clairement indispensable. C’est qu’essentiellement fondée sur un certain matelas de fonds propres, la réglementation bancaire demeure pensée face au cas de figure où il ne s’agit pour les établissements que de combler des pertes. La crise a cependant montré qu’avec l’incertitude qui peut poindre quant à leur exposition à certains risques, c’est le refinancement global d’établissements qui empruntent l’essentiel de leurs ressources qui est à même d’être compromis. Dans un tel cas de figure, que peuvent des fonds propres, dont les IFRS ont par ailleurs rendu difficile d’apprécier la disponibilité réelle ?

L’important toutefois est que le FMI lui-même le reconnaisse. Un vent de lucidité souffle sur les autorités monétaires depuis quelques semaines, semble-t-il. Cinq grandes banques américaines ont ainsi récemment échoué aux tests annuels de résistance de la Fed dont, pour quatre d’entre elles, pour des raisons non pas quantitatives de respect formel des ratios mais qualitatives de calcul, de répartition et de distribution de leurs résultats. Dans la foulée, la Bank of England n’a pas caché ses difficultés à apprécier les capacités réelles des banques qu’elle supervise à faire face à une crise d’ampleur, notamment dans le contexte d’une crainte de repli des pays émergents.

A ce compte, on pourrait voir ainsi bientôt et enfin les autorités monétaires s’interroger sur les fondements d’une réglementation bancaire très exigeante et dont les effets récessifs sur l’ensemble de l’économie sont à redouter mais dont les vertus prudentielles mériteraient d’être précisément sondées, dès lors que cette réglementation repose encore pour l’essentiel sur des niveaux de fonds propres comptables fixés face à des risques attendus, prévisibles ! Des risques dont l’estimation est par ailleurs laissée aux banques elles-mêmes et ne peut être que difficilement contrôlée par le régulateur – la BRI vient justement de souligner quels abus une telle situation autorise. Bâle II n’a pas évité les subprimes et Bâle III n’aurait sans doute pas fait mieux. Ne pas considérer cela comme une critique irrecevable et commanditée par quelque lobby bancaire mais comme un constat représenterait certainement un grand pas. En sommes-nous proches ?

On se prend à imaginer. Et si, mieux encore, nos économistes patentés qui, pour la plupart d’entre eux, appellent depuis des années à baisser toujours davantage les taux pour relancer l’économie, en venaient à reconnaitre que, depuis 20 ans, les politiques de taux bas ont été un véritable fléau, à la source de biens de difficultés actuelles : poussant au surendettement Etats et particuliers, provoquant une spéculation immobilière grevant largement le pouvoir d’achat, autorisant toutes les folies de marché et précipitant des prises de risque inconsidérées et moutonnières à la recherche de meilleurs rendements, entravant enfin la constitution d’une épargne consistante alors que la baisse des retraites parait inévitable. Nos meilleurs économistes, en somme, voyant ce que tout le monde peut voir, que les taux sont au plus bas et la croissance avec eux, et en tirant les conséquences ? Il ne s’agit pas non plus de rêver !

P. ADOUX/Score Advisor

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