Unilend est une plateforme en ligne qui permet à des entreprises d’emprunter directement à des particuliers. Avec l’anglaise FundingCircle (qui est très proche) ou l’américaine The Receivables Exchange (dont le modèle est différent), la française Unilend va au bout de la désintermédiation bancaire : les entreprises expriment directement leurs besoins de financement auprès d’une foule de prêteurs qui pourront y trouver des rendements intéressants en période de taux bas mais qui supporteront également seuls les risques de défaillance des emprunteurs. Les entreprises, toutefois, sont sélectionnées et les prêteurs peuvent répartir leurs mises sur de multiples emprunteurs, tandis que ces derniers sont protégés des taux usuraires que pourraient exiger les prêteurs par un système de quasi enchères : une fois la somme demandée réunie, les prêteurs les mieux-disants en termes de taux sont seuls retenus. Le schéma est fort intéressant ainsi en termes de financement et de placement. Il pourrait l’être également pour ce qui concerne l’aide publique (Etat et collectivités territoriales) aux entreprises.

unilend

Aujourd’hui, l’aide publique est principalement distribuée à travers la Banque publique d’investissement, laquelle, pour ce qui regarde les concours directs aux entreprises, intervient pour l’essentiel en cofinancement de concours bancaires, auquel elle n’a pas vocation à se substituer. Elle ne peut que pousser les banques à financer TPE et PME, elle ne les remplace pas au cas où les banques ne prêtent pas. Et pour ce faire, la BPI s’appuie sur tout un réseau de délégations régionales. Avec une plateforme comme Unilend, la possibilité lui serait donnée de financer directement des entreprises pour un coût de transaction pratiquement nul.

Autre fer de lance de l’aide publique aux entreprises : la garantie Sofaris. Une garantie en dernier recours (une fois les garanties bancaires mises en jeu) allant jusqu’à 70% de l’encours restant, que l’Etat accorde aux banques et que paient… les PME et les TPE. Une garantie qui a tout d’une subvention faite aux banques ainsi et que les entreprises bénéficiaires paient en quelque sorte deux fois : pour en profiter directement et en tant que contribuables. Sachant qu’à la différence d’autres pays, l’Etat n’exige pas particulièrement une baisse de leurs marges de la part des banques couvertes par cette garantie. Maintenant, imaginons en regard ce que l’Etat pourrait faire à travers Unilend, pour des entreprises qu’il jugerait particulièrement intéressant de soutenir, pour leur potentiel de croissance, leur force innovatrice, leur utilité générale, etc. A travers le système de quasi enchères il pourrait simplement s’assurer que le montant de financement demandé soit atteint, au meilleur taux. Une prise en charge partielle du risque pourrait également être envisagée. L’aide publique  bénéficierait d’un effet « sagesse des foules » à travers les choix des particuliers prêteurs. Et au total, compte tenu du caractère souvent  modique des sommes en jeu, l’aide publique pourrait jouer là, directement, de manière transparente et au moindre coût, un rôle crucial de levier pour des milliers d’entreprises.

Bien entendu, de telles interventions ne seraient que complémentaires par rapport à l’ensemble des multiples dispositifs d’aides publiques, gérés par la BPI et bien d’autres intervenants. Néanmoins, ces brèves suggestions seront sans doute jugées bien naïves et on leur opposera mille objections. Pourtant, le gouvernement britannique a déjà injecté 20 millions de £, au profit de 2 000 entreprises, à travers Funding Circle et s’apprête à distribuer à nouveau 40 millions £ via la British Business Bank.

funding circle

Alors ?

PS : le gouvernement britannique soutient non seulement les PME à travers Funding Circle mais les refinance également en se portant acquéreur de créances sur la plateforme d’affacturage en ligne Market Invoice.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

Merci à Alexandre Martin-Rosset, à l’origine de ce billet.

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