Il ne s’agit pas d’une problématique technique mais d’une issue stratégique majeure et même essentielle puisqu’elle met en question le rôle même des banques demain. La question est en effet la suivante : pourquoi les banques investissent-elles de plus en plus dans une innovation, particulièrement intéressante en ceci qu’elle permet d’envisager, pour la première fois opérationnellement et techniquement, de se passer des banques ?

Bien que certains le soulignent, il est assez injuste de dire que les banques n’ont pas rapidement remarqué les opportunités qu’offre la technologie de la chaine de blocs. Les choses sont allées très vite, en effet. Cette technologie est apparue avec le bitcoin et ce n’est qu’assez récemment que l’on a envisagé qu’elle puisse être étendue à d’autres activités. Les banques s’en sont vite rendu compte.

Une blockchain n’est rien d’autre qu’un historique de transactions. C’est surtout, à ce stade, la base de données de l’ensemble des transactions qui ont été effectuées en bitcoin. Mais cette base de données possède deux caractéristiques tout à fait originales : 1) elle est décentralisée. Personne ne la détient en propre. Quiconque y accède peut avoir connaissance de l’état des transactions de chaque adresse du système. 2) la base présente des critères de sécurité et de fiabilité parmi les meilleurs qui existent. De plus, dans une telle base dématérialisée, on peut attacher à chaque transaction des caractères « intelligents » d’identification et d’information.

En d’autres termes : pour organiser un système de transactions, il n’est plus besoin d’un tiers de confiance qui en assure la traçabilité et se rémunère en conséquence. Qu’il s’agisse de paiements, virements, opérations sur titres, mouvements en compte, etc., il n’est donc plus besoin de banques. Les blockchains annoncent ainsi la vraie fin des banques, au sens où ils leur ôtent l’un de leurs principaux rôles depuis le Moyen-âge (bien sûr, cela ne se limite pas aux banques).

Dès lors, pourquoi de plus en plus de grandes banques et d’autres acteurs financiers majeurs s’intéressent-ils aujourd’hui à la technologie de la chaîne de blocs ? La réponse la plus commune consiste à dire qu’ils suivent un effet de mode, sans trop vraiment comprendre de quoi il retourne !

dilbert-chain

Il est sans doute un peu trop facile, cependant, de croire les établissements financiers d’autant plus idiots qu’ils sont gros. Quand le Nasdaq ou Visa, à côté de Capital One ou de Citi, participent à une levée de fonds de 30 millions $ de la startup Chain, le font-ils seulement pour voir ? Parce que c’est la mode ? Par simple intérêt technologique ? Ou bien s’organisent-ils ainsi pour tuer un concurrent potentiel qui, à terme, pourrait les ruiner ? De même, quand plusieurs banques s’entendent pour standardiser les usages des blockchains ?

La technologie de la blockchain, cependant, les banques ne vont certainement pas la tuer. Alors que leurs systèmes de gestion paraissent dans bien des cas onéreux et dépassés, elles pourraient bien, tout au contraire, se l’approprier. Quand BBVA distingue ainsi deux startups anglaises travaillant sur des blockchains, Everledger et Origin Markets, dans le cadre de son Open Talent Europe 2015, cette perspective est certainement présente.

Cette technologie, néanmoins, les banques ne peuvent que vouloir se l’approprier, c’est-à-dire l’utiliser tout en continuant à en facturer l’usage. Pour cela, la stratégie paraît simple : surinvestir les développements de blockchains et non seulement les maîtriser ainsi mais provoquer une inflation des coûts d’investissement et créer de la sorte une barrière à l’entrée pour quiconque voudra désormais s’y consacrer.

Bien entendu, une telle stratégie pourrait également être dupliquée face à bien d’autres innovations fintech. Ce qui souligne simplement, alors qu’on attend actuellement un peu trop vite que les nouveaux acteurs fintech prennent la place des banques, la force de frappe dont disposent ces dernières et le fait que leur réactivité peut être vive lorsque la menace est sérieuse – et tel est bien le cas avec les blockchains. D’un autre côté, très prosaïquement, si vous cherchez de l’argent, c’est le moment de créer une startup dans la blockchain…

Image1

I. Reider/ Score Advisor

Bookmark and Share

Commentaires fermés