Acquise par BPCE en juillet 2016, la néobanque allemande Fidor n’a été lancée en France qu’en juin dernier sous une version qui ne propose même pas de services financiers et avec une discrétion qui n’a pas manqué d’attirer l’attention. Selon Le Monde, de mauvaises surprises (des placements risqués et des pertes devant être compensées en conséquence) chez sa filiale auraient beaucoup refroidi l’enthousiasme de BPCE. Mais cette dernière semble surtout hésiter quant au modèle de développement que Fidor doit adopter. Ce qui recouvre une question intéressante : que peut être une « nouvelle banque » aujourd’hui ?

Créée en 2007 à Munich, Fidor fut l’une des toutes premières néobanques. Il faut prendre l’appellation au sens fort : Fidor c’était une toute nouvelle manière de faire de la banque. Un établissement communautaire quasiment créé sur les réseaux sociaux et favorisant les interactions directes entre ses clients. Des produits originaux (social funding, paris en ligne, trading d’or, …). Fidor, qui répétait qu’aucune loi n’oblige les activités bancaires à être ennuyeuses, proposait à une clientèle socialement responsable, aussi bien que décomplexée vis-à-vis des questions financières, une toute nouvelle manière de faire de la banque. Et Fidor innovait (le smart account). Elle créait ses propres plateformes de paiements et de risk management (Fidor Pays), son système de traitements (FidorOS), qu’elle proposait à d’autres établissements à travers sa filiale Fidor Tecs AG. En Allemagne, Telefonica a par exemple lancé sa solution O2 Banking en s’appuyant sur Fidor Tecs.

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Pourtant, lors de son rachat par BPCE, Fidor commençait déjà à être en perte de vitesse. Elle conquérait peu de nouveaux utilisateurs en effet. Et elle allait être rapidement dépassée par N26 et Revolut, affichant d’emblée et de manière audacieuse une présence paneuropéenne, tout en visant des segments de clientèle davantage porteurs. En se démarquant davantage des réseaux sociaux, des néobanques comme Monzo ou Oaknorth allaient proposer un modèle communautaire plus animé. Fidor, qui fut l’une des premières à développer le coaching financier, l’appel à des avis extérieurs pour ses clients, aurait dû développer un assistant personnel virtuel comme Max du Crédit Mutuel Arkéa, par exemple. Elle ne l’a pas fait. Et aujourd’hui que peut faire de Fidor un groupe comme BPCE ? Fidor ne propose pas une offre d’entrée de gamme, comme Hello Bank ! pour BNP Paribas ou Eko pour le Crédit Agricole. Fidor n’est pas non plus un compte sans banque, en complément de gamme, comme Simple pour BBVA Compass ou Nickel pour BNP Paribas.

Est-ce à dire que tout est joué et qu’il ne reste plus guère de place pour une offre bancaire véritablement nouvelle ? Certainement pas. On peut par exemple songer au trading social – seul domaine, en matière de finance, où la dimension communautaire ait réellement prise. En France, il ne trouve pratiquement aucun relais de la part des banques et des fintechs. Fidor s’y est lancée, de manière originale en Europe. Et sur l’ébauche de place de marché qui apparaît sur son site français, on trouve parmi les partenaires eToro et ses cinq millions d’utilisateurs, issus de 140 pays.

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Autre exemple : Fidor fut également l’une des premières à développer une activité de Bank as a service, qui peut être également une manière d’introduire des offres tout à fait nouvelles ; à l’instar de ce que fait sa consœur germanique Solaris Bank, par exemple avec la solution mobile Insha de la banque turque Albaraka.

Bref, alors que les nouveaux acteurs sur le marché bancaire sont aujourd’hui en voie de forte uniformisation, il reste certainement de la place pour des néo-banques et BPCE pourrait y songer. Chiche ?

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