Les banques auraient tort de dédaigner les monnaies parallèles, qui représentent un phénomène dont elles ne sont pas exclues comme, des tookets aux Sols, les exemples de différents établissements bancaires en France en témoignent.

On trouvera ces exemples dans notre Petit guide des monnaies parallèles, tandis que nous voudrions présenter particulièrement ici le cas d’une banque née à l’issue d’une expérience de monnaie parallèle inter-entreprises lancée à Bâle en 1934 et qui réunit aujourd’hui une PME suisse sur cinq. Connaissez-vous WIR ?

La banque coopérative WIR (abréviation de Wirtschaftsring : cercle économique) a été créée dans le contexte du dramatique manque de liquidités ayant suivi la crise de 1929. WIR s’est mise à distribuer des crédits en WIR (1 WIR = 1 franc suisse) sur la base des dépôts des adhérents dans cette même monnaie parallèle.

Or WIR existe toujours et réunit aujourd’hui 70 000 PME, soit 1/5 des PME suisses, dont 2 000 sont sociétaires. WIR est en fait une place de marché pour les PME qui peuvent ainsi s’échanger des biens et services sans les régler en monnaie officielle – sans toucher à leur trésorerie donc. WIR émet un catalogue de biens et services produits par les PME adhérentes à la place de marché, qui sont réglables en tout ou partie en WIR, c’est-à-dire finalement en tout ou partie échangeables en d’autres services ou biens. C’est donc un système de troc réglé sur une unité de compte fixe et formelle – les WIR ne sont pas déboursés, leur solde n’est pas convertible, le système est clos. Tout se fait par un jeu d’écritures en compte et de compensation entre membres, la monnaie parallèle ayant la double fonction de fixer un prix unique aux produits et de retracer les échanges au plan fiscal (les taxes devant elles être réglées en monnaie officielle).

WIR est en fait un Barter : une plateforme d’échange interentreprises par compensation et sans trésorerie. D’abord formés dans les secteurs de la publicité et du tourisme, on compte aujourd’hui plus de 800 barters dans le monde. Aux USA, ils rallient plus de 200 000 entreprises. Ces plateformes se rémunèrent (en monnaie réelle) à travers l’abonnement de leurs utilisateurs, ainsi qu’à travers une commission prise sur les transactions ; lesquelles ont souvent lieu dans une monnaie parallèle, comme les « trade-euros » du barter belge RES (lancé en 1996).

En France, la municipalité de Nantes s’apprête à lancer courant 2013 une monnaie complémentaire destinée à soulager la trésorerie des entreprises, le Nanto. Un système de compensation inspiré de WIR, qui serait géré par le Crédit Municipal de Nantes, avec l’aide informatique d’une banque coopérative régionale. Un système ouvert également aux particuliers. On n’en sait pas beaucoup plus à ce stade, de sorte que certaines interrogations demeurent : on parle d’une monnaie parallèle « fondante » (voir notre Petit guide pour savoir ce que cela signifie), ce qui semble assez inadapté pour les échanges interentreprises, en même temps que d’une exigence de balance équilibrée des comptes (pas de soldes créditeurs ou débiteurs en compte, donc pas de crédit), ce qui rend également le système beaucoup moins attractif, voire assez impraticable, pour les entreprises.

Mais revenons sur les réseaux de compensation interentreprises. Ils apportent d’incontestables avantages, qui expliquent la croissance actuelle des barters à travers le monde :

  • ils diminuent les besoins en trésorerie des entreprises et donc leurs besoins en fonds de roulement
  • Tout en leur offrant un circuit de distribution privilégié
  • Ils sont à même d’améliorer les délais et la sécurité des règlements
  • Ils facilitent les crédits de trésorerie, sans trésorerie (en monnaie parallèle)
  • Ce sont enfin des systèmes forts de fidélisation : les WIR restant en solde ne sont pas convertibles en francs suisses. Ils doivent être réemployés au sein de la plateforme.

Ceci posé, une question est inévitable et l’exemple de WIR est particulièrement suggestif à cet égard : qui mieux que les banques serait à même de développer de tels systèmes auprès de leurs PME clientes ? C’est une grande partie des achats (y compris de production) de ces dernières qui pourraient être directement traités par compensation, de compte en compte, entre PME clientes d’un même établissement, hors trésorerie donc.

C’est un aspect assez déterminant des places de marché que les banques peuvent vouloir développer, comme nous le signalions dans un précédent billet et certains établissements l’ont bien compris…

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

 

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