En très peu de temps, Square est passé du statut de startup prometteuse à celui d’investisseur. Et, depuis le rachat de Simple par BBVA, Square est devenu la jeune pousse dont on attend qu’elle fasse la première sérieusement concurrence aux banques. Retour sur une rapide ascension et le développement d’une offre au départ rudimentaire, aujourd’hui complétée par des acquisitions assez étonnantes dans le domaine financier. Square vient ainsi d’acheter Caviar, un système de livraison pour restaurants en Californie !

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Créée en 2009 à San Francisco, Square ne proposait d’abord qu’un simple embout qui, enfiché dans un smartphone, permettait de s’en servir comme terminal pour les cartes bancaires (Square Register). Le succès fut pratiquement immédiat et Square a rapidement séduit plus de deux millions de petits commerces qui, jusque là, n’acceptaient pas les cartes.

Square a ainsi lancé le mPos (mobile point of sale). Aujourd’hui, la plupart des banques veulent le développer. Sachant qu’en Europe, les cartes EMV sont beaucoup plus difficiles à utiliser de cette façon, un certain nombre de startups ont relevé le défi. Les plus connues sont iZettle et SumUp. Leur succès est très loin d’égaler à ce stade celui de Square aux USA et au Canada mais les investisseurs sont là et une véritable mini-bulle s’est formée autour des solutions de mPos. Square lui-même, depuis sa création, a levé plus de 400 millions $ (!). Assez donc pour développer son offre, par croissance interne ainsi qu’à travers une quinzaine d’acquisitions déjà à ce jour.

De lui-même, Square a notamment mis sur pieds une plateforme de paiements (Square Cash) et une place de marché en ligne, proposant toutes sortes de produits de consommation courante (Square Market). Ainsi, ce que beaucoup de banques ont été tentées de lancer depuis un peu plus de dix ans, ne rencontrant qu’un succès mitigé, une jeune pousse comme Square l’a retenu comme un axe prioritaire de développement. Square is making commerce easy for everyone, est devenu son slogan, ce qui peut paraître étonnant pour une startup qu’on attend de voir concurrencer les banques – ce qui semble effectivement être le cas mais pas de la manière dont on l’imagine le plus souvent.

Sur quels axes lancer une banque aujourd’hui ? Si l’on suit Square : en prenant pour cible les TPE et en favorisant le commerce à l’échelle locale, pour le connecter au niveau global (« with everywhere »). Fournir des services de paiement et, en même temps, être un agrégateur d’offres et de services en ligne.

En accompagnement de Square Register, sont ainsi développés des outils d’aide à la gestion de flux, au suivi d’activité, au marketing. Square ne s’est pas lancé dans les crédits de trésorerie classiques mais propose des avances en fonds de roulement. L’important n’est pas tant d’offrir des produits propres que d’être immédiatement présent dans l’activité même de ses clients avec des solutions nouvelles – ne pas être unique, exclusif d’autres fournisseurs de produits et services financiers mais être quotidien ; être immédiat en faisant naître de nouveaux besoins, de nouvelles attentes. Ce que les banques n’ont justement pas su faire en matière de paiements, se contentant de fournir des outils de traitement mais n’explorant pas ce que les paiements recouvrent finalement : l’activité même des entreprises. Square, lui, entend capitaliser sur la mise à disposition de terminaux de paiement commodes, sur mobile et sur IPAD (Square Stand) en y greffant des offres couvrant les activités sous toutes leurs facettes. En ce sens, ses investissements lui permettent d’acquérir des services qui pourront être proposés aux TPE.

Caviar ainsi n’est pas seulement un livreur. La société a surtout élaboré un outil commode et optimisé de commandes, transposable à d’autres commerces demain et permettant dès aujourd’hui à des restaurants qui n’y auraient jamais songé, de faire livrer leurs produits. Parmi les autres acquisitions, on trouve aussi Bookfresh (un outil en ligne et interactif de gestion de ses rendez-vous pour les TPE), 80/20 (un web designer), Catapult (réalisation de vidéos de présentation pour les entreprises) ou Evenly (un app de gestion de frais à plusieurs pour les particuliers), …

Square déplace les lignes par rapport aux banques classiques et l’on retrouve chez lui une orientation déjà rencontrée chez les investisseurs que nous avons précédemment présentés : l’intégration de services et d’offres. La conviction qu’une banque ne peut plus se limiter à un périmètre défini de produits mais qu’elle a forcément une vocation beaucoup plus large dans un monde dématérialisé. Permettre à ses clients d’accéder à de nouveaux marchés, contribuer directement au développement de ces derniers. Rendre effectivement le commerce plus facile à tous. La valeur ajoutée bancaire sera-t-elle surtout là demain ? A suivre Square, en tous cas, les contours du champ des activités bancaires seront de plus en plus effacés. L’important sera de trouver une cible, encore mal servie par rapport à ce qu’il serait possible de lui proposer et, à partir d’elle, gagner les autres clientèles de proche en proche en définissant de nouvelles offres.

Une jeune pousse comme Square peut sembler courte en ressources pour un tel positionnement mais, aussi bien, puisque il s’agit d’inventer de nouvelles offres, une startup est peut-être plus apte à le faire rapidement qu’un grand groupe. En tous cas, il serait trop limité de croire qu’un tel positionnement ne convient qu’à une startup.  Nous verrons en effet prochainement que, désormais, à travers leurs investissements, quelques grandes banques ne semblent plus penser très différemment.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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