Ces deux établissements ont en commun de s’être lancés dans une série d’acquisitions devant leur permettre de développer des offres innovantes. Aussi surprenant qu’il puisse paraître, ce n’est pas si fréquent parmi les grandes banques. Cela mérite donc qu’on s’y arrête, dans la mesure où BBVA et BofA illustrent, chacune à sa façon, la réactivité dont peuvent faire preuve actuellement les banques, dans un contexte où leurs métiers de base et leur positionnement n’ont sans doute jamais été aussi remis en question.

D’un côté, voici donc BBVA, certainement l’une des banques les plus innovantes aujourd’hui, dont la capacité à lancer de front de multiples solutions nouvelles est remarquable. En ce domaine, l’établissement espagnol peut même prétendre à un certain leadership. On peut en effet interpréter ainsi son rachat de Simple, point sur lequel nous ne reviendrons pas ici car BBVA compte surtout sur ses propres ressources, complétées par des acquisitions et investissements peu nombreux mais ciblés : SumUp, le leader du mPos en Europe, Socialpoint, qui développe des jeux sur mobile et réseaux sociaux, Traetelo, une place de marché en ligne (pour l’Amérique latine), Mythos qui permet aux PME de vendre sur des plateformes de e-commerce, Strands Labs pour la définition d’offres personnalisées en retail banking. L’ensemble fournit un panorama assez complet, mondial et maitrisé des nouvelles approches bancaires qui prennent forme. Il fait de BBVA non pas la banque de demain peut-être mais d’ores et déjà une banque qui ne ressemble plus aux autres. Car si d’autres investissent l’une ou l’autre de ces approches, BBVA les développe toutes ensemble avec une vraie vision et une forte volonté d’innovation.

D’un autre côté, voici Bank of America, l’une des premières banques américaines, dont les pertes, au cours de son histoire, comme les amendes, encore aujourd’hui, ont pu atteindre des montants à sa hauteur : celle d’un mastodonte. BofA porte aujourd’hui une série d’acquisitions et d’investissements pas toujours très lisibles dans le détail (Panera Bread, Plastic Logic) mais dont l’ensemble à ceci de surprenant qu’il dessine une stratégie très comparable à celles de… Square ou d’Intuit. BofA a d’ailleurs développé des partenariats avec ce dernier et a été la première à élaborer une solution de mPos en riposte à celle de Square. Mais cela va plus loin que cela. Le groupe bancaire semble avoir intériorisé à ce point la menace de la startup qu’il a fini par s’aligner sur sa stratégie : prendre les TPE pour fer de lance, jouer sur l’articulation local/global, élaborer une chaine continue de solutions et de services allant des paiements jusqu’aux places de marché. Etre celui, enfin, qui avec les nouvelles technologies va tout simplifier et offrir de nouvelles opportunités. Cela a d’ailleurs toujours été la vocation propre de BofA, laquelle créa dès 1959 ce qui allait s’appeler seize ans plus tard Visa.

Aujourd’hui, Bank of America est investie dans le Cloud et le commerce en ligne (Fanatics, Oversee), les solutions « voice on IP » (Sylantro System, Birch Communication), le marketing digital (Acknowledge), les centres de données pour PME (Ascent Corp) et le Big Data (Yodlee), les enquêtes en ligne (Survey Monkey), le PFM et les outils de facturation (Bill.com). A quelques exceptions près, comme les financements dans la santé (Care Payments), tous ces investissements ont une dominante : ils définissent autant de nouveaux services qui pourront être proposés aux entreprises. Ainsi qu’autant de solutions que la plupart des banques regardent encore avec atermoiements, suspicion ou, pire, manque d’imagination – particulièrement en France, où les banques restent très marquées par une culture d’ingénieurs, à l’aise avec l’innovation dès lors qu’elle est technique (NFC, mPos, …) mais plus embarrassée s’il s’agit d’imaginer de nouveaux marchés.

Seulement il ne s’agit plus ici de se demander si de nouvelles approches vont permettre à quelques startups de bouleverser le marché. Il s’agit plutôt de savoir si, coincées entre les nouvelles approches de startups comme Square et celles d’un établissement disposant de la force de frappe de BofA, les autres banques auront un autre choix que de s’aligner, avec un retard pour nombre d’entre elles, qui pourra leur être fatal.

On n’imagine en général qu’un seul schéma de rupture : l’innovation au profit de jeunes pousses, voire d’un établissement moyen et énergique comme BBVA. Mais le schéma le plus redoutable serait celui voyant l’innovation devenir le propre d’un mastodonte.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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