Les nouvelles facettes de la désintermédiation : l’amorçage des startups, avec et sans les banques. Entretien avec Xavier Milin.

C’est avec Xavier Milin que nous poursuivons notre enquête sur la désintermédiation bancaire, c’est-à-dire le fait, pour des entreprises, d’accéder au crédit ou à des financements directs, sans passer par des banques. On parle également en ce sens de « débancarisation ».

Ancien Directeur Administratif et Financier du groupe SAGE(1), Xavier Milin est  intervenu, à ce titre, dans la reprise de plusieurs dizaines d’entreprises. S’appuyant sur ces expériences, il a créé Basics Finance, société spécialisée en accompagnement dans la gestion financière d’entreprises (DAF à temps partagé…). Il accompagne des startups, notamment FinTech, au travers de plusieurs structures d’incubation, de financement et des business angels dont, entre autres, Dauphine Business Angels, Paris&Co et le Start-up Leardership Program. Ce denier, dont Xavier Milin en est l’un des cofondateurs, apporte son aide à des entrepreneurs au travers de formations et du mentorat.

Cet entretien apporte un double éclairage sur les nouvelles facettes de la désintermédiation. D’une part sur les nouvelles tendances de désintermédiation (nées des startup Fintech), d’autre part sur l’intérêt de la désintermédiation dans le financement de l’amorçage des start-up.

Quelles stratégies pour les objets connectés?

Les objets connectés sont à la mode. Et les prévisions annoncent qu’ils représenteront un marché de 500 millions € en France dès 2016, qu’on en comptera 4,9 milliards dans le monde dès cette année et 30 milliards en 2020. La seule certitude est que les objets connectés vont se répandre. A un horizon sans doute nettement plus long que ce qu’on imagine (c’est une loi du genre), ils deviendront probablement d’un usage courant, quotidien.

Les banques n’ont pas tardé à s’intéresser à ces nouveaux objets et d’abord aux Google Glasses. Néanmoins, Google ayant récemment annoncé le quasi abandon de ces dernières, l’intérêt s’est aujourd’hui reporté sur les montres connectées, les autres objets (les casques de réalité virtuelle par exemple) sollicitant moins l’imagination ; quoiqu’en Australie, Heritage Bank ait annoncé le lancement d’un costume dont l’une des manches sera équipée d’une puce de paiement.

A quoi a-t-on affaire en l’occurrence : à de simples gadgets ou à de vraies stratégies d’innovation ?

Ces banques françaises qui innovent mais ne tiennent pas trop à ce que cela se sache!

C’est un phénomène bien français que l’on rencontre chez un certain nombre de banques : lancer quelque chose de nouveau mais sans que cela se voit trop. Nous l’avions déjà signalé à propos de la plateforme Spear. Parmi bien d’autres exemples, les jeux et surtout le développement de la vidéo sur les sites des établissements, en fournissent une autre illustration patente et assez problématique car si c’est là une tendance nette – beaucoup de banques ont créé leur chaine YouTube désormais – il n’est pas sûr que vous vous en soyez rendu compte ! Petit tour d’horizon.

La Caisse d’épargne Loire Centre bouscule la communication bancaire

Nous le répétons souvent : en France, la banque de détail s’invente aujourd’hui surtout en Province. C’est parmi les banques mutualistes régionales, en effet, que l’on trouve souvent les innovations les plus intéressantes. La Caisse d’épargne Loire Centre en fournit un bon exemple, en adoptant sur son site une présentation tout à fait nouvelle pour une banque.

Quand les banques françaises font le pari de la solidarité.

Cela peut paraître anecdotique mais, sur le site du Crédit Agricole Brie Picardie, on trouve une page « J’ai un coup dur ». Il n’y a rien là de très bouleversant : la page indique simplement la marche à suivre pour que la banque se porte caution locative, pour puiser dans son épargne de précaution ou pour faire jouer ses assurances. Cependant, le regroupement de telles démarches, vis-à-vis desquelles on attend effectivement une assistance rapide et sans faille de sa banque, est assez intéressant. Avec son titre un peu dramatique (« j’ai un coup dur »), la page souligne la proximité et la réactivité vis-à-vis des clients et cela marque une tendance assez forte aujourd’hui au sein des banques françaises. Une tendance qui recouvre elle-même un choix stratégique décisif.

Les principales banques françaises commencent à perdre des clients.

La tendance était déjà nette fin 2013 et les premières estimations 2014 la confirment : toutes ensemble, les principales banques de détail françaises perdent des clients, tandis qu’entre elles des divergences fortes commencent à apparaître quant aux gains et pertes de clientèle, ce qui n’était guère le cas jusqu’ici. Petit tour d’horizon.

Tradeshift, la première startup qui distance vraiment les banques.

Cela fait des années que nous le soulignons : la dématérialisation représente un axe majeur de l’évolution des paiements et, partant, des activités bancaires. Toutefois, la plupart des banques ont beaucoup de mal à le comprendre. Une place aurait pu ainsi leur revenir en ce domaine, qu’occupe désormais une startup créée en 2010 au Danemark, qui est aujourd’hui le réseau BtoB qui connait la plus forte croissance au monde : Tradeshift.

La jeune pousse PayTop invente… euh… rien!

En France, on aime bien les startups en général et les jeunes pousses financières en particulier. Récemment, la presse présentait ainsi très favorablement Paytop, un établissement de paiement spécialisé dans les transferts internationaux d’argent, lancé par le fond Truffle Capital et l’ancien ministre de l’Economie numérique Eric Besson, avec le soutien de la BPI/Oséo.

paytop

Innovations bancaires : quoi de neuf ?

Le Groupe BPCE s’intéresse aux Google Glass. Les Caisses d’épargne y voient d’abord un outil commode de capture de documents avant stockage dans le coffre-fort électronique qu’elles proposent. Les Banques populaires tentent plutôt de s’en servir pour enrichir l’expérience d’achat et y développer la consultation de compte et les virements. Les Caisses d’épargne prennent les Google Glass sous une direction particulière : la gestion de documents dématérialisés, qui transforme la notion même de compte et de services bancaires. Les Banques populaires adaptent leur offre courante à un outil nouveau qui n’est même pas encore commercialisé. Les Caisses d’épargne innovent et les Banques populaires ont des chances d’être prêtes quand les Google Glass seront devenues d’un usage courant, si elles le deviennent mais quand les offres bancaires, elles, pourraient bien avoir beaucoup changé.

Pourquoi les banques se laissent-elles distancer par Dropbox?

A partir de 2005, en France, un certain nombre de banques ont lancé des solutions de coffre fort numérique ; une offre vis-à-vis de laquelle elles pensaient pouvoir bénéficier d’un fort capital de confiance chez leurs clients et qui rencontra pourtant un échec. En septembre 2013, les Caisses d’épargne ont relancé la formule avec un coffre fort numérique « intelligent ». Un million d’utilisateurs sont visés d’ici 2015 – le même nombre que Digiposte, la solution de la Poste, aujourd’hui – ce qui représente une perspective mesurée, alors qu’internet est devenu le premier canal d’accès et d’interaction des clients avec leur banque.

Pourquoi les coffres forts numériques proposés par les banques ne marchent-ils pas mieux ?