Psychanalyse des clients des banques

Dans le domaine bancaire, beaucoup des grands rapports qui sont inlassablement publiés sont décevants. Ils n’apportent pas grand-chose et, à cet égard, il sera difficile cette année de battre celui publié par Bacs en mars 2016 (Why people don’t switch current account). A contrario, en octobre dernier, Wincor Nixdorf et Opinion Way livraient une surprenante étude sur la fréquentation des agences bancaires qui, interrogeant les clients des banques françaises, faisait apparaître un véritable « retour du refoulé », comme disent les psychanalystes. Des éléments qui permettent de répondre à la question que pose justement le premier rapport : pourquoi, alors qu’on a tout fait pour le faciliter, si peu de clients changent de banque ?

Pourquoi est-il si difficile de tenir compte de la multibancarisation des clients?

Selon la dernière enquête annuelle Deloitte, menée en mai 2015 auprès de 3 292 clients particuliers des banques françaises, 32 % parmi ces derniers sont prêts à ouvrir un compte auprès d’acteurs non bancaires, comme les opérateurs téléphoniques. Ils n’étaient que 29 % en 2014. De tels chiffres paraissent particulièrement menaçants pour les banques et c’est ainsi qu’ils sont interprétés. Cependant, la menace n’est pas si forte si l’on prend en compte une réalité évidente : la multibancarisation des Français. Or c’est ce qu’on a beaucoup de mal à faire !

Les principales banques françaises commencent à perdre des clients.

La tendance était déjà nette fin 2013 et les premières estimations 2014 la confirment : toutes ensemble, les principales banques de détail françaises perdent des clients, tandis qu’entre elles des divergences fortes commencent à apparaître quant aux gains et pertes de clientèle, ce qui n’était guère le cas jusqu’ici. Petit tour d’horizon.

Multibancarisation et portabilité du compte bancaire

La mesure est défendue par les associations de consommateurs comme l’UFC-Que choisir et rallie apparemment les clients des banques (à 64% en France) ; elle a été récemment reprise par un député socialiste. Elle va dans le sens d’une plus grande mobilité bancaire, favorisant elle-même, avec le passage facilité des clients d’un établissement à l’autre, la concurrence entre banques : comme l’on peut conserver son numéro de portable en changeant d’opérateur téléphonique, on pourrait faire de même avec son numéro de compte en changeant de banque. Des solutions de « portabilité bancaire » ont ainsi été développées en Suède ou aux Pays-Bas.

Tenir compte de la multibancarisation.

Dans notre avant-dernier billet, nous avons souligné que les données disponibles invitent à considérer que la multibancarisation (être client de deux banques ou plus) concerne au moins une majorité de Français et qu’en même temps, le churn ou taux de perte de clients reste faible (de 3% à 3,5% par an en moyenne). Les Français, en d’autres termes, s’ils quittent peu leur banque, n’en ouvrent pas moins d’autres comptes ailleurs, avec une tendance à spécialiser les établissements en fonction de leurs différentes offres. Un couple, ainsi, aura son compte principal dans une banque et les comptes d’épargne de ses enfants dans une autre, tandis qu’il ouvrira encore un compte dans une troisième pour profiter d’une offre spéciale : un livret d’épargne attractif, un abonnement de télésurveillance, … Au simple vu du nombre de clients qu’enregistrent les banques, il faut croire qu’une telle situation est commune. Pourtant, on n’en tient pas assez compte.