Quel avenir pour Le Village by CA, l’incubateur du Crédit Agricole? (MAJ : la réaction du Crédit Agricole)

La question peut paraître saugrenue alors que Le Village n’a pas encore fêté sa première année. Elle ne doit en tous cas nullement laisser entendre qu’il s’agit d’un échec car c’est vraiment tout le contraire ! Une pépinière en plein cœur de Paris, capable d’accueillir jusqu’à 100 startups (plus d’une cinquantaine aujourd’hui) ayant moins de 36 mois d’existence et qui devrait prochainement trouver plusieurs prolongements en Province avec les Caisses régionales du Crédit Agricole. D’emblée, Le Village a été conçu avec ce qu’il faut appeler un grand respect de l’esprit d’innovation, privilégiant l’envie des créateurs plus que leurs business plans et se voulant laboratoire et non pas label ; se définissant comme une « zone de frottements constructifs », entre jeunes pousses, monde de la banque et des partenaires aussi variés que Bearing Point, Microsoft ou Sanofi. Pourquoi, cependant, le prix « Innovation et mutualisme », créé par la Caisse locale Paris Concorde du Crédit Agricole d’Ile-de-France pour récompenser les locataires du Village, ayant récemment été décerné à la startup Mille Pépites, donne-t-il fortement l’impression que quelque chose manque ?

Les nouvelles facettes de la désintermédiation : l’amorçage des startups, avec et sans les banques. Entretien avec Xavier Milin.

C’est avec Xavier Milin que nous poursuivons notre enquête sur la désintermédiation bancaire, c’est-à-dire le fait, pour des entreprises, d’accéder au crédit ou à des financements directs, sans passer par des banques. On parle également en ce sens de « débancarisation ».

Ancien Directeur Administratif et Financier du groupe SAGE(1), Xavier Milin est  intervenu, à ce titre, dans la reprise de plusieurs dizaines d’entreprises. S’appuyant sur ces expériences, il a créé Basics Finance, société spécialisée en accompagnement dans la gestion financière d’entreprises (DAF à temps partagé…). Il accompagne des startups, notamment FinTech, au travers de plusieurs structures d’incubation, de financement et des business angels dont, entre autres, Dauphine Business Angels, Paris&Co et le Start-up Leardership Program. Ce denier, dont Xavier Milin en est l’un des cofondateurs, apporte son aide à des entrepreneurs au travers de formations et du mentorat.

Cet entretien apporte un double éclairage sur les nouvelles facettes de la désintermédiation. D’une part sur les nouvelles tendances de désintermédiation (nées des startup Fintech), d’autre part sur l’intérêt de la désintermédiation dans le financement de l’amorçage des start-up.

Et si les banques en ligne décollaient vraiment?

A l’occasion de la fin d’année, les pronostics 2015 qui ont été formulés pour les banques françaises avaient un air certain de déjà vu. En gros, face à l’invasion numérique et face à la menace que les grands de l’internet et les fintech ne viennent chasser sur leurs terres, les banques doivent contre-attaquer. 2015 devrait être ainsi l’année des banques pure players en ligne et sur mobile. On disait pratiquement la même chose il y a cinq ans !

Certes, plusieurs banques en ligne pure players étaient en pertes fin 2013 et le resteront visiblement fin 2014. Certes, les banques en ligne ne concentrent que 7% des comptes courants et à peine plus de 2% des Français ont leur compte principal chez l’une d’elles. Toutes ensembles, les banques en ligne françaises ne séduisent que 2 millions de clients, contre 2,8 millions en Italie et 12 millions en Allemagne et Autriche réunies. Mais un compte courant sur trois s’ouvre désormais chez une banque en ligne et l’année 2015, sûrement, sera la bonne, nous assure-t-on. Et si l’on regardait les choses d’un peu plus près ?

En 2015, les banques françaises découvriront-elles les Peer Reviews?

Lorsqu’on a un peu trop souvent du mal à équilibrer son budget. Lorsqu’on a l’impression de dépenser trop dans un domaine. Lorsqu’on voudrait économiser un peu plus sans y arriver, on se pose inévitablement la question : comment font les autres ? Les Peer Reviews ont justement pour objet d’y répondre, en indiquant comment en moyenne gèrent leur budget ceux qui nous ressemblent en termes de revenus, de situation géographique ou familiale, etc. Dans les pays anglo-saxons, notamment, les banques les développent volontiers et le public les demande. Pourquoi, dès lors, les banques françaises les ignorent-elles à peu près totalement ?

Le crowdfunding : menace ou opportunité pour les banques?

Pourquoi la Royal Bank of Scotland envisage-t-elle aujourd’hui de créer sa propre plateforme de crowdfunding ? Pourquoi BNP Paribas s’est engagée dans des partenariats avec WiSEED et Ulule et la Banque Postale avec KissKissbankbank ? Le crowdfunding, plutôt qu’une menace pour les banques, ne serait-il pas au contraire une opportunité pour celles qui s’y intéressent ? Pour les banques, le crowdfunding représente un complément de gamme plus qu’intéressant.

The Bancorp, passager clandestin de l’innovation bancaire.

Ceux qui s’intéressent à l’innovation bancaire ont entendu parler de The Bancorp, la banque sur laquelle s’appuyait notamment Simple en termes de produits et de services bancaires jusqu’à son récent rachat par BBVA. Mais, sur The Bancorp, on trouve très peu d’analyses. En français, il faut passer la 10° page de Google pour une brève mention sur le site C’est pas mon idée ! Même les analystes anglo-saxons des évolutions bancaires, comme Chris Skinner ou Jim Marrous, n’en parlent pratiquement pas. Et pourtant…

bancorp

L’avenir de la banque de détail s’invente en Province

Par les temps moroses qui courent, il serait opportun de se rendre compte que la banque de détail est l’une des grandes réussites françaises. Certes, un certain discours « antibanques » s’est généralisé depuis le début de la crise, qui confond allègrement banque de proximité et banque de marché et qui ne permet guère de le faire entendre facilement. Mais, surtout, pour le voir, il convient de plonger un peu dans les liasses fiscales – s’intéresser notamment au résultat courant avant impôt, avant éléments exceptionnels et avant reprises de provisions, qui donne la meilleure mesure de la rentabilité intrinsèque des établissements. Et puis, il faut dépasser la notion de groupe. Il faut aller en Province – c’est-à-dire, essentiellement, au niveau des banques mutualistes régionales.

Zopa, Prêt d’Union, … Le crowdlending en question.

Ils ont trouvé des noms excellents : Zopa (« Zone of possible agreement »), « Prêt d’union » – il y en a d’autres. Ils ont séduit les investisseurs (Prêt d’union aurait réalisé la plus grosse levée de fonds pour une startup internet en 2011 en France) et leur décollage se confirme aujourd’hui : les sites de crowdlending (le crédit direct prêteur/emprunteur qui ne passe pas par les banques) ont le vent en poupe.

La presse s’intéresse à eux et même les politiques – mais, dans ce dernier cas, est-ce vraiment bon signe ? Derrière la faveur médiatique pointe l’attente du « grand soir » qui verra disparaitre les banquiers. Un ressentiment devenu assez commun qui profite aujourd’hui à tout ce qui est financier, en ligne et hors banque, même si c’est assez souvent au prix d’une ignorance crasse de ce à quoi servent les banques et comment elles fonctionnent.

Quoi qu’il en soit, Zopa et Prêt d’Union (deux initiatives très proches) méritent bien un détour…