Que faire de Fidor?

Acquise par BPCE en juillet 2016, la néobanque allemande Fidor n’a été lancée en France qu’en juin dernier sous une version qui ne propose même pas de services financiers et avec une discrétion qui n’a pas manqué d’attirer l’attention. Selon Le Monde, de mauvaises surprises (des placements risqués et des pertes devant être compensées en conséquence) chez sa filiale auraient beaucoup refroidi l’enthousiasme de BPCE. Mais cette dernière semble surtout hésiter quant au modèle de développement que Fidor doit adopter. Ce qui recouvre une question intéressante : que peut être une « nouvelle banque » aujourd’hui ?

Fintech : les licornes ne sont pas celles qu’on attendait !

Il y a cinq ans, la banque de demain semblait entièrement entre les mains de quelques néobanques qui, à travers une offre simplifiée, clarifiée et innovante, allaient, imaginait-on, ravir leurs clients aux banques classiques – exerçant une concurrence comparable à celle d’Airbnb face aux hôtels ou de Uber face aux taxis. On l’attendait d’autant plus qu’on croyait – on croit toujours – les clients des banques impatients d’en changer, dans un contexte où l’image des établissements était il est vrai au plus bas.

Pourtant, rien de tel n’est arrivé. Tandis que certaines startups, très peu en visibilité, ont effectivement prospéré – quelques-unes de manière insolente. A croire que quant aux modèles de la banque de demain, on s’est complètement trompé !

La banque de demain sera-t-elle nécessairement fun?

Dans un récent billet sur son blog C’est pas mon idée !, Patrice Bernard présente la startup australienne (créée en 2012) Moroku. Celle-ci, qui travaille déjà avec ASB ou DSK Bank, vient de nouer un partenariat avec l’éditeur de progiciels bancaires Misys. Elle introduit une dimension de ludification dans les applis bancaires. Ayant eu à considérer de près, dans le cadre de nos activités, cette jeune pousse, quasiment inconnue en France, dont l’approche est aussi ambitieuse que radicale, il nous semble qu’elle mérite bien un complément d’éclairage.

Le conseil aux clients en question

Alerte sur le conseil aux clients tel qu’il est couramment dispensé par les banques, c’est-à-dire pour l’essentiel à travers un contact direct et des notices explicatives ! Ce dispositif peut-il encore paraître suffisant ? Selon l’Observatoire Ipsos Banques Assurances 2016, 16% seulement des Français disent avoir besoin de l’expertise de leur banquier et 50% s’accommodent de ne jamais le voir en personne. S’il ne s’agit pas, au vu de tels chiffres, de céder au fantasme d’une grande rébellion des clients des banques, provoquant leur migration prochaine et massive vers de nouveaux acteurs, il faut au moins reconnaître que les attentes en matière de conseil ont changé. Aux USA, Wells Fargo constate que, parmi ses clients âgés de 25 à 35 ans, seuls 16% ont recours à un conseiller. Face à des comportements changeants, cependant, très peu de banques explorent de nouvelles dimensions en matière de conseil. Petit tour d’horizon.

Quelles stratégies clientèles pour néo-banques et fintech?

Après Atom, voici deux nouvelles banques anglaises : Starling et Monzo, les deux derniers établissements à avoir obtenu une licence. Deux néo-banques, comme on les appelle désormais, en cours de constitution et dont la stratégie est intéressante ; à ce point qu’on peut se demander si elle ne préfigure pas celle que vont adopter, pour survivre, la plupart des fintech.

Nestor, une « néo-banque » qui laisse perplexe

La mutuelle d’assurance MAIF a annoncé le lancement grand public, en novembre prochain, de Nestor, un agrégateur de comptes. Il s’agira donc d’une appli offrant la possibilité de regrouper et de suivre tous les comptes bancaires dont on dispose et qui fournira une assistance à leur gestion, telles que des alertes sur découvert. Il n’y a rien là de nouveau, puisque c’est ce que proposent les outils de Personal Finance Management (PFM) de jeunes pousses, comme Bankin’, ou d’établissements comme Boursorama (Nestor devrait d’ailleurs utiliser la solution Linxo, déjà présente notamment chez Fortunéo). Mais c’est le choix, par la MAIF, d’entrer sur le marché bancaire à partir d’une telle solution qui est innovant – ou plutôt qui pourrait l’être.

Jusqu’où iront les banques en matière d’aide aux décisions d’achat?

Vous êtes en train d’essayer un vêtement dans une boutique et vous vous demandez s’il vous va vraiment. L’appli AskAnna vous propose immédiatement une réponse, en faisant appel à toute une communauté de passionnés de la mode et d’experts (stylistes, bloggeurs, …). L’appli joue en somme le rôle de la « bonne copine ». Cela peut paraitre une curiosité. A moins que ne s’annonce là un bouleversement majeur du marketing, auquel les banques n’échapperont pas non plus.

Innovation financière: et si c’était les clients qui étaient en retard?

Dans un récent et stimulant billet, Ron Shevlin pose cette question : ce qu’attendent les clients des banques de détail compte-t-il vraiment ? Les enquêtes d’opinion, en tous cas, n’apprennent en général que des banalités, note Shevlin. Une large majorité veut un service clients de qualité. Beaucoup de banques sont-elles convaincues du contraire ?! Comment les clients pourraient-ils véritablement savoir ce qu’ils veulent de nouveau tant que cela ne leur est pas proposé ? La question est pertinente. Avant, on pouvait vouloir écouter de la musique en faisant du jogging ou emprunter de l’argent à d’autres particuliers sans en demander aux banques mais personne, avant leur apparition, ne voulait précisément le walkman ou le crowdfunding ; à ce point que, dans le cas du walkman, les études de marché étaient plutôt défavorables, ce dont Akio Morita, le patron de Sony, se moqua. On pourrait en tirer ce principe : en matière d’innovation, les clients sont toujours en retard ! Et, pour les innovations financières, cela changerait assez la manière dont on voit actuellement les choses.

Orange lance sa banque. Quelle drôle d’idée!

Il y a quelques jours, les pays de l’Union du Maghreb Arabe ont créé une banque commune d’investissement et de commerce extérieur, la BMICE, dont la création avait été décidée en… 1991 et les statuts signés en 2006. Une banque née avec 25 ans de retard donc. La banque Orange évoque un peu la même chose. On croirait un projet du début des années 2000, quand tout le monde voulait se lancer dans la banque, qui ne serait réalisé qu’aujourd’hui. Mais autant, pour la BMICE, mieux vaut tard que jamais, autant, dans le cas d’Orange, on a envie de demander si c’est vraiment sérieux ! Car qui attend une nouvelle banque aujourd’hui ?