Nous publions une cartographie internationale des startups les plus connues, les plus importantes (en taille et en levées de fonds) et les plus innovantes dans le domaine des services financiers. Ces trois critères ont permis de retenir 101 entreprises, pour chacune desquelles une présentation est fournie.

Afin que le paysage soit complet,  beaucoup d’autres sont également mentionnées, des marchés financiers aux transferts d’argent, de l’épargne en ligne aux supermarchés bancaires, du crowdlending au PFM et du Big Data au micro-lending.

Dresser une cartographie des solutions innovantes en matière financière, c’est bien sûr sonder la « relève » par rapport aux offres actuelles des banques et des autres institutions financières. Et de ce point de vue, des tendances fortes, en effet, apparaissent : centricité client avec les outils de PFM, relations personnalisées avec le Big Data, nouvelles méthodes d’identification des clients, le mobile comme premier point de contact et moyen de paiement. Tout cela est aujourd’hui testé et approfondi par un grand nombre de jeunes pousses. Pour autant, c’est le premier constat qui ressort d’une cartographie internationale, la vraie innovation – celle qui découvre en même temps qu’elle invente et finit par trouver une direction qu’elle ne soupçonnait pas – est assez rare.

Sans doute la plupart des startups n’auront-elles d’autres choix que de vendre leurs solutions aux banques et beaucoup, en fait, ne semblent viser rien d’autre. Cela pousse un certain nombre d’entre elles à adopter un régime d’innovation comme bridé. Aller où les autres sont déjà assez nombreux (PFM, Paiements), pour être facilement lisible. Y ajouter un ou deux éléments différentiants, pour être immédiatement visible. Se concentrer sur un segment, une fonction, sans chercher à l’élargir. Ne pas trop innover, en d’autres termes, pour être plus vendable ; ne pas paraitre se disperser, ne pas effrayer. S’accrocher à une orientation unique. Tenter d’occuper une niche.

Si l’on ajoute à cette attitude, celle des nombreux « usuriers new look » (micro-prêts) qui, affichant un noble souci de lutte contre l’exclusion financière, pratiquent des conditions très élevées, développent des scorings intrusifs et ne font finalement jamais qu’appliquer l’adage voulant que c’est à ceux qui ont le moins qu’on peut prendre le plus, un grand nombre d’innovations actuelles sont loin de faire ombrage aux banques.

Beaucoup attendent que des startups prennent la place des banques les mieux installées. Cependant, un état des lieux de l’innovation financière ne le confirme pas –  pas de manière nette en tous cas. Certes, parmi les nouveaux acteurs, certains ont su en très peu de temps occuper une place conséquente : Lending Club dans le crowdlending par exemple, aussi bien qu’eToro dans le trading social ou WealthFront dans le conseil en gestion. Surtout, des jeunes pousses ont su très vite acquérir une dimension industrielle : Meninga, SumUp, Strands, Yodlee, Cardlytics, Perfectsen, … Les banques devront faire avec ces nouveaux arrivants. Mais l’ambition de ces derniers n’est pas de remplacer les banques. Et quant aux nouvelles banques, seules l’Allemande Fidor et peut-être la Hollandaise Knab semblent favoriser l’émergence d’une clientèle nouvelle qui pourrait leur permettre de s’imposer à une assez large échelle – mais tel n’est pas le cas de Moven ou de Simple, dont les approches paraissent finalement bien trop limitées.

Pour autant, ce n’est pas tant l’apparition de nouveaux concurrents qui doit soucier les banques que certaines évolutions déterminantes. Car, qu’il s’agisse du crowdlending automatisé de Lending Robot, des crédits prépayés de Clearbon, de l’affacturage en ligne d’eDebex et de Maket Invoice, le portefeuille électronique de Droplet ou le conseil en gestion d’iQuantify, les lignes se déplacent. Les façons de faire se modifient : le courtage en ligne avec Motif Investing, le trading algorithmique avec QuantConnect, les tontines avec Puddle, le financement de fonds de roulement avec Can Capital, le règlement de factures avec Licuos et The Receivables Exchange, la bancarisation avec Think Finance, …

Et les plus inventives des startups jettent des passerelles : Chirpify dans les réseaux sociaux, Mineral Tree dans les paiements, BillGuard dans le PFM et Ayannah avec les transferts des migrants, tandis qu’Holvi conjugue place de marché, e-paiements et PFM.

Derrière tout cela, des évolutions déterminantes se dégagent : il n’est plus besoin des banques pour réaliser des paiements, c’est un élément clé. Et quant au conseil financier, il devient comparatif, crowdsourcé, partagé, portant l’émergence de véritables supermarchés financiers capables de peser sur les offres des banques – de premiers exemples sont apparus. Au total, dans le domaine financier, la relation client est réinventée, les attentes deviennent autres et c’est cela qui menace le plus les banques, si elles ne savent pas le reconnaitre et le comprendre.

Mais ceci, il est vrai, diffère fortement entre les pays. Et, sous une perspective internationale, force est de reconnaître que les jeunes pousses françaises font pâle figure. Elles sont sous-investies pour la plupart et n’attirent pratiquement pas d’investisseurs étrangers – il faut dire qu’elles se plient peu aux exigences d’une communication internationale, comparées aux Scandinaves et aux Allemandes, bien plus capables de réunir rapidement de gros moyens. Soutenues par d’assez nombreux relais publics, les startups françaises semblent néanmoins souffrir d’une frilosité tant des investisseurs que du grand public. Faiblement dotées, elles semblent souvent au mieux destinées à travailler en marque blanche pour des banques qui, pour les plus importantes, ne se décident cependant pas à les appeler.

Pourtant, les meilleures idées sont souvent en France, comme les schémas les plus efficients. Spear, KiosqtoInvest, Capital Koala et d’autres n’ont guère d’équivalents internationaux. Si notre cartographie permet de s’en rendre compte, ce sera déjà beaucoup.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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