Dans une récent Flash Economie de Natixis (29 mars 2019), Patrick Artus affirme que la désintermédiation des financements sera une conséquence inévitable de l’affaiblissement des banques, si la situation actuelle se poursuit. Il faut entendre par là que les banques seront de moins en moins capables de financer l’économie, de sorte qu’entreprises et particuliers devront se tourner vers d’autres prêteurs… qui pour le présent n’existent quasiment pas !

Avec la faiblesse des taux d’intérêt et la détention d’encours très importants d’actifs au rendement faible (liquidités, dettes publiques, …), la profitabilité des banques de la zone euro ne cesse de reculer. Elles ont désormais une rentabilité du capital inférieure à son coût.

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En zone euro, les banques détruisent ainsi de la valeur. Elles ne peuvent donc se développer ni attirer les investisseurs. Cela ne peut conduire qu’à une contraction du marché bancaire, qui est d’ailleurs engagée.

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Les agents économiques devront donc trouver d’autres financements que bancaires. Ce qui n’est pas forcément une bonne idée, affirme Patrick Artus. Il y a donc nécessité, conclut-il, à améliorer la rentabilité des banques de la zone. A transmettre à la BCE…

Patrick Artus souligne la fragilité croissante des banques européennes par rapport aux banques américaines. C’est pourtant aux Etats-Unis que la désintermédiation joue à plein. En 2018, les crédits à la consommation y ont atteint l’encours record de 138 milliards $, avec une augmentation de 17% sur un an. Et le marché est essentiellement tirés par les prêteurs en ligne – avec en premier lieu les plateformes de crowdlending comme SoFi, Lending Club, … Certes, parler de désintermédiation dans ce cas est assez biaisé car les principaux prêteurs, à travers ces plateformes, sont les banques. Par ailleurs, les crédits ont commencé à être largement distribués aux emprunteurs les plus fragiles, les subprimes, ce qui ne peut manquer d’inquiéter en cas de retournement de conjoncture. Quoi qu’il en soit, les prêteurs en ligne réalisent désormais 38% des crédits à la consommation, contre 5% en 2013. Dans le même temps, la part de marché des banques traditionnelles est passée de 40% à 28%.

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Nous serions loin de pouvoir assister à une telle situation en zone euro car, à la différence des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, les prêteurs en ligne sont peu nombreux et relativement peu développés. Les fintechs positionnées sur ce marché sont finalement peu nombreuses à l’échelle de la zone. Plusieurs raisons l’expliquent (des autorités accordant moins facilement des licences bancaires, le mimétisme des créateurs, largement renforcé par celui des investisseurs, une bien moindre tradition de désintermédiation du crédit, …) mais, de toute façon, sauf à laisser faire n’importe quoi, même si l’on inversait tous ces facteurs, on ne peut imaginer qu’un marché alternatif se développe très rapidement. De sorte que, fragilisant les banques, les taux bas censés favoriser et soutenir la croissance pourraient en fait pousser à une pénalisante raréfaction du crédit. Sans alternative.

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