Cette question va sans doute faire hausser bien des épaules ! Une telle restructuration a été si souvent déjà annoncée… que le paysage de la banque de détail en France a fini par paraître immuable. Pourtant, il y a du nouveau. Car si beaucoup se sont livrés à toutes sortes de pronostics, il faut reconnaitre que les chiffres manquaient assez largement pour les étayer. Ce n’est plus le cas.

Fin 2014, le coefficient d’exploitation (ratio charges d’exploitation/PNB) des 100 premières banques de détail françaises atteignait 60%, marquant une nette progression depuis 2011, où il atteignait 64%.

Dans un contexte difficile, depuis cinq ans, les banques françaises ont su mieux maîtriser leurs coûts de fonctionnement. En employant moins de personnels ou en rendant ceux-ci plus productifs à périmètre équivalent ?

En 2014, un personnel bancaire coûtait (tout chargé) en moyenne 73 272,8 € par an, soit un peu plus qu’en 2013 (72 049,7 €). Mais, en 2014, le PNB moyen par employé atteignait 223 559 €, contre 211 531,6 € en 2012. Il y a donc bien eu un véritable effet de productivité, qu’on ne peut imputer à la seule baisse (par départs en retraite non remplacés) des effectifs – laquelle, de 2012 à 2014, n’a pas dépassé 0,4% en moyenne pour les 100 premières banques de détail françaises. Par ailleurs, le rapport moyen des charges de personnel sur le total des charges d’exploitation est demeuré stable de 2012 (57%) à 2014 (58%).

Part+des+effectifs+dans+la+Banque+de+détail

Ces cinq dernières années, de véritables gains de productivité ont été acquis sur les process et les moyens d’exploitation par les banques françaises. « Les banques françaises » n’est peut-être pas l’expression exacte, cependant. En fait, ces gains ont été acquis très inégalement par les différents groupes d’établissements. Pour l’essentiel, ils concernent en effet le Groupe du Crédit Mutuel et les Caisses du Crédit Agricole – ces dernières affichant désormais un coefficient d’exploitation moyen de 10 à 14 points inférieur à celui de leurs principaux concurrents.

Depuis vingt ans (pour le moins), c’est la première fois que de tels écarts apparaissent dans la banque de détail en France. S’ils se maintiennent et continuent à se creuser, ils forceront bientôt à parler d’une banque à deux vitesses. Dès lors, qu’ils puissent ne pas être suivis d’effets à terme serait contre toute logique économique – surtout, dans un contexte où les modèles de la banque de détail vont devoir largement se réinventer. Au vu des chiffres, en effet, le couplé gagnant semble bien être aujourd’hui : distribution multicanale + fort ancrage local.

On considère souvent qu’en France, la puissance de groupes mutualistes au capital imprenable bloque tout changement d’envergure. Au fond, on avait peut-être simplement manqué d’imaginer que ces groupes puissent être les principaux agents de changement.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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