A ce stade, il n’y a que des éléments épars. On reparle du rachat de Visa Europe par Visa Inc. Mais cela fait l’objet de rumeurs depuis assez longtemps déjà. Visa lance son portefeuille électronique V.me qui, d’emblée, déçoit beaucoup d’observateurs. Quant aux solutions de paiement par mobile, Visa ne fait pas beaucoup l’actualité. On peut tirer de tout cela que la firme peine à avancer dans un domaine des moyens de paiement en ébullition. Mais on peut également faire de ces différents éléments les pièces d’un puzzle qui révélera progressivement l’image d’une stratégie ambitieuse.

La force de Visa, c’est incontestablement la taille de son réseau d’acceptation ; le plus large au plan mondial en matière de paiements. Par ailleurs, Visa émet des cartes de paiement, lesquelles ne sont pas d’un usage tout à fait facile en ligne et sont à même de subir la concurrence de solutions de paiement par mobile, ce qui représente deux challenges à relever. Au delà, l’objectif stratégique global de Visa peut paraitre simple : étendre encore son réseau, notamment dans les pays émergents et l’on concevrait mal, à vrai dire, que Visa puisse ne pas viser un tel objectif !

Mais il est un autre objectif, plus ambitieux, que pourrait poursuivre Visa : valoriser davantage son réseau en mettant directement en contact commerçants et porteurs de cartes et devenir une gigantesque vitrine d’offres en ligne – cela même que certains attendent aujourd’hui de Facebook, de Google ou même de Walmart, que Visa réaliserait sans doute plus facilement – en dégageant ainsi de nouvelles sources de profit. Aujourd’hui, alors que MasterCard a créé sa MarketPlace, Visa n’agit en ce sens qu’à travers des offres réservées aux porteurs de ses différents types de cartes privilèges. Aussi ne voulons-nous pas dire que c’est là véritablement un objectif pour Visa. Nous n’en faisons que l’hypothèse.

Notons toutefois que si cette hypothèse est valide, cela supposerait pour Visa de développer une plateforme d’achat/vente en ligne susceptible de devenir une vitrine pour les commerçants – une sorte d’ITunes estampillé Visa. Mais à la limite, pourquoi limiter l’accès à cette plateforme aux seuls porteurs de cartes Visa ? Elle devrait convenir à toutes les cartes, tout en obligeant, d’une manière ou d’une autre, à passer par Visa. Et bien entendu, il conviendrait que toutes les difficultés liées à l’utilisation des cartes de paiement en ligne soient levées.

Élucubrations ? Mais tout cela, c’est exactement ce que propose V.me ! Et V.me ne propose même que cela, l’appellation de « portefeuille électronique » paraissant assez superfétatoire dans son cas. V.me correspond en fait à l’inscription sur une plateforme, il intègre les cartes de paiement de tous types et affranchit de la nécessité de disposer d’une solution autre qu’une carte de paiement pour régler en ligne ou par mobile – en fait, V.me rend assez inutiles les portefeuilles électroniques, tels que conçus aujourd’hui.

A partir de là, il semblerait assez facile de lui intégrer une fonction de paiement Peer-to-peer et des cartes prépayées. Il ne semblerait pas insurmontable d’y  développer une fonction de paiement de proximité/sans contact (comme la carte PayPass de MasterCard).

Maintenant, comment Visa pourrait-il imposer cette solution ? En s’appuyant sur les banques, qui la proposeront aux porteurs de cartes simplement à l’occasion du renouvellement de ces dernières. Cela parait un peu délicat car les banques proposent déjà leurs propres solutions de paiement en ligne. Mais, d’un autre côté, V.me leur fournit une solution alternative à Paypal.

Les banques doivent donc être prescriptrices et cela n’est pas neutre dans la question de savoir si Visa Inc va racheter Visa Europe … Mais n’allons pas plus loin. Dans le paysage particulièrement embrouillé des moyens de paiement aujourd’hui, nous n’écartons pas la possibilité de nous tromper totalement ! Mais il serait quand même étonnant qu’aucune des hypothèses que nous avons formulées n’ait été envisagée…

P. ADOUX/Score Advisor

Bookmark and Share