C’est le dernier terme à la mode, pour dire « innovation de rupture » et, plus particulièrement dans le domaine financier, pour souligner que les banques pourraient prochainement se retrouver complètement dépassées par l’arrivée de nouveaux acteurs – on pense alors notamment aux grands de l’internet – s’emparant de leurs activités traditionnelles à coups d’innovations radicales. Ce sont là des idées que l’on répète volontiers désormais ; au point d’assurer que les banques seront la sidérurgie de demain, ce que l’on disait il y a plus de vingt ans déjà.

Cependant, si l’on veut bien dépasser un instant les idées à la mode, cette menace que l’on agite d’une Uberisation des activités bancaires permet également de dessiner comment, dans un contexte où, cela ne fait désormais plus de doute, elles seront de plus en plus challengées par des acteurs innovants, les banques pourraient trouver le moyen de rebondir.

Dans une récente tribune du Nouvel Economiste, Hugues Le Bret, le cofondateur du Compte Nickel, traite de l’Uberisation de la banque de détail ou « comment la valeur bancaire se dissout dans la nickelisation des services ». Par Uberisation, selon H. Le Bret, il faut entendre « l’instantanéité d’analyse de la donnée ». « On ne se connecte plus, on est connecté ». Plus de stockage. L’information passe d’un serveur à un autre à la nano-seconde. En suit un plaidoyer pour le Compte Nickel. Avec ce dernier, l’authentification des documents d’identité est renforcée. Pas de découvert. Pas de crédit. Pas de questions intrusives. Pas de contentieux. Le client reprend le contrôle (?). Mais ses données, apparemment, sont minutieusement analysées et exploitées, sans qu’il n’en sache trop rien. Le client est libre, affirme H. Le Bret. Libre, a-t-on envie immédiatement d’ajouter, de vivre le cauchemar d’une relation automatisée ne tolérant aucun écart et ne prévoyant pas qu’une intervention humaine puisse infléchir le parcours pour tenir compte des cas individuels. Le Bret : « tout ce qui n’est pas conforme génère une alerte instantanée qui, selon le cas, génère un message au client et/ou le blocage de l’opération… Le digital est au service de la conformité ».

Face à de telles glaçantes perspectives, il n’est pas difficile de prévoir le coup suivant et ce qui demain, si ces perspectives se généralisent, ce qui pourrait être effectivement le cas, fera la valeur des services financiers. Face au tout technologique, la valeur sera dans l’humain. Face au tout automatisé, la valeur sera dans les marges laissées. Face au bombardement publicitaire, dérivé de l’analyse permanente des données, la valeur sera dans une communication vraie. Loin de rendre les banques inutiles, dès lors, l’Uberisation des services financiers fournira une incomparable utilité à celles qui sauront bâtir une relation de confiance à long terme.

Mais il faut aller plus loin car, en fait, l’Uberisation ne signifie pas seulement la digitalisation des services financiers. C’est en fait tout autre chose. Comme le souligne l’image ci-dessous, Uber suit un modèle two-sides market de mise en relation, mieux même de mise en réseau, de vendeurs et d’acheteurs. C’est une interface, une place de marché, qui simplifie et donc enrichit une relation commerciale existante.

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Fondée sur un effet de réseau, des initiatives de ce genre doivent être lancées sur un marché d’amorçage très profond et c’est pourquoi les plus importantes s’épanouissent quasi exclusivement aux USA et sans doute demain en Chine. Dans le domaine des services financiers, cependant, les marchés sont beaucoup plus hétérogènes et le succès sur l’un ne garantit pas la réussite sur un autre. Dès lors, qui pourrait y jouer le rôle d’un Uber ? Les solutions innovantes sont le fait d’une myriade d’acteurs, certains dans les paiements, d’autres dans les prêts P2P, d’autres encore qui développent des robo-advisors, etc. Parce que complexe et onéreuse, l’innovation financière est foncièrement cantonnée. Parce que recouvrant des besoins très divers, elle est nécessairement fractionnée. Dès lors, à part un petit nombre de clients, qui voudra faire appel à une vingtaine de solutions pour couvrir ses besoins financiers ? Et qui au fond, mieux que les banques, pourrait offrir un ensemble élargi de solutions financières ? Ce serait certes au prix d’un changement considérable de leur business model traditionnel et seules certaines d’entre elles sans doute sauront saisir qu’il y a là une opportunité à la hauteur des challenges qu’elles commencent à subir mais, si l’on regarde bien, qui mieux que des banques pourraient être les Uber financiers de demain ?

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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