Il y avait un intéressant passage dans l’interview de Frédéric Oudéa par Jean-Jacques Bourdin ce matin sur BFMTV. Quelque chose qui en dit long sur les difficultés qui existent en France à envisager l’outsourcing et, plus encore, le développement international des entreprises.

Cela se situe vers 3 mn 47. Le Président de la Société Générale explique que son établissement emploie plus de personnels à l’étranger qu’en France, que les ressources humaines doivent être gérées dans un perspective mondiale et qu’alors que 600 emplois vont être supprimés en France, 200 emplois vont être créés dans une plateforme à Bucarest, dans le cadre du développement international de la Société Générale.

Vous délocalisez donc 200 postes en Roumanie !, résume Bourdin ; qui enfonce le clou en demandant deux fois de suite combien de personnels en France vont se voir proposer d’aller travailler en Roumanie ? Mais aucun ! tente d’expliquer F. Oudéa.

Pour le journaliste, créer des emplois à l’international, c’est délocaliser. Comme si ces emplois pouvaient être remplis en France et comme si cela permettait d’aborder les marchés étrangers de manière tout à fait compétitive. Dans ces conditions, on en vient donc à cette aberration que le développement international de ses entreprises provoque la ruine d’un pays – bien qu’il faudrait bien plus de réflexion pour en arriver à une conclusion aussi absurde ! En l’occurrence, le journaliste voulait juste semble-t-il, pouvoir annoncer que la Société Générale délocalise et, visiblement satisfait de son effet, passait à autre chose.

Cela ne serait qu’anecdotique si ne n’exprimait ainsi une vision très commune en France du développement international des entreprises. Celui-ci est encore largement vu, comme au XIX° siècle, comme reposant sur des opérations d’import-export : une entreprise bien française vend un gros contrat dans un pays étranger. Point. Tandis que les flux financiers qui circulent au niveau international ne correspondent visiblement qu’à des choses assez douteuses pour J-J. Bourdin, dont la question suivante porte d’ailleurs sur les paradis fiscaux.

Alors que l’on parle de redressement productif, il est assez sidérant de constater que l’externalisation n’est toujours vue qu’à travers les délocalisations et que les problématiques industrielles clés qu’elle recouvre – l’accès aux marchés mondiaux, les partenariats industriels, l’internalisation de compétences externes, l’investissement délégué – restent pratiquement ignorées en France.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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