En rachetant la banque francfortoise MHB, la fintech allemande Raisin/WeltSparen – une marketplace de comptes d’épargne à terme désormais présente dans plusieurs pays européens – vient de réaliser un joli coup de communication. Comment la presse, aussi, pourrait-elle ne pas souligner l’événement hautement symbolique d’une fintech rachetant une banque ? Et quelle fintech : la plus connue de l’open banking ! La plus immédiatement associée à cette architecture ouverte qui est en train de changer la banque. Pourtant, si l’on considère les choses de près, il n’y pas vraiment de quoi s’emballer !

Il faut plus exactement dire, en effet, que Raisin vient de racheter une nano-banque, comptant 35 employés et le chiffre d’affaires… d’une agence (4,3 millions € en 2017). Certes, l’acquisition est intéressante. Disposant d’une licence bancaire, Raisin va pouvoir se déployer plus facilement en Europe. Tout en renforçant et en étoffant son offre (MHB est spécialisée dans les moyens de paiement et le KYC pour les fintechs). Mais enfin, on est encore très loin de la prise de contrôle d’une enseigne conséquente par une fintech.

De même, il faut tempérer quelque peu les formules qui sont à l’occasion employées pour présenter Raisin et qui assurent que la startup berlinoise propose à ses clients de placer leur argent dans les banques offrant les meilleurs taux d’intérêt. Certes, Raisin peut passer pour un supermarché de comptes à terme, permettant – comme un comparateur – de choisir les offres les plus intéressantes. Mais il convient de préciser que c’est sur la base d’un panel de banques assez limité : une seule encore aux Pays-Bas, 3 en Grande-Bretagne, 8 en France et 47 en Allemagne mais très peu (et pas du tout dans la plupart des pays) d’établissements de premier plan.

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Pour l’essentiel, les partenaires sont des néo-banques, des filiales d’établissements étrangers ou des acteurs spécialisés. Des établissements qui recherchent des liquidités. Raisin leur permet d’accéder à une collecte en ligne peu onéreuse et internationale. Il semble également – si l’on compare les taux d’épargne qu’elles proposent sur Raisin et ceux qu’elles offrent sur leur propre marché – que cela permet à certaines banques partenaires de s’affranchir des conditions qui pèsent sur leur marché domestique et, dans d’autres pays, contrairement à ce qu’on pourrait croire, de baisser les conditions de rémunération des comptes à terme qu’elles proposent !

Raisin parviendra-t-il à attirer des partenaires importants ? Sans doute. Mais pas tellement parce qu’il aura acquis une taille importante et sera devenu un acteur incontournable de l’épargne bancaire. Pour le moment, quoique présent dans plusieurs pays européens, il n’a séduit que 165 000 clients, présentant un profil d’épargnants aisés assez particulier : en moyenne, ils ont entre 45 et 60 ans et déposent 60 000 €.

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En Espagne, Santander propose à ses clients un accès privilégié à Raisin. Santander met ainsi en concurrence ses propres offres de comptes à terme. Cependant, pour le groupe espagnol, le risque est faible et la concurrence très limitée dès lors que les établissements qui apparaissent sur la plateforme de Raisin sont peu connus et que les taux qu’ils proposent sont loin d’être imbattables. Comment pourrait-il en être autrement ? Tant que les taux du marché interbancaire seront très bas, même les banques courtes en ressources n’auront aucun intérêt à se livrer à une surenchère sur la plateforme. Sauf à ne pouvoir accéder au marché interbancaire et à présenter un risque important pour les épargnants.

Certes, des taux bas rendent pertinente la démarche de Raisin, qui est de proposer une place de marché de comptes à terme aux épargnants. Mais des taux bas (et les interventions de la BCE) limitent aussi bien les contraintes en liquidité des banques, ce qui entrave le développement de la plateforme. C’est la limite du modèle, que l’on présente un peu trop vite comme forcément conquérant et irrésistible. Pour le moment, à la pointe de l’open banking, Raisin n’évite pas les faux-semblants.

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